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Des entraîneurs virtuels qui ne font pas l'unanimité

Illustration d'une jeune femme prenant un égo-portrait lors de son entraînement, dans son salon. Des «likes» et des coeurs flottent au-dessus d'elle.

Le reportage d'Audrey Paris

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les entraîneurs virtuels gagnent en popularité sur les réseaux sociaux du Québec, mais le modèle d'affaires qui les fait vivre est souvent critiqué.

Avant même que le soleil se lève, Karine Beaumont publie une photo d’elle en tenue de sport après son entraînement sur son compte Facebook. L’objectif : rappeler à ses clients qu’elle a réussi son défi quotidien.

Cette mère de famille de 38 ans est entraîneuse non professionnelle pour l’entreprise californienne Beachbody, en plus de son travail à temps plein.

De chez elle, à l’Ange-Gardien, elle conseille les clients sur les programmes de remise en forme de l’entreprise et sur les suppléments de protéines qu'elle commercialise.

Karine Beaumont souriante regarde la caméra.

Karine Beaumont est entraîneuse au sein de Beachbody depuis 2014.

Photo : Radio-Canada

Les communications se font presque uniquement sur Facebook, à distance.

Elle recrute de nouveaux ambassadeurs de la marque qui peuvent devenir entraîneurs à leur tour.

Karine Beaumont obtient de 25 à 35 % du prix des ventes qu’elle réalise. Elle accumule aussi des points lorsque les ambassadeurs recrutés vendent des produits ou ajoutent d’autres personnes dans l’équipe.

Ces points peuvent être échangés pour des cadeaux ou parfois pour des voyages d'affaires.

L’entreprise affirme qu'il y a près de 44 000 Québécois abonnés à la plateforme en ligne de vidéos d’entraînement.

Il y a environ 8000 entraîneurs dans la province, 30 000 au Canada.

Des doutes quant au modèle d’affaires

L’économiste Stacie Bosley, de l’Université Hamline, au Minnesota, étudie les systèmes de vente pyramidale aux États-Unis.

Sans s'avancer sur la légalité ou non de Beachbody, Mme Bosley y va cependant de quelques avertissements.

Un élément que je regarde en premier, ce sont les occasions réelles de faire de l’argent, explique-t-elle. Pour Beachbody, les possibilités de revenus des entraîneurs sont expliquées sur le site, mais ça pourrait l’être encore plus.

Deux personnes regardent un téléphone cellulaire dans une salle de soccer intérieur.

Bien que l'univers de Beachbody soit surtout en ligne, l'entreprise organise parfois des rassemblements avec des entraîneurs professionnels. C'était le cas au mois d'août au Complexe de soccer Honco de Lévis.

Photo : Radio-Canada

L'économiste estime également qu’il est difficile de savoir si les sources de revenu de cette entreprise privée se font davantage par la vente des produits ou par le recrutement. L’important, c’est que le profit soit fait principalement grâce à la vente, et ensuite, grâce au recrutement.

Sans parler spécifiquement de Beachbody, Stacie Bosley précise que les systèmes illégaux de ventes pyramidales sont détectés en majorité lorsque des clients déposent une plainte.

De son côté, Yan Cimon, un expert en stratégie d'entreprises à l'Université Laval, souligne que le programme d'entraîneurs en ligne de Beachbody peut donner l'impression qu'il est facile d'y faire de l'argent.

« Dans tous les modèles d'affaires, personne ne devient facilement millionnaire ou milliardaire, mais dans le modèle de Beachbody, on a la perception que c'est facile et que ça roule tout seul. »

— Une citation de  Yan Cimon, professeur de stratégie à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval

M. Cimon ajoute que c’est un modèle de marketing de réseau qui peut faire penser à d'autres joueurs comme Amway et Avon, à la différence que le modèle actuel de Beachbody est vraiment né grâce aux réseaux sociaux, souligne-t-il.

Au cours des deux dernières années, l’Office de la protection du consommateur du Québec n’a pas reçu de plaintes concernant Beachbody.

Sur son site web, l'organisme à but non lucratif Better Business Bureau lui donne une cote de A+ et l’entreprise y est accréditée depuis 2002.

Les entraîneurs vendent de vrais produits, dit l'entreprise

Beachbody se défend d’être un système illégal de vente pyramidale. Selon le président du volet coaching, Michael Neimand, le modèle est légitime puisque la rémunération obtenue par les entraîneurs vient de la vente de produits réels, comme les défis de groupe en ligne ou les suppléments de protéines.

Il précise également qu’un grand nombre de clients ne sont pas des ambassadeurs. Une des raisons pourquoi nous voulons que des clients achètent directement sur notre site, c’est que nous voulons être certains que les ventes ne se fassent pas uniquement dans un groupe restreint d'entraîneurs.

L'entreprise est transparente et ne promet pas la lune à ses entraîneurs, affirme aussi Michael Neimand.

Selon lui, Beachbody se démarque des autres entreprises de marketing de réseau parce que les ambassadeurs n’ont pas à acheter une grande quantité de produits pour les revendre ensuite.

En fait, c’est proscrit chez nous. Si on observe un client qui achète nos produits en trop grande quantité, nous allons poser des questions.

Karine Beaumont regarde un écran de télé et fait les mêmes exercices que l'entraîneuse.

Karine Beaumont aime s'entraîner à la maison puisqu'elle demeure loin d'un centre de sport.

Photo : Radio-Canada

Elle-même ambassadrice pour Beachbody depuis 2014, Karine Beaumont appuie les propos du président.

Cette dernière ajoute toutefois qu'elle doit continuellement expliquer ce qu’est cette entreprise et comment la compagnie fonctionne.

« La question qui me revient le plus souvent, c’est la fameuse question de la pyramide. »

— Une citation de  Karine Beaumont

Mais, ce n'est pas comme ça. Oui, j’ai des gens en dessous de moi, mais eux aussi peuvent faire de l’argent comme moi, et même plus s’ils le veulent.

Pour Karine Beaumont, le profit qu’elle fait en étant dans ce programme permet de payer les petits à-côtés. Elle consacre une dizaine d’heures par semaine à cette entreprise.

Petit guide de consommation

La nutritionniste Cynthia Marcotte a testé le supplément de protéines vendu par Beachbody.

Voici quelques-unes de ses recommandations :

- Le produit ne devrait pas être utilisé pour remplacer un repas, les vrais aliments ont la priorité.

- Lorsqu’on fait 30 minutes d’exercice d’intensité modérée à la maison, la prise de suppléments n’est pas nécessaire. Une variété d’aliments frais (sources de protéines & légumes) fera l’affaire.

- Le plaisir devrait être au coeur de chacun de nos repas : il ne faut pas se forcer pour en manger si on n’aime pas le goût.

- C’est un aliment transformé, qui contient une longue liste de superaliments aux bienfaits non démontrés et du sucre ajouté.

- Si on tient vraiment à en consommer une portion par jour, il faut l’inclure dans son budget (le produit revient à environ 150 $ par mois).

Coach est-il le bon terme?

Les ambassadeurs se nomment eux-mêmes coachs, mais Karine Beaumont ne s’en cache pas, le terme peut porter à confusion. Le programme d’entraînement est déjà fait par des professionnels, des nutritionnistes s’occupent du plan alimentaire. Moi, je suis là pour conseiller la personne.

« Je fais très attention, je pose beaucoup de questions à mes clients. Si je sens qu’ils doivent consulter un médecin, je vais leur suggérer. »

— Une citation de  Karine Beaumont
Montage de plusieurs publications où l'on peut y voir : une recette de salade, une femme qui regarde un coucher de soleil sur un bateau de croisière, une recette de poulet, un « shake » Shakeology, un groupe de jeunes femmes posants pour la caméra et une femme se mesurant le tour de taille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Il est possible d'observer une ressemblance dans les publications des entraîneurs Beachbody.

Photo : Radio-Canada

Mais sur les réseaux sociaux, certains ambassadeurs pour Beachbody partagent néanmoins des conseils qui vont au-delà de leur compétence.

Ce qui fait réagir Laurence Morency-Guay, de Québec. Elle s’est déjà fait inviter dans un groupe Beachbody, elle a accepté par curiosité, mais n’est jamais allée plus loin dans le processus.

Cette professeure en psychologie au collégial estime qu’il ne faut pas oublier qu’un coach Beachbody, c’est un vendeur.

La fille qui vend des plats Tupperware, elle ne dit pas qu’elle est chef ou cuisinière quand elle te montre comment faire du pâté chinois dans un plat. Non, elle est vendeuse. Ce n’est pas une crème qu’ils vendent, Beachbody, on parle quand même de la santé des personnes, affirme-t-elle.

Elle craint que des gens vulnérables fassent trop facilement confiance aux ambassadeurs de la marque à cause du titre.

À mes étudiants, je leur parle de l’importance du titre, comme en psychologie, les titres existent pour éviter les charlatans.

Au Canada, c'est le Bureau de la concurrence qui reçoit les plaintes en vertu de la Loi sur la concurrence, une loi qui comprend des restrictions afin d'assurer la confidentialité des plaintes qui sont soumises. L'agence fédérale ne pouvait donc confirmer ou non si des plaintes ont déjà été déposées concernant Beachbody au Canada.

Chez Beachbody, Michael Nieman soutient que la transparence et la vérité, c’est primordial. On a des équipes qui surveillent les publications, et on dénonce les messages qui sont mensongers.

Ces équipes doivent probablement trimer dur parce que sous le mot-clic #beachbody, la recherche donne 10 millions de résultats sur Instagram seulement.

Avec les illustrations d'Olivia Laperrière-Roy

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