•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Inondations à Saint-André-d’Argenteuil : une solution permanente sera adoptée, dit Legault

Vue aérienne de cinq maisons complètement entourées d'eau.

Une rue inondée de Saint-André-d'Argenteuil le 30 avril dernier.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Isabelle Maltais

Le premier ministre François Legault affirme qu’il faut trouver des « solutions permanentes » pour les maisons qui sont situées en zones inondables et que le cas particulier de Saint-André-d’Argenteuil sera étudié, comme celui de toutes les autres municipalités québécoises à risque.

Interrogé sur le fait que le maire de la municipalité des Basses-Laurentides demande un montant de 80 millions de dollars afin de racheter et détruire 247 maisons situées en zones à risque, et aménager de nouveaux quartiers pour accueillir les résidents qui les occupent, M. Legault n’a pas rejeté l’idée, mais il ne s’est pas avancé sur la somme qu’il serait prêt à allouer à cette opération.

On a un programme qui est limité à 250 000 $, a-t-il cependant rappelé. Dans le programme d'indemnisation que le gouvernement a mis en place pour les sinistrés, c'est en effet le montant maximum qui peut être versé pour une maison qui doit être démolie parce qu’elle est trop endommagée.

Évidemment, on ne veut pas chaque année être obligés de payer pour des réparations de maisons dans des zones qui sont inondables à répétition. […] Chaque cas est différent. Celui de Saint-André va être examiné par le comité que j’ai formé avec différents ministres.

Le premier ministre François Legault

Quant à la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, elle souligne de son côté que la situation de Saint-André-d’Argenteuil n’est pas unique en son genre.

Vous comprendrez qu’[en ce qui a trait] aux inondations au Québec, il y a eu des demandes particulières dans toutes les municipalités. Alors on va étudier les demandes, a-t-elle indiqué.

Un projet pilote, fait valoir le maire

Saint-André-d’Argenteuil, une municipalité de 3000 personnes située près de la rivière des Outaouais, veut détruire complètement deux quartiers, dont la plupart des maisons sont fréquemment inondées au printemps, pour les reconstruire ailleurs. La municipalité voudrait pouvoir dédommager les propriétaires selon le montant de l’évaluation municipale actuelle, qui ne tient pas compte de la dévaluation des propriétés en raison de leur situation en secteur inondable.

Le maire, Marc Olivier Labelle, présente son projet comme un projet pilote d'adaptation aux changements climatiques, qui pourrait faire boule de neige dans d'autres municipalités, au Québec et ailleurs. Il considère qu'il doit être pris en charge par l'ensemble des gouvernements et qu'une partie des 80 millions qu'il demande devrait provenir du fédéral.

Son idée n’est cependant pas bien reçue par tous dans la municipalité. Marc Olivier Labelle estime qu'une quinzaine de ménages refusent de déménager, peu importe les conditions qui leur sont offertes. D’autres résidents allèguent qu’ils ne sont pas contre l’idée, mais qu’ils ne partiront pas si la compensation financière est insuffisante.

On rencontre les gens un à un pour savoir quelles seraient les situations les plus viables, pour avoir une acceptabilité sociale qui est la plus majoritaire. Actuellement, il y a des gens qui ne veulent pas quitter, il y en a qui réfléchissent, a dit le maire, en entrevue à Radio-Canada.

M. Labelle considère que sa proposition n'est pas disproportionnée et qu'il n'en tient qu'à la volonté du gouvernement de la réaliser, puisque la plupart des résidences visées par son plan ne dépassent pas la valeur de 250 000 $ fixée par Québec pour une démolition ou un déménagement. Il pense toutefois que l'application du programme pourrait être légèrement modifiée.

On a environ 35 maisons qui sont au-dessus de la valeur de 250 000 $. Maintenant, la problématique, c’est qu'il y a des maisons qui ont été peu touchées en termes de dommages physiques du fait de leur localisation géographique ou parce qu’elles ont été tellement bien protégées par leur propriétaire. Elles ne sont pas admissibles à des dédommagements, malgré l’impact des inondations au niveau du marché et sur la qualité de vie et de santé de leurs résidents, lance-t-il.

Selon le maire, le déménagement des citoyens et la démolition des maisons coûteraient au moins 40 millions de dollars. Les autres 40 millions qu’il réclame au gouvernement représentent beaucoup d’autres travaux en périphérie pour l’adaptation de la municipalité, notamment pour un rehaussement de la chaussée et pour l’aménagement des nouveaux quartiers. La municipalité pense aussi à transformer les secteurs inondables en parc.

Un très bon plan

Selon Ursule Boyer-Villemaire, chercheuse au consortium Égide : résilience, risques et catastrophes de l’UQAM, le projet de Saint-André-d’Argenteuil est une excellente mesure qui pourrait effectivement essaimer à l'avenir dans le reste du Québec.

La chercheuse se dit tout à fait d'accord avec sa mise en oeuvre et fait état de 7 $ à 10 $ évités en dommages pour 1 $ investi en prévention, en plus des coûts qu’il pourrait éviter au système de santé, en réduisant la détresse psychologique qui guette les citoyens vivant dans des zones à risque.

Autant du point de vue de l’adaptation aux changements climatiques [que] de la gestion des risques et du développement durable, tout pointe pour dire que les processus et la planification des relocalisations collectives constituent une mesure phare, invoque-t-elle.

Ces mesures pourraient positionner le Québec comme leader de l’adaptation aux changements climatiques.

Ursule Boyer-Villemaire, chercheuse au consortium Égide de l'UQAM

Selon elle, l’idée de reloger les gens vivant dans des zones inondables devient une question de solidarité, une question sociale.

Elle soutient que cela doit être un choix volontaire, mais qu’il doit être planifié collectivement, autant pour éviter que les municipalités se retrouvent avec des casse-tête d’aménagement que pour tenir compte de leur capacité de payer immédiate.

Politique provinciale

Politique