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Des voisins excédés par le bruit des hélicoptères à Percé

« Est-ce que je devrais partir, essayer d'aller ailleurs? C’est chez nous. Ça fait longtemps qu'on est ici ».

Vue d'hélicoptère sur un paysage verdoyant.

Des résidents de Percé sont dérangés par les tours d'hélicoptère qu'offre l'entreprise Passport Hélico.

Photo : Radio-Canada

Annie Hudon-Friceau

Des tours d’hélicoptère font la joie des touristes à Percé, mais empoisonnent la vie de bien des citoyens. Voilà que des documents obtenus par La facture soulèvent des questions quant à la sécurité de cette activité touristique.

Quand Éric Côté a construit la maison de ses rêves en 2005, il était loin de se douter qu’il aurait un jour comme voisin… un hélicoptère.

Le bruit, ça rend fou.

Éric Côté

L’hélicoptère longe sa cour arrière, près de la falaise et de la mer, pour aller atterrir à environ 150 mètres plus loin.

On ne peut plus profiter de l'extérieur. S'asseoir au jardin, lire un livre, ce n'est plus possible. J'avais un hamac. C'est fini ça!, déplore le résident de Percé.

Sa mère, une enseignante à la retraite âgée de 83 ans, garde les fenêtres fermées presque en permanence durant la belle saison.

On dirait qu'on n’a pas de vie. Parce que le bruit de moteur à la longue… Moi, rendue au soir [...] j'ai hâte que ça arrête. Parfois des maux de tête commencent.

Estelle Coulombe
Des résidents de Percé sont dérangés par les tours d'hélicoptère qu'offre l'entreprise Passport Hélico.

Éric Côté et sa mère Estelle Coulombe

Photo : Radio-Canada

Des tours d'hélicoptère 7 jours sur 7

Le voisin d’Éric Côté, c’est Passport Hélico, une entreprise de Mascouche qui offre, tous les étés depuis 2012, des tours d’hélicoptère aux touristes.

De 10 h le matin à 18 h le soir, 7 jours sur 7, quand le soleil est au rendez-vous.

Il peut y avoir jusqu’à 24 vols les jours les plus achalandés.

La famille de David Brochet, installée à Percé depuis plus de 50 ans, a elle aussi dû dire adieu à son intimité.

L’hélicoptère est encore plus proche de sa maison, à environ 70 mètres. Ce sont surtout les décollages qui lui empoisonnent la vie.

On voit le pilote, on voit les passagers, alors ils nous voient aussi. Je me sens regardé toute la journée quand je travaille à l'extérieur. C'est une invasion de la vie privée, dénonce M. Brochet.

Est-ce que je devrais partir, essayer d'aller ailleurs? C’est chez nous. Ça fait longtemps qu'on est ici.

David Brochet

Éric Côté et David Brochet font partie d’un groupe d’une dizaine de citoyens excédés par le bruit des hélices.

Ils demandent depuis des années l’aide de la Ville. Ils croient que c’est à Passport Hélico de déménager.

Un groupe de citoyens de Percé excédés par le bruit des hélicoptères.

Un groupe de citoyens de Percé excédés par le bruit des hélicoptères.

Photo : Radio-Canada

La Ville de Percé en faveur des tours d’hélicoptère

La Ville de Percé considère, elle, que les tours d’hélicoptère sont bénéfiques pour le tourisme.

C’est une offre touristique qui est ajoutée à l’offre touristique de Percé, plaide la mairesse de Percé, Cathy Poirier. On est un village touristique, qui vit d’économie touristique. C’est la principale économie, c’est ce qui fait vivre nos familles.

Moi je vois l'hélicoptère passer dans le ciel. Je trouve ça beau. Je trouve ça agréable, je me dis c'est parce qu'il fait beau aujourd'hui.

Cathy Poirier, mairesse de Percé

Selon la réglementation municipale de Percé, ce type d’activité n’est pourtant pas autorisé dans le secteur où Passport Hélico a choisi de faire décoller et atterrir ses hélicoptères.

Mais puisque tout ce qui vole dans le ciel est de compétence fédérale, c’est Ottawa qui a le dernier mot.

Ce n'est pas de compétence municipale, les hélicoptères, c'est de compétence fédérale, souligne la mairesse Poirier. Alors pour nous, c'est clair, notre position [est] ferme. On ne va pas s'ingérer dans l'entreprise privée, qui opère ici en toute légalité.

Des résidents de Percé sont dérangés par les tours d'hélicoptère qu'offre l'entreprise Passport Hélico.

