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De la Moldavie jusqu’au Canada... pour la liberté

« Ici, on a plus de chances de progresser, de se développer. Plus de liberté aussi que dans un pays ex-soviétique. » - Corina Ursu

Un couple dans la mi-trentaine sourit en regardant la caméra.

Slava et Corina Ursu n'ont jamais regretté d'avoir un jour tout quitté pour partir à l'aventure.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Lui, patriote, vivait pour le sport, mais arrondissait ses fins de mois derrière un comptoir de pharmacie. Elle, aventureuse, aimait son métier, tout en rêvant d’un chez-elle où les droits des femmes seraient respectés. Ensemble, ils ont fait un pari risqué, s’envolant là où la liberté n’était pas faite de sous-entendus. Pour Slava et Corina Ursu, élever des enfants en ex-URSS n’était pas une option.

Le 22 janvier 2009, la famille Ursu a mis les pieds pour la première fois au Canada. Veaceslav (que tout le monde appelle Slava) et sa femme Corina ont quitté leur Moldavie natale pour l’inconnu. Pour construire un avenir fait de liberté et de possibilités.

Ces deux esprits un peu rebelles ont laissé leur petit appartement, leur famille et leurs amis sans même jeter un dernier regard en arrière. Leur fille Ana avait alors 10 mois. Leur fils Alexander, lui, est né au Canada.

Les enfants de Slava et Corina ne leur ont pas encore demandé pourquoi ils ont fait le choix de tout abandonner ce qu’ils connaissaient pour recommencer. Mais le jour où ils vont le demander, on va leur dire la vérité, c’est certain, promet le père, avec son charmant accent d’Europe de l’Est.

Grandir dans l’insécurité

Slava Ursu est né en 1983 dans la capitale de la Moldavie, Chișinău, de parents étudiants en médecine. Les parents de Corina aussi étaient médecins. Elle est toutefois venue au monde à Volgograd, en Russie, et est déménagée en 1992 en Moldavie, en plein conflit civil.

Le couple a grandi dans un climat de tensions alors que la guerre du Dniestr était en cours.Ça m’a beaucoup marquée ; je ne me sentais pas en sécurité, se souvient Corina Ursu. Je me disais qu’à un moment donné, il y a quelque chose qui allait se passer.

C’est un pays en voie de développement, donc il faut que tu penses premièrement : ''Qu’est-ce que tu vas manger demain?"

Corina Ursu

Dans le pays ex-soviétique, les denrées alimentaires n’étaient pas toujours accessibles. Les salaires, trop bas pour le coût de la vie, permettaient aux familles de vivre sobrement.

Une femme regarde devant, déterminée.

Corina Ursu affirme que les femmes en Moldavie sont souvent victimes de violence verbale, psychologique ou physique.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

La petite Corina excellait à l’école, mais ses notes étaient plus basses que celles de ses camarades dont les parents donnaient des cadeaux aux professeurs. Corruption et injustice sociale - au vu et au su de tous, tient-elle à répéter - ont laissé un goût amer dans la bouche de cette enfant à la langue pourtant bien déliée.

Ça, et les hommes qui avaient socialement le droit de poser leur main sur sa cuisse dans l’autobus juste parce que, dénonce-t-elle. Tu ne sens pas que tu as le droit de crier ou de dire que ce n’est pas bien.

Dans un pays comme la Moldavie, en tant que femme, on se sent oppressée. C’est comme si on était plus stupide.

Corina Ursu

En entrant à l’université, la jeune femme rêvait déjà de liberté.

Puisqu’il faut que jeunesse se passe

Les deux tourtereaux ont fait connaissance lors de leur première année d’université. S’il était mal vu de se bécoter dans les corridors, les professeurs fermaient toutefois les yeux pour ces deux étudiants modèles.

Un jeune couple enlacé regarde la caméra.

« On dirait que tout le monde savait qu’on était en couple et qu’on allait se marier. Donc, veut, veut pas, il a fallu se marier! (rires) » - Corina Ursu

Photo : Avec la gracieuseté de la famille Ursu

En rencontrant Corina, j’ai commencé à sentir de la pression de tout le monde. Après un an, un an et demi, tu dois te marier. Tu n’as presque pas d’autre choix, raconte Slava. C’est que dans leur pays, il est mal vu de fréquenter quelqu’un aussi longtemps sans attache.

Mais nous, on a dit non, on va en profiter. Tu te sens plus libre quand tu n’es pas marié. Quand c’est une famille, ce sont des responsabilités et c’est différent, renchérit Corina.

Déjà, le couple nageait à contre-courant des coutumes.

Tu ne peux pas décider comment toi, tu veux mener ta vie. Tu ne te sens pas très, très libre. C’est pour ça qu’on a décidé de donner une meilleure vie à nos enfants.

