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Analyse

Test des valeurs et contorsions politiques

François Legault, debout, répond à une question à l'Assemblée nationale.

Le premier ministre François Legault tient sa promesse en allant de l’avant avec son test des valeurs.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un peu plus d'un an après son accession au pouvoir, le gouvernement Legault a présenté son fameux test des valeurs. Sa volonté de remplir coûte que coûte cette importante promesse électorale l'a forcé à faire quelques ajustements.

À commencer par la sémantique : exit le vocable « test des valeurs », il est maintenant question de « l'attestation d'apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises ». Ce n'est qu'une des contorsions politiques qui ont conditionné ses choix.

Sur le fond, François Legault touche une corde sensible en affirmant que les nouveaux arrivants doivent adhérer aux valeurs de la majorité. Sur la forme, sur l'application du principe, la Coalition avenir Québec avait très mal évalué la réalité.

Soumettre un nouvel arrivant à un test des valeurs après trois ans au Québec (comme la promesse électorale le prévoyait) nécessite l'accord d'Ottawa. Pas d'accord, pas de test après trois ans.

Donc, première contorsion : le gouvernement appliquera le test à un moment du processus qu’il contrôle, avant que l'immigrant n'arrive au Québec plutôt que trois ans après son arrivée. Bref, pour obtenir le certificat de sélection du Québec (CSQ), obligatoire pour immigrer, il faut réussir le test.

Ce qui nous amène à la deuxième contorsion : plus question que celui qui échoue au test devienne une espèce de « sans-papiers », menacé d'être expulsé du Québec ou du Canada. L'idée de montrer la porte à quelqu'un de cette façon paraissait un peu cruelle. Sans compter qu'elle était difficilement applicable sans le consentement (encore) d'Ottawa.

Troisième contorsion : si le test est trop difficile (ce qui serait surprenant), la personne peut le reprendre deux autres fois ou suivre une formation de 24 heures et être réputée l’avoir réussi. Le risque d'échec est ainsi fortement réduit.

Quatrième contorsion : le test pourra être fait à la maison avec autant de conseillers que le candidat le veut pour l'aider à fournir les bonnes réponses. Sans compter l'ami Google qui pourra toujours être mis à contribution si personne ne connaît les réponses. L'idée de base du test des valeurs ressemblait plutôt (dans l'esprit d'à peu près tout le monde) à un examen classique, comme à l'école, sous la supervision d'un surveillant prêt à sévir à la moindre tentative de plagiat ou d'aide externe.

La cinquième contorsion réside dans le pelletage en avant du test de français. Vous vous rappelez? La promesse électorale parlait d'un test des valeurs et d'un test de français au bout de trois ans. La volonté d'imposer ce test demeure, mais elle devra se faire après une négociation avec Ottawa. Cette discussion sera-t-elle une priorité du gouvernement Legault? Elle faisait partie de ses demandes pendant la campagne électorale fédérale mais a été éclipsée par l’enjeu de la laïcité.

Genèse d'une promesse tenue

De la théorie à la pratique, il y a un pas. Ce qui nous ramène à la genèse de l'idée d'un test des valeurs. La promesse a été faite au moment où la Coalition avenir Québec se cherchait une identité. Elle a contribué à faire de la CAQ la « défenseuse » des valeurs québécoises. La stratégie a été payante, propulsant François Legault et son équipe au pouvoir.

Mais l'application de la promesse nécessitait d'importants ajustements. Ça donne une politique moins contraignante, moins controversée qui ne devrait pas, a priori, réduire les chances d'immigrer au Québec. On est loin de la première mouture, mais le gouvernement ne se gênera pas pour dire qu'il a tenu promesse et qu’il défend les valeurs québécoises.

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