•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fonderie Horne : la majorité de l’arsenic attribuable à une minorité de clