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SNC-Lavalin : un modèle d'affaires basé sur les pots-de-vin, affirme la Couronne

Sami Bebawi.

Sami Bebawi, un ancien vice-président directeur de SNC-Lavalin, est accusé de fraude et de corruption.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Radio-Canada

Alors que le procès criminel d'un ancien cadre de SNC-Lavalin accusé de fraude et de corruption a commencé jeudi matin au palais de justice de Montréal, la poursuite va tenter de prouver que le modèle d'affaires de l'entreprise était basé sur des pots-de-vin.

Ce système aurait permis à SNC-Lavalin d'obtenir des contrats assez lucratifs en Libye, notamment en soudoyant le fils du dictateur Mouammar Kadhafi, Saadi Kadhafi.

Pour le prouver, la poursuite compte sur le témoignage de Riadh Ben Aïssa, un représentant de l'entreprise québécoise dans les années 1990. Il s'agit d'un témoin collaborateur, puisqu'il a accepté de témoigner contre Sami Bebawi, un ancien dirigeant de SNC-Lavalin accusé de fraude et de corruption en lien avec des contrats en Libye.

Premier témoin

D'après le témoignage de M. Ben Aïssa, tout a commencé dans les années 1990, alors que SNC-Lavalin se lançait dans un chantier d'envergure en Libye.

Le contrat avait été conclu avec un client, soit une entreprise créée pour extraire et apporter de l'eau par pipelines à des communautés côtières libyennes, un projet spécial de Mouammar Kadhafi. Des proches et fidèles du chef d'État ont été chargés de gérer ce projet.

Il y aurait toutefois eu une série de problèmes, ce qui aurait entraîné des coûts supplémentaires. L'entreprise québécoise aurait alors eu des difficultés à se faire rembourser ces frais.

À l'époque, toujours d'après M. Ben Aïssa, Sami Bebawi lui aurait mis la pression afin qu'une solution soit trouvée.

Il n'y avait aucune limite à ce que je pouvais faire. C'était vraiment crucial pour la compagnie.

Riadh Ben Aïssa, témoin

C'est ainsi qu'il aurait utilisé ses contacts pour entrer en relation avec Saadi Kadhafi. Ce dernier aurait pris en main le dossier, ce qui aurait permis à l'accusé d'empocher 26 millions de dollars.

C'est une affaire de corruption internationale et de fraude, a lancé l'une des procureurs de la poursuite, Anne-Marie Manoukian, pour résumer le dossier.

Par ailleurs, l'audience de jeudi a permis de dévoiler le fait que l'accusé a tenté de soudoyer M. Ben Aïssa. Ce dernier devait dresser un portrait enjolivé de son ancien patron contre 10 millions de dollars.

La poursuite fera entendre un autre témoin, un policier, pour établir ce fait, démontrant ainsi jusqu'où [l'accusé] était prêt à aller.

Ces allégations de la poursuite ne font pas partie de la preuve, a souligné le juge Cournoyer.

Le jury de 14 personnes a été choisi plus tôt cette semaine, et le procès est présidé par le juge Guy Cournoyer de la Cour supérieure.

Huit chefs d'accusation

Sami Bebawi, un ancien vice-président directeur de SNC-Lavalin aujourd'hui âgé de 73 ans, fait face à huit chefs d'accusation de fraude, de recyclage de produits de la criminalité, de possession de biens volés et de corruption d'un agent public étranger.

Jeudi matin, il a plaidé non coupable à toutes ces accusations.

M. Bebawi est présumé innocent, a rappelé le juge Cournoyer. C'est la poursuite qui a le fardeau de prouver toutes les accusations hors de tout doute raisonnable. L'accusé n'a pas à prouver son innocence, a-t-il ajouté.

Tout le débat public sur l'affaire SNC-Lavalin est sans pertinence aucune, a souligné le juge aux jurés, leur rappelant que leur verdict ne devra être fondé que sur la preuve qu'ils ont entendue dans la salle de cour.

Les accusations contre M. Bebawi ont été portées en 2014, après une enquête effectuée par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Avec les informations de Geneviève Garon et La Presse canadienne

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