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Sortir Winnipeg de la violence

Deux femmes se font une accolade pour se réconforter.

Deux personnes se réconfortent lors d'une veillée au Centre des sciences de la santé, mercredi soir, alors qu'un enfant de 3 ans était entre la vie et la mort après avoir été poignardé. Un homme de 33 ans a été accusé de tentative de meurtre.

Photo : Radio-Canada / Trevor Bines

Radio-Canada

La vague de violence qui s’est abattue sur Winnipeg et qui a fait plusieurs victimes dont des enfants, soulève des réactions auprès des élus provinciaux.

Winnipeg est en voie de battre son record concernant le nombre d’homicides.

Les députées néo-démocrates Bernadette Smith et Nahanni Fontaine ont tenu une conférence de presse, jeudi, pour inviter les ministres de la Justice, de la Famille et de la Santé, ainsi que le maire de Winnipeg et les membres du conseil municipal à participer à une rencontre communautaire sur la violence. Des membres du service de police et des leaders autochtones y sont aussi attendus.

C’est un appel à notre communauté, aux parties prenantes, à la province et à la ville, affirme Bernadette Smith. Les choses doivent changer.

Jeudi, la police a annoncé le 37e homicide de 2019, après avoir trouvé un homme dans un état critique sur l’avenue St. Matthews. Sa mort a été constatée à l’hôpital.

La fin de semaine dernière a été particulièrement difficile, puisque trois homicides se sont produits en une seule nuit, dont celui d’une adolescente.

Puis, une femme et son bébé ont dû être hospitalisés dimanche après une attaque à main armée.

Le drame le plus récent concerne une attaque au couteau sur un enfant de 3 ans.

Bernadette Smith dit avoir parlé à la famille du petit garçon qui vit une véritable détresse, selon elle.

Nahanni Fontaine a qualifié d’épidémie cette vague de violence meurtrière. C’est le moment de travailler tous ensemble, dit-elle. Tout le monde s’entend pour dire que des parties de notre ville sont assiégées en ce moment.

Le premier ministre Brian Pallister estime que, si la violence actuelle est inquiétante, la criminalité, elle, est en baisse.

Il y a, statistiquement, une diminution des crimes violents, a-t-il déclaré à l’occasion d’une tournée du nouvel hôpital pour femmes de Winnipeg. Tout incident de crime violent nous préoccupe et, bien entendu, nous examinons comment agir.

Des policiers sont à l'extérieur d'une maison.

Des policiers enquêtent sur un meurtre survenu sur l'avenue Kinver la fin de semaine dernière. Il y a eu 37 meurtres jusqu'ici en 2019 à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Travis Golby

Le rapport annuel de la police de Winnipeg pour l'année 2018 faisait état d'un hausse de 12 % du taux de criminalité, mais indiquait aussi que le taux de crimes violents restait stable. Cependant, la police notait qu'en juillet 2019 on comptait déjà 25 homicides comparés aux 22 de la fin de 2018.

La Commission de police du Manitoba prépare un rapport qui porte sur les façons de rendre le centre-ville plus sûr, dit Brian Pallister. Le premier ministre s’attend à ce que les conclusions des experts puissent se révéler utiles pour les autres régions de la province aussi aux prises avec la criminalité.

Les libéraux invitent de leur côté le gouvernement à agir plus rapidement et fermement face à une criminalité galopante. Le chef libéral, Dougald Lamont, rappelle, entre autres, que les vols dans les commerces et les magasins d’alcool sont devenus une épidémie.

Brian Pallister souhaite que des actions immédiates soient prises pour résoudre ce problème et indique que des discussions ont lieu entre la Société manitobaine des alcools et des loteries et d’autres organismes.

Je veux voir des actions, dit-il. Je pense que c’est le cas de tous les Manitobains.

Quelles solutions?

Le criminologue Jean-Claude Bernheim rappelle que la violence se manifeste le plus souvent dans les milieux défavorisés. Les conflits ou problèmes d’ordre personnel font en sorte que la manifestation des frustrations passe par une violence qui s’exerce contre soi-même ou contre les autres, dit-il.

Il estime que les stratégies globales qui plaisent souvent aux politiciens ne fonctionnent pas et qu’il faut plutôt se pencher sur les situations locales en fonction des personnes qui s’y trouvent, pour avoir une action réelle sur le milieu.

On a pu le constater à Winnipeg quand on a mis en place un projet visant à limiter les vols d’autos, rappelle-t-il. Diverses structures avaient alors collaboré et investi de leurs ressources pour réagir aux situations locales.

Dans le cas du North End, la réponse passe ainsi à ses yeux par la collaboration des acteurs du milieu – écoles, groupes communautaires, services sociaux – permettant d’assurer que les enfants vont à l’école, qu’ils reçoivent une éducation de qualité et pertinente, que des activités les rassemblent de façon positive après les heures de classe, que les familles monoparentales ont accès à des ressources, etc.

Souvent, l’argent est tout investi dans l’incarcération, déplore-t-il. Si une personne a commis un vol de bicyclette, la réponse du système est la même que si une personne a tué : l’incarcération. Or, dit-il, ces réponses globales nous amènent à des échecs.

Jean-Claude Bernheim voit dans la justice autochtone une autre façon de résoudre les problèmes, parce que son but est de remettre en place l’harmonie et la paix, pour que les conflits entre les personnes soient résolus. Donc, on regarde la situation des personnes en cause.

Dans le même ordre d’idées, quand une personne se trouve sous l’autorité d’une ordonnance qui l’empêche, par exemple, d’approcher une ex-conjointe, il faudrait qu’elle ait accès aux ressources dont elle a besoin, dit-il. Ça peut être d’acquérir des compétences pour pouvoir trouver un emploi ou d’avoir un milieu de vie plus normale et convenable. Ici aussi, il faut se pencher sur la situation individuelle.

Hortense Rabet, qui dirige une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence et leurs enfants, estime aussi que les agresseurs sous le coup d’une ordonnance sont trop souvent laissés à eux-mêmes. Parfois, dit-elle, ils ne comprennent pas l’ordonnance, parfois, ils sont aux prises avec d’autres problèmes, de santé mentale ou de gestion de leur colère. Dans tous les cas, la société gagnerait à leur offrir des services pour éviter des drames.

Une personne normale ne va pas faire ça, dit-elle en référence à l’agression commise sur le petit garçon de 3 ans poignardé dans son sommeil. Il y a quelque chose qui ne va pas : l’agresseur a aussi besoin d’aide pour comprendre. Si on le laisse à lui seul, ça finit comme ça.

Manitoba

Crimes et délits