Yves Le Roux, président de Passport Hélico

Photo : Radio-Canada

Passport Hélico a le feu vert de Transports Canada

Pour Passport Hélico, pas question de déménager, à moins que les citoyens ne lui trouvent un autre site.

Il y a des normes à respecter. On respecte toutes les normes, fait valoir Yves Le Roux, président de Passport Hélico. On a des mesures d'atténuation du bruit. Donc, on vole à haute altitude [...] on évite certaines zones. On a changé nos circuits pour justement essayer de plaire aux opposants.

Moi j'aimerais qu'on ne fasse aucun bruit, concède M. Le Roux. Par contre, c'est une activité qui est appréciée [...] par la Ville de Percé, qui est appréciée par Tourisme Percé. Donc, on répond à une demande et les touristes apprécient l'activité. C'est pour ça qu'on est là.

Ça fait quelques malheureux, si vous voulez, mais beaucoup d'heureux.

Yves Le Roux, président de Passport Hélico

Des doutes quant à la sécurité

Au-delà du bruit et de la légalité, une autre question tracasse certains résidents de Percé.

Ils nous stressent doublement au niveau du danger. Je veux dire, à force de passer fréquemment, s'ils passent sur les maisons, les chances sont que quelque chose puisse arriver. Ça nous stresse. Ça nous inquiète. Je ne suis pas la seule, raconte Michèle Côté, résidente de Percé

Des documents que nous avons obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information soulèvent des questions quant à la sécurité des activités de Passport Hélico à Percé.

Dans des communications internes de Transports Canada, on peut lire :

  • Advenant une panne de moteur [...] La sécurité du public est en jeu.
  • Il y a un certain danger à continuer de faire voler de très jeunes pilotes, sans expérience, à cet endroit.
  • À force de côtoyer la limite du légal, avec le concept de demeurer à distance planée en tout temps [...] il y a un risque à défier la chance.

Il y a eu des discussions avec Transports Canada pour s'assurer que tout soit fait dans les normes parfaitement. On a soumis à Transports Canada des procédures d'opérations normalisées qui ont été vérifiées et approuvées par Transports Canada, fait valoir Yves Le Roux, de Passport Hélico.

Passport Hélico nous assure avoir corrigé le tir en 2018.

Pour faire plaisir aux opposants, on volait un peu plus loin de la côte [...] mais pour la sécurité des passagers, on s'est rapproché de la côte, explique M. Le Roux. Ça ne fait pas plaisir aux opposants, mais c'est ce qui était demandé par Transports Canada.

L'entreprise Passport Hélico offre des tours d'hélicoptère aux touristes à Percé.

L'entreprise Passport Hélico offre des tours d'hélicoptère aux touristes à Percé.

Photo : Radio-Canada

Un site d’opération remis en question

Dans les mêmes documents, on apprend qu’un inspecteur de Transports Canada remet en question de site d’opération de Passport Hélico. Il considère que le terrain en question est situé en zone bâtie :

Le site est enclavé de maisons à moins de 150 mètres [...]. La route est immédiatement collée sur le site, et sur la [route] 132, il en passe des voitures.

Transports Canada a refusé notre demande d’entrevue, mais nous affirme par courriel avoir tranché autrement :

Quelques résidences [...] le long d’une route rurale ne constitueraient pas, pour Transports Canada, une zone bâtie [...¸]. À ce jour, aucune non-conformité au Règlement de l’aviation canadien n’a été décelée.

Extrait du courriel de Transports Canada

Des éléments troublants

Nous avons soumis les documents que nous avons obtenus à Mehran Ebrahimi, le directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM.

Il y voit des éléments troublants et critique sévèrement Transports Canada.

La règle est respectée, mais l'esprit de la règle n'est pas respecté, fait valoir M. Ebrahimi.

Quand on regarde les plans, vous avez des maisons pas loin, vous avez la route, vous avez un appareil qui atterrit, qui décolle plusieurs fois par jour. [...] L'inspecteur identifie très clairement des éléments, une combinaison d'éléments qui peuvent être dangereux. Ce qu'il faut comprendre dans l'aviation, que ce soit avec les hélicoptères ou avec les avions, c'est rare que c'est un seul élément soit à l'origine de la catastrophe.

On est en train de sacrifier la sécurité aussi bien des résidents, aussi bien des passagers qui vont prendre ces vols-là, mais aussi des gens qui fréquentent la route.

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM

Mais le président de Passport Hélico considère, lui, que ses activités à Percé sont sécuritaires.

On est une compagnie sérieuse, on existe depuis 1989. On opère 21 appareils on a plus de 25 pilotes on n'a jamais d'incident. Donc, on fait très bien notre travail, conclut le président de Passport Hélico.

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