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Que peut faire la Californie pour mieux se préparer aux feux de forêt?

Un photographe en combinaison au milieu de l'incendie prenant une photo d'un arbre en pleine chute.

Dans le nord de la Californie, plus de 300 kilomètres carrés de forêt et de broussailles ont été réduits en cendres par un gigantesque brasier baptisé « Kincade ».

Photo : afp via getty images / JOSH EDELSON

Ximena Sampson

Les changements climatiques ont créé une nouvelle réalité pour l'État de la Californie, aux prises chaque année avec des feux de plus en plus destructeurs. Ses habitants devront apprendre à vivre avec le feu, estiment les experts.

Les feux de forêt n’ont rien d’inhabituel dans cette région, où le climat sec et les vents du désert s’unissent pour créer des conditions particulièrement propices aux incendies. Mais, avec le réchauffement climatique, la saison des feux s’étire et ces derniers sont de plus en plus étendus et destructeurs.

Records établis en 2018 :

  • plus grande surface totale brûlée (1,7 million d’acres);
  • plus grand incendie (Mendocino Complex : 459 123 acres);
  • incendie le plus destructeur (Camp Fire : 18 084 structures détruites et 85 morts).

Entre 1972 et 2018, la surface brûlée annuellement dans l’État a été multipliée par cinq, d’après une étude publiée dans Earth’s Future (Nouvelle fenêtre) en août 2019.

Les feux qui sévissent actuellement dans la région de San Francisco et de Los Angeles sont les plus récents d’une série d’incendies particulièrement dévastateurs qui ont ravagé la Californie au cours des dernières années.

Cinq des dix feux les plus destructeurs dans l’histoire de l’État ont eu lieu au cours des dix dernières années.

Pourtant, malgré les pertes et les coûts astronomiques liés à ces incendies, peu a encore été fait pour améliorer la résilience des communautés, se désolent les experts.

Puisqu’il sera difficile d’inverser la tendance du réchauffement à moyen terme, ces derniers pensent qu’il serait plutôt nécessaire pour les communautés les plus exposées d’apprendre à vivre avec une menace d’incendie de plus en plus présente.

L’étalement urbain

Un problème majeur est le fait que les Californiens, comme beaucoup d’autres Américains, bâtissent trop souvent leur demeure dans des zones à risque d’incendie, sans qu’il n'y ait jamais eu de réflexion ni de planification.

Selon un rapport du gouvernement de la Californie, c’est 25 % de la population de l’État qui habite dans des secteurs périurbains à proximité de forêts, de zones arbustives ou de prairies. C’est là qu’on connaît également la plus forte croissance de la construction de nouvelles demeures.

Les compagnies d’assurance estiment qu’au moins 15 % des maisons californiennes sont bâties dans ces zones et jusqu’à 77 % dans certains comtés du nord de la Californie, comme Mariposa et Alpine.

Vue aérienne de maisons brûlées.

Des centaines de maisons ont été la proie des flammes, dans le nord de Santa Rosa, en octobre 2017.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

La construction résidentielle dans ces secteurs est problématique pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle augmente le risque d’incendie. Selon les données du Département des forêts et de la protection contre le feu de la Californie (CalFIRE), 95 % des incendies dans l’État ont une cause humaine (mégots mal éteints, feux de camp laissés sans surveillance, braises qui s’échappent d’un BBQ, etc.).

D’autre part, la présence d'humains complique la tâche des pompiers, qui doivent parfois mettre au second plan la lutte contre le feu pour se concentrer sur la protection des habitations.

Selon une étude (Nouvelle fenêtre) menée conjointement par le Service des forêts des États-Unis et l’Université de Madison, ce sont 82 % des bâtiments détruits par le feu entre 1985 et 2013 en Californie qui se trouvaient dans cette zone périurbaine.

Cependant, les autorités californiennes semblent peu préoccupées par l’étalement urbain. Dans le plan du gouvernement de la Californie sur les feux de forêt et le changement climatique, où il est pourtant question de prévention et de résilience, il n’est fait nulle mention d’une quelconque restriction de la construction dans les zones à risque.

Les gens veulent s’installer dans des endroits où il fait bon vivre, dit Tim Brown, directeur du Western Regional Climate Center au Desert Research Institute, à Reno, au Nevada. Le problème est que certaines personnes ne se rendent peut-être pas compte à quel point le secteur où elles habitent est propice aux incendies. Nous avons besoin d’une meilleure communication sur le sujet afin qu’il soit mieux compris.

Des assureurs réticents

Si l’État n’agit pas, les compagnies d’assurance, elles, sont en train de le faire. Certaines d’entre elles ne veulent plus prendre en charge les bâtiments à risque. Selon le Département de l’assurance de la Californie, il y a eu une augmentation de 6 % du nombre de contrats d’assurance non renouvelés par l’assureur dans des zones périurbaines entre 2017 et 2018.

