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Marée humaine à Alger pour un 37e vendredi de manifestations contre le régime

Une femme s'est fait un X en ruban adhésif noir sur la bouche.

Une femme prend part à la manifestation à Alger, vendredi, contre l'élite dirigeante de l'Algérie. La rue exige la fin de la corruption et le retrait de l'armée de la vie politique.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Radio-Canada

Une marée humaine a envahi vendredi les rues du centre d'Alger, réclamant une nouvelle « indépendance » de l'Algérie, 65 ans jour pour jour après le début de la lutte armée contre le colonisateur français.

L'absence de comptage officiel et la topographie rendent impossible de dénombrer les manifestants, mais en ce 37e vendredi consécutif de manifestation, la mobilisation est semblable à celle constatée au plus fort du Hirak, le mouvement de contestation inédit dont l'Algérie est le théâtre depuis le 22 février.

Le cortège progresse très lentement dans les rues noires de monde, autour de la Grande Poste, bâtiment emblématique du cœur d'Alger et devenu le lieu de rassemblement des manifestations hebdomadaires, qui résonnent de slogans tels que l'Algérie reprendra son indépendance et le Peuple veut son indépendance.

Une rue où des milliers et des milliers de personnes manifestent.

Les Algériens ont convergé vers la capitale, vendredi, pour un 37e vendredi de manifestation. Le 1er novembre est férié en Algérie.

Photo : AFP/Getty Images / Ryad Kramdi

Vous avez vendu le pays, ô traîtres, scandent aussi les manifestants à l'adresse des dirigeants algériens.

Moins forte durant l'été, en raison de la chaleur et des vacances scolaires, la mobilisation contre le système au pouvoir depuis l'indépendance a repris à la rentrée scolaire et ne cesse de s'étoffer, sans toutefois atteindre l'affluence enregistrée vendredi.

Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) tout juste créé déclenchait la Révolution algérienne et la lutte armée pour l'indépendance, avec une série d'attentats simultanés sur le territoire algérien. Décrété Fête de la Révolution, le 1er novembre est férié en Algérie.

Les aînés ont combattu la France, nous on combat le système mafieux qui a confisqué notre indépendance, explique à l'AFP M'hand, retraité de 63 ans, parti à 5 h du matin de Boumerdès, à une quarantaine de kilomètres à l'est d'Alger, pour rejoindre la capitale.

Certains manifestants de province ont passé la nuit sur les trottoirs. Hocine, la vingtaine, et ses quatre amis venus de Lakhdaria, à une soixantaine de kilomètres, ont passé la nuit dans leur voiture et se préparent à fêter avec les Algérois le recouvrement de notre indépendance.

On a mis la France dehors en 1962, mais on n'a pas profité de la liberté avec ce régime qui n'a pas changé depuis. On veut une Algérie nouvelle, dit le jeune homme.

De 1954 à 2019

Comme la veille, d'importants embouteillages sont signalés vendredi aux entrées de la capitale, attribués notamment aux nombreux barrages de gendarmerie qui ralentissent la circulation.

Depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux, de nombreux tracts numériques appellent à manifester massivement en dressant un parallèle entre 1er novembre 1954 et 1er novembre 2019.

Vous êtes tous concernés. Appel au peuple algérien pour qu'il se prépare à [...] prendre d'assaut la capitale par millions et en provenance de toutes les wilayas [préfectures] le vendredi 1er novembre, jusqu'à faire tomber tous les bandits au pouvoir, proclame l'un d'eux.

L'Histoire se répète. 1er novembre 1954-2019. Les 48 wilayas dans la capitale pour une nouvelle Guerre de libération, peut-on lire sur un autre.

Depuis qu'il a obtenu, début avril, la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le Hirak ne faiblit pas et réclame désormais le démantèlement du système au pouvoir depuis 1962.

Et il s'oppose massivement à l'élection présidentielle que le pouvoir organise le 12 décembre pour élire un successeur à M. Bouteflika, estimant qu'elle ne vise qu'à régénérer ce système.

Le pouvoir, qui rejette toutes ces revendications, cherche de son côté à minimiser l'ampleur du mouvement.

Mercredi, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, a assuré que le scrutin recueillait l'adhésion totale des citoyens.

Des propos contredits par les Dégage Gaid Salah! Il n'y aura pas de vote cette année! qui résonnent vendredi dans la rue et qui répondent aussi au discours télévisé jeudi soir du président par intérim Abdelkader Bensalah exhortant les Algériens à voter massivement le 12 décembre.

Outre la forte mobilisation vendredi, les Algériens ont répondu nombreux à un défi sur Internet, intitulé je-suis-un-élément-du-Hirak (en arabe). Ils se sont filmés, seuls ou en groupe, proclamant : Je suis un Algérien et je suis un élément du Hirak.

Une réponse ironique aux récents propos de M. Bensalah, qui a affirmé au président russe Vladimir Poutine que l'ampleur du mouvement était exagérée et se limitait à quelques éléments qui sortent dans la rue chaque semaine.

Avec les informations de Tsa, et El-Khabar

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