Corina Ursu

Ils savaient déjà qu’ils passeraient leur vie ensemble, mais ont attendu la fin de leurs études en pharmacie pour unir leurs destinées.

Corina a eu le loisir de choisir son métier. Le grand sportif qu’était Slava a voulu plaire à ses parents. « Va en chimie, en pharmacie et tu vas réussir dans la vie », lui disaient ses parents. Et pourtant.

Un album photographies de mariage.

Quelques photos de l'album du mariage des Ursu dans lequel Corina a écrit : « C'est le début d'une nouvelle aventure ». Elle ne pouvait mieux dire.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Études terminées, un nouvel appartement, deux bons emplois et bébé en chemin : les jeunes amoureux avaient quand même de la difficulté à joindre les deux bouts.

On n’avait pas d’argent. On s’est dit : ''Qu’est-ce qu’on a fait de mal dans cette vie?'' On a un baccalauréat en pharmacie, on veut avoir un enfant et il nous manque de l’argent et de la sécurité dans ce pays-là.

Slava Ursu

On voulait avoir une meilleure vie, mais on ne pouvait pas se le permettre, explique le père de famille.

Sa femme ajoute : C’est l’argument que j’ai utilisé pour convaincre Slava, mais en réalité, moi, j’avais une autre raison personnelle pour laquelle je voulais changer pour l’Amérique du Nord.

Troquer l’incertitude pour l’aventure

L’arrivée de leur fille Ana a été le déclic. Elle allait grandir dans une société où il y a toutes les conditions pour bien se développer et pour faire ce qu’elle veut, sans réfléchir à ce que les gens vont dire, affirme son papa.

Croyant débarquer dans un pays glacial où rôdaient des ours polaires, les jeunes voyageurs ont immigré au Canada, prêts à tout... même dormir dehors quelques nuits!

À leur grande surprise, ils ont plutôt découvert un Québec accueillant et un climat semblable au leur, quoique plus frais. Et la jeune maman, elle, avait enfin une voix.

En Amérique, c’était différent. Surtout au Québec, j’ai senti que les femmes ont fait du cheminement : elles ont beaucoup travaillé. Ici, j’ai senti que j’avais le droit de dire ce que je pense.

Corina Ursu
Un homme pose sa main sur la cuisse d'une femme.

En entrevue, Slava Ursu pose une main sur la cuisse de sa femme, appuyant ses propos d'un hochement de tête.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Le couple ne parlait alors pas un mot du français qu’ils ont appris à aimer. Ils ont suivi des cours de francisation intensifs pendant six mois avant d’intégrer le marché du travail.

Slava a d’abord été technicien pharmaceutique, pendant que Corina passait les équivalences qui lui permettraient de continuer à exercer le métier qu’elle aime tant. Maintenant pharmacienne, elle encourage son mari, qui se taille maintenant une place dans le monde du soccer en Outaouais. Enfin, il vit de sa passion.

Corina et Slava continuent de parler roumain à leurs enfants à la maison, tout en refusant de les envoyer dans une école spécialisée la fin de semaine pour étudier une autre langue que le français et l'anglais qu'ils apprennent déjà à l'école. Les parents croient que l’intégration complète passe par l’assimilation de la culture et de la langue de leur pays d’adoption.

On a toujours été émerveillés. On apprenait petit à petit à connaître cette société-là, explique Corina. On aime beaucoup les gens qui vivent ici. On ne s’est jamais sentis étrangers.

On se sent accomplis. Je pense qu’on a fait notre devoir d’amener [les enfants] dans un environnement où ils pourront se développer, progresser et choisir eux-mêmes ce qu’ils vont faire dans la vie.

Slava Ursu

Il y a déjà une décennie que les portes du Canada se sont ouvertes pour les Ursu, qui a fait visiter deux fois la Moldavie à ses enfants depuis. Récemment, le couple a néanmoins entrepris les démarches pour permettre aux grand-parents de vieillir aux côtés des petits-enfants.

Lorsque les questions d’Ana et Alexander viendront, les parents comptent répondre honnêtement.On leur expliquera les différences, mais on ne veut pas leur imposer notre choix. Si jamais, un jour, ils veulent y retourner, ou faire une carrière ailleurs, c’est sûr qu’on ne va pas les décourager, affirment-ils.

Mais les coeurs de Slava et de Corina appartiennent désormais au Québec.

Cette liberté, c’est quelque chose d’inexplicable, mais on la sent parce qu’on vient d’ailleurs, avance Slava Ursu.

Une couple sourit en regardant un interlocuteur durant une entrevue.

« On s’adapte très vite aux choses faciles et bien organisées! (rires) Je ne crois pas qu’on va retourner un jour, non », conclut Slava Ursu.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

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