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Fiat-Chrysler-PSA : vers la création d'un géant automobile

Un travailleur de l'usine Fiat Chrysler, à Windsor.

Un travailleur de l'usine Fiat Chrysler, à Windsor (archives)

Photo : La Presse canadienne / Geoff Robins

Agence France-Presse

Les constructeurs italo-américain Fiat Chrysler et français PSA se préparaient mercredi à leur mariage, une opération de plus de 65 milliards de dollars pour unir leurs forces à l'heure où l'industrie automobile connaît des difficultés.

Selon une source proche du dossier, le conseil d'administration de PSA a accepté mercredi soir le principe d'une alliance avec Fiat Chrysler Automobile (FCA), étape dans la constitution d'un nouveau géant de l'automobile.

Précisément, le conseil a donné son feu vert au président du directoire de PSA, Carlos Tavares, pour lancer des négociations exclusives avec FCA, et devra encore se prononcer sur le projet final.

Cet accord de principe, qui devait aussi être validé par le conseil d'administration de FCA, prévoit que le conseil d'administration d'un futur ensemble sera composé de 11 membres, dont 6 du groupe français et 5 de l'italo-américain, selon la même source.

Toujours d'après cette source, les entreprises pourraient officialiser rapidement ces négociations exclusives.

Plus tôt dans la journée, les deux groupes qui emploient 400 000 salariés dans le monde avaient confirmé être en pourparlers en vue de créer le numéro quatre mondial du secteur.

La direction de PSA a en tout cas convoqué les représentants des organisations syndicales au comité de liaison du groupe, jeudi matin à 7 h 50 (2 h 50 HAE), a indiqué la CFDT dans un communiqué.

L'idée de cette alliance semble pour l'heure séduire un large groupe d'acteurs.

Les marchés d'abord, puisque le cours de PSA a progressé de 4,5 % à la Bourse de Paris et que celui de FCA a bondi de plus de 9 % à Milan.

Les syndicats ensuite : Force Ouvrière, premier syndicat chez PSA, a souligné une dynamique industrielle positive du projet, et la CFE-CGC, numéro deux, retient qu'on ne prévoit pas de fermeture de site en France.

Le gouvernement français, si réticent il y a quelques mois lorsque FCA a tenté, en vain, de convoler avec Renault, a dit être particulièrement vigilant au sujet de l'emploi. Mais l'État, actionnaire à environ 12 % de PSA par l'intermédiaire de Bpifrance, estime aussi que les discussions confirment le mouvement de consolidation mondiale de l'industrie automobile, qui est nécessaire et dans lequel la France veut prendre toute sa place.

FCA emploie des milliers de travailleurs en Ontario. Elle possède des usines de montage à Brampton et à Windsor, et une usine de pièces à Etobicoke.

La voiture électrique pousse l’industrie à la transformation

Le vice-ministre italien de l'Économie Antonio Misiani a estimé vital de préserver les sites dans son pays. Il a souligné dans le même élan qu'il y avait un changement de paradigme sur le marché automobile avec le passage à l'électrique, rendant nécessaires de lourds investissements et des regroupements.

Ces discussions interviennent quelques mois seulement après l'échec d'un projet de fusion entre Fiat Chrysler et Renault, numéro un français de l'automobile.

Du côté français, on estime que ce projet est différent, avec un mariage à deux et non pas à trois, dont un acteur qui ne voulait pas de l'union, en référence à Nissan, allié de Renault, qui était sceptique.

Les modalités du mariage restent encore à définir, même si une source proche du dossier a confirmé à l'AFP les informations du Wall Street Journal, c'est-à-dire une fusion entre égaux avec échange d'actions, tout en notant que d'autres options étaient également envisagées.

La question potentiellement épineuse du siège de la future entité n'a pas été tranchée, mais l'hypothèse des Pays-Bas est considérée, selon la même source.

Carlos Tavares deviendrait directeur général de la nouvelle entité, dont le conseil d'administration serait présidé par le patron de Fiat Chrysler, John Elkann, héritier de la dynastie Agnelli.

De géant en géant

La valorisation boursière de l'entité fusionnée est évaluée à environ 65 milliards de dollars.

Un tel rapprochement ferait entrer la nouvelle entité dans le collège des mastodontes du secteur, derrière Volkswagen, l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et Toyota.

PSA a vendu 3,9 millions de véhicules l'an dernier, pour un chiffre d'affaires de 107 milliards de dollars. FCA a écoulé 4,8 millions de véhicules, pour 160 milliards de dollars. Le couple contrôle les marques Alfa Romeo, Chrysler, Citroën, Dodge, DS, Jeep, Lancia, Maserati, Opel, Peugeot et Vauxhall.

À l'heure où le marché automobile mondial fait face à une conjoncture morose et à des défis technologiques majeurs liés à l'essor des véhicules électriques, c'est un remarquable rebondissement pour PSA, qui avait frôlé la mort en 2012, observe Michael Hewson, analyste du courtier CMC.

Le constructeur n'avait été sauvé de la faillite que par l'entrée à son capital de l'État français et de la chinoise Dongfeng, aux côtés de l'autre actionnaire de référence, la famille Peugeot.

Une fusion permettrait à PSA de revenir par la grande porte sur le marché américain grâce aux Jeep et aux camionnettes Dodge RAM de son fiancé. Fiat Chrysler de son côté consoliderait ses positions en Europe, où le groupe souffre de ne pas avoir suffisamment renouvelé sa gamme.

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