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Vos enfants ont-ils une bibliothèque dans leur école?

Les écoles du Québec manquent de livres, mais aussi de locaux pour les accueillir et de bibliothécaires pour les faire rayonner.

Un encouragement à la lecture dans une bibliothèque

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Robillard

Québec veut plus de livres dans les écoles. Il a d’ailleurs récemment annoncé qu’il consacrerait non plus 15, mais 20 millions de dollars par année pour en acheter davantage. Reste à voir où les mettre et quoi en faire, alors que le quart des commissions scolaires n’ont pas de bibliothécaires et que plusieurs écoles n’ont tout simplement plus de locaux consacrés aux livres et à la lecture.

Laval est un bon exemple de cette situation. Depuis quelques années, les élèves de l’École primaire Le Sentier n’ont plus de bibliothèque scolaire. La direction l’a transformée en salle de classe afin de faire face à l’afflux croissant de nouveaux élèves.

Les livres sont maintenant disséminés dans les salles de classe, rangés sur quelques tablettes et étagères, et en nombre limité. Rien à voir avec les nombreux rayons qu’on retrouve habituellement dans une bibliothèque.

C’est triste parce qu’on a déjà connu les beaux espaces bibliothèques, déplore Annie Lévesque, enseignante de première année à l’École Le Sentier.

Et le cas n’est pas unique, puisqu’à Laval, près de 20 % des 58 écoles primaires du territoire n’ont plus de bibliothèque, pour des raisons d’ailleurs similaires.

On est en hypercroissance, ce qui fait en sorte qu’on est obligé de sacrifier des bibliothèques dans certaines écoles, justifie la présidente de la Commission scolaire de Laval, Louise Lortie.

Dans sa classe, Annie Lévesque ne dispose que d’une centaine de livres pour sa vingtaine d’élèves, à l’image des autres classes. Une situation qui a un effet sur la motivation de ses jeunes lecteurs.

Je fais une rotation aux deux, trois semaines, mais des fois, les enfants disent : "J’ai tout lu!" ou "J’ai tout vu!"

Annie Lévesque, enseignante de première année à l’École Le Sentier
Corridor dans l'École Le Sentier.

La directrice de l’École Le Sentier, Janie Emond

Photo : Radio-Canada

La directrice de l’École Le Sentier, Janie Emond, admet d’ailleurs que le nombre de livres dans les classes est insuffisant.

La problématique, dit-elle, c’est qu’on n’arrive pas à faire une rotation quotidienne des livres. Donc, chaque enseignant a en sa possession ses 100 livres qu’il garde pour l’année.

Ce qui est difficile, poursuit-elle, c'est que l'enfant n'a pas nécessairement le choix de prendre le livre qu'il veut. Or, on veut stimuler la lecture, et quoi de mieux pour la stimuler que de laisser un enfant choisir selon ses intérêts?

Plus de livres? Oui, beaucoup plus!

Le chercheur à la Faculté de l’éducation de l’Université de Sherbrooke Martin Lépine croit qu’il est essentiel que chaque école ait une bibliothèque.

Il estime même qu’il devrait y avoir au moins 500 livres dans chaque salle de classe, comme le suggèrent des études américaines, pour donner le goût de la lecture aux enfants.

Ça peut paraître gros, 500 livres, mais ce n’est pas nécessairement 500 romans. Ce sont des livres variés.

Martin Lépine, chercheur à la Faculté de l’éducation de l’Université de Sherbrooke
Une classe d'école primaire.

Martin Lépine, chercheur à la Faculté de l’éducation de l’Université de Sherbrooke

Photo : Radio-Canada

Le premier facteur de réussite scolaire, et pas juste en classe de français, mais dans toutes les disciplines scolaires, c'est la compétence à lire des élèves, donc leur goût de lire, fait-il valoir. [Alors] quand on pense aux milieux plus défavorisés qui n'ont peut-être pas eu la chance d'être en contact avec des livres dans leurs milieux familiaux et on arrive à l'école et on ne rencontre pas plus de livres [...] c'est quand même inquiétant.

La présidente de la Commission scolaire de Laval, Louise Lortie, reconnaît que l'absence de bibliothèques est un problème.

Il y a un impact sur l'élève. C'est sûr qu'ils n'ont pas accès à cette expérience-là d'avoir plein de livres. […] Est-ce que ça nuit à l'apprentissage? L'apprentissage proprement dit des matières académiques? Je ne le sais pas, concède-t-elle. Je ne suis pas la spécialiste là-dedans.

La solution, ajoute-t-elle, c'est de bâtir des écoles. C'est d'avoir des sommes d'argent.

Où sont les bibliothécaires?

À l’École primaire Val-des-Ruisseaux à Laval, un établissement qui a ouvert ses portes il y a un an, on trouve une bibliothèque.

Dans ce local, vaste et illuminé par ses nombreuses fenêtres, il y a des rayons avec des centaines de livres, mais pas de bibliothécaire.

Ici, ce sont des parents et des bénévoles comme Michèle Gendron qui s'occupent des prêts de livres et du bon fonctionnement de la bibliothèque.

Mme Gendron y travaille environ trois jours par semaine.

C’est elle qui accueille les groupes d’élèves qui viennent dans le local.

On reçoit de la formation sur la gestion de la bibliothèque, [la façon de] codifier les livres, et aussi la réparation des livres, l'entretien qu'on doit faire et la gestion de l'informatique, parce que tout est géré par informatique, explique-t-elle.

Avoir accès à des livres, à une bibliothèque à l'école, moi je pense que, pour la qualité de ce qu'on enseigne à nos enfants, c'est un excellent complément. […] c’est le goût d’apprendre, c’est le goût de s’instruire sur toutes sortes de matières.

Michèle Gendron, bénévole
La bibliothèque de l'école.

Michèle Gendron, bénévole à l’École primaire Val-des-Ruisseaux à Laval

Photo : Radio-Canada

À Laval, on compte moins de trois bibliothécaires équivalent temps plein pour les 42 000 élèves que sert la commission scolaire. Les ratios ne sont guère supérieurs dans les commissions scolaires Marie-Victorin sur la Rive-Sud et des Affluents sur la Rive-Nord.

Des bibliothécaires dans les commissions scolaires, il y en a souvent un, deux et parfois trois pour desservir des fois une centaine d'écoles. Ça n’a aucun bon sens, déplore le chercheur Martin Lépine.

Selon une compilation que nous avons effectuée, le quart des commissions scolaires n'ont pas de bibliothécaires, et il n’y en aurait pas plus d’une centaine au Québec, selon le ministère de l’Éducation.

Le président la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec estime qu’il en faudrait trois fois plus.

Il y a un rattrapage important à faire si on veut que nos bibliothèques deviennent un milieu stimulant et vivant pour nos élèves, estime Jacques Landry.

Dans son bureau.

Jacques Landry, président la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec

Photo : Radio-Canada

On arrive avec des collections incomplètes. On arrive avec du matériel pédagogique finalement qui est plus ou moins adapté, déplore-t-il, estimant qu’au bout du compte, c’est le service aux élèves qui fait les frais de décisions malheureuses prises il y a des décennies.

Le gouvernement avait fait le choix de mettre de l’argent ailleurs et de complètement délaisser ce domaine-là. [...] ça a été complètement abandonné pour plusieurs années, rappelle Jacques Landry. Au début des années 90, il n’y avait plus que 20 bibliothécaires dans les écoles. Il n’y avait plus d’argent. C’était laissé à des bénévoles.

Avec la collaboration de Daniel Boily

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