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Le Wexit pourrait-il devenir une réalité?

Un photo d'un faux passeport.

Une photo de passeport d'un pays fictif dénommé République de l'Ouest canadien qui circule sur les réseaux sociaux parmi les séparatistes de l'Ouest canadien.

Photo : Facebook.com

Emmanuelle Poisson

Avec les conservateurs qui ont remporté la quasi-totalité des sièges en Alberta et en Saskatchewan, les résultats électoraux du 21 octobre dernier démontrent un sentiment d’aliénation de l’Ouest canadien envers Ottawa. Le groupe indépendantiste Wexit Canada dit entreprendre un processus pour fonder un parti politique fédéral et des partis politiques provinciaux. Mais à quoi pourraient ressembler une ou plusieurs provinces de l'Ouest indépendantes?

La vision d'un Ouest canadien indépendant, selon le Wexit

Une monnaie propre à l’Ouest, des investissements en santé mentale et pour combattre les dépendances, la nationalisation de la dette, une aide pour les étudiants endettés.

Ce ne sont que quelques-unes des mesures que voudrait instaurer l’un des dirigeants du groupe indépendantiste Wexit, Peter Downing, si une ou plusieurs provinces de l’Ouest en venaient à former un État indépendant. Toutes ces mesures seraient soutenues par une économie basée sur l’exploitation de ressources naturelles.

Par quoi la valeur de ce pays encore fictif serait-elle soutenue? Les ressources avec lesquelles nous sommes bénis, le travail acharné de notre population, la jeunesse relative de notre population et leur ingéniosité, répond Peter Downing.

Le groupe se prépare à soumettre sa demande pour former un parti politique fédéral, selon M. Downing. Le parti serait comparable à celui du Bloc québécois, mais pour l’Ouest. Par la suite, des partis politiques provinciaux seraient formés, notamment en Saskatchewan et en Alberta.

Le groupe Wexit prévoit accorder de l’importance aux voix autochtones. Il n’y aurait pas une seule loi adoptée qui n’aurait pas été filtrée par une perspective autochtone, pour s’assurer qu’aucune loi ne cause de dommages aux Autochtones, indique Peter Downing. Il prévoit notamment une annulation complète de la Loi sur les Indiens, qu’il qualifie d'apogée du racisme.

Et si [les Autochtones] ne veulent pas avoir de pipelines sur leurs territoires? Ce n’est pas grave, on va simplement le contourner. C’est la réalité, dit M. Downing.

Peter Downing ne décrit pas son parti comme étant de droite ou de gauche. Il s’agit d’avoir le bon moment, le bon outil, la bonne solution pour pouvoir prendre soin de nos amis et de nos voisins, et pour gérer nos propres affaires.

Ça sera un endroit fantastique où habiter. Ce sera le meilleur endroit où vivre sur la planète, dit-il.

Il y a un peu d’utopie. [Ce n’est pas] parce qu’on devient indépendant qu’on règle tous les problèmes, dit le directeur de l’Institut d'études canadiennes de l’Université McGill, Daniel Béland. Abolir la Loi sur les Indiens, ce n’est pas facile. Ça va demander des années de négociations avec les Autochtones.

Un changement possiblement coûteux

Une sécession engendrerait des changements fiscaux très importants, selon Daniel Béland. Il soulève, entre autres, la question du paiement de la dette fédérale par la ou les provinces qui se sépareraient et l’augmentation des taxes et des impôts.

Daniel Béland ajoute qu’une séparation d’une ou plusieurs provinces de l’Ouest serait coûteuse. C’est sûr que ça coûterait cher. Ça pourrait avoir un effet économique néfaste à court et à moyen terme. On ne sait pas à long terme, estime le professeur qui a travaillé pendant près de six ans à l’Université de Calgary, et environ 10 ans à l’Université de la Saskatchewan.

Benoît Pelletier, qui est professeur de droit à l’Université d’Ottawa, estime lui aussi qu’une séparation aurait très nettement des conséquences économiques pour la province elle-même, bien qu’il puisse être difficile de les mesurer pour l’instant. Mais il est difficile d’entrevoir un processus de sécession ou d’indépendance sans qu’il y ait, je dirais, des remous sur le plan économique, du moins à court terme, ajoute l'ancien député et ministre du Parti libéral du Québec.

Un autre défi à considérer : la géographie, selon M. Béland. Il souligne que l’Alberta ou la Saskatchewan formerait un pays enclavé si les provinces devenaient indépendantes, seules ou ensemble, ce qui pourrait nuire, entre autres, à la construction de pipelines.

Si vous n’avez pas accès à la mer, vous avez toujours besoin de pipelines, et là, vous devez négocier avec deux pays étrangers : les États-Unis et le reste du Canada, indique Daniel Béland. Ça compliquerait même la construction des pipelines aussi, parce que c’est encore plus difficile d’obtenir la construction de pipelines avec des pays étrangers qu’au sein du même pays. Sur le plan des politiques publiques, ça ne tient pas vraiment la route.

Un processus long et complexe

Les experts s'entendent sur le fait que la Loi sur la clarté référendaire rend le processus de sécession d'une province complexe.

Qu'est-ce que la Loi sur la clarté référendaire?

La Loi permet au gouvernement du Canada de s’assurer que la question posée lors d’un référendum sur la souveraineté est claire. Ottawa peut refuser de négocier avec une province qui a tenu un référendum, sauf si le résultat du vote est clair.

Pour être constitutionnelle, la sécession doit forcément passer par une négociation, et cette négociation-là se fait non seulement avec le gouvernement du Canada, mais également avec tous les gouvernements provinciaux, indique M. Pelletier. Il qualifie le processus sécessionniste d’une province de très dur à réaliser.

M. Béland indique aussi que, malgré un référendum où le vote pour la souveraineté ou l’indépendance l’emporte, cela prendrait des années avant que celle-ci ne se concrétise.

C’est ouvrir une boîte de Pandore, dit-il. Il cite en exemple le phénomène du Brexit. C'est différent, mais on nous avait dit que ça allait être facile, pis ça va se faire du jour au lendemain, pis en fait, ça prend des années à le négocier puis ensuite à le réaliser.

Je pense qu’il y aurait beaucoup d’incertitudes durant les négociations avant que ce ne soit complété, poursuit-il.

Benoît Pelletier met cependant les gens en garde. Je sais que c’est difficile de penser qu’une province de l’Ouest puisse faire sécession éventuellement, mais il n’en reste pas moins que derrière cela, il y a une grogne et il y a un désaccord par rapport à la façon dont le Canada est gouverné. Il y a énormément de ressentiment et ça, ça doit être pris très sérieusement par l’ensemble des Canadiens y compris le gouvernement fédéral.

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