Un arbre devant une maison en construction, qui occupe un terrain vide.

Des maisons en construction exactement au même endroit où d'autres ont brûlé en 2017.

Photo : Radio-Canada / Timothé Matte-Bergeron

Pour les résidents de zones directement touchées par les incendies de 2017 et 2018, l’augmentation est de 10 %.

C’est un signal d’alarme pour le commissaire aux Assurances de l’État, Ricardo Lara.

Nous constatons une tendance à la hausse en Californie, où les assureurs ne renouvellent pas les polices de personnes à risque à cause des incendies de forêt, a déclaré dans un communiqué M. Lara. [...] Le fait de ne pas pouvoir obtenir une assurance peut avoir un effet domino sur l'économie locale, affectant les ventes de maisons et les taxes foncières.

Ces données devraient constituer un avertissement pour les décideurs des États et des collectivités locales : sans action pour réduire le risque d'incendies de forêt extrêmes et préserver le marché de l'assurance, les communautés pourraient s'effondrer.

Ricardo Lara, commissaire aux Assurances de la Californie

Ne pas construire dans des zones à risque serait une première mesure à prendre pour minimiser le danger. Mais il y a aussi des façons de protéger les habitations existantes, explique Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada, notamment en aménageant le combustible, c’est-à-dire la végétation inflammable aux alentours des bâtiments.

On peut, par exemple, mettre des feuillus plutôt que des conifères à certains endroits, puisque les conifères sont plus inflammables, ou encore tout simplement en enlevant le combustible autour des infrastructures, affirme-t-il.

On devrait également mettre en place des normes afin de s’assurer que les matériaux utilisés pour construire les bâtiments soient non inflammables. Il faudrait éviter les toitures en bardeaux de cèdre, donne en exemple M. Boulanger.

Un ouvrier passe devant une charpente de maison en bois.

Construction de maisons dans un nouveau développement à Petaluma, dans la région de Sonoma, le 21 janvier 2015.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Des programmes visant à aider les populations à mettre en place des mesures pour protéger leur maison contre les feux de forêt, tels qu’Intelli-Feu, au Canada, devraient être encouragés. Il en existe plusieurs aux États-Unis, dont Fire Adapted Communities et Firewise Communities USA.

Les résidents de ces zones doivent aussi connaître le risque et avoir un plan en cas d’alerte incendie, pense Tim Brown. Si vous vivez dans une zone propice aux incendies, vous devez prendre des mesures pour limiter les risques, affirme-t-il. Vous devez avoir une trousse d’évacuation, par exemple, connaître votre route pour évacuer et avoir un plan.

Nous devons nous adapter au fait que nous verrons plus d’incendies dans ces zones ou, du moins, plus d’incendies extrêmes. Il faut se préparer à cela.

Tim Brown, directeur du Western Regional Climate Center, à Reno, au Nevada.

Au-delà des gestes que les particuliers peuvent poser pour protéger leur demeure, les municipalités devraient aussi apporter leur contribution à travers une planification urbaine qui prenne en compte le risque de feu, pensent les chercheurs (Nouvelle fenêtre).

Les nouveaux développements devraient notamment comprendre des routes d’évacuation et des sentiers récréatifs qui pourraient jouer le rôle, en cas de besoin, d'allées coupe-feu.

Il faut également poursuivre les brûlages dirigés, une technique qui consiste à conduire un feu de façon planifiée et contrôlée afin de maintenir la santé et la biodiversité des forêts.

Parcs Canada procède à un brûlage dirigé afin d'aider la régénérescence d'espèces d'arbre dans le parc.

Parcs Canada procède à un brûlage dirigé afin d'aider la régénérescence d'espèces d'arbre dans le parc.

Photo : SOPFEU

Selon certains chercheurs, les grands feux que nous voyons aujourd’hui seraient peut-être moins dévastateurs si on avait laissé brûler les prairies et les zones arbustives naturellement, comme le faisaient nos ancêtres. Ces feux à plus petite échelle, dans des zones inhabitées, permettraient de dégager les forêts touffues.

« Lorsqu’on fait du brûlage dirigé, on réduit la quantité de combustible qui est disponible si un feu hors de contrôle arrive près des infrastructures ou des communautés », explique Yan Boulanger.

L'absence de feu peut conduire à une accumulation de branches et de bois mort, et autres débris hautement inflammables, créant des conditions propices à des incendies incontrôlables et très intenses, explique sur son site web Parcs Canada.

Ce qui est clair, c’est qu’il va falloir apprendre à mieux connaître le risque, soutient le chercheur.

Une fois que la nature du risque est connue, on est plus en mesure de développer des stratégies d'adaptation qui sont efficaces.

Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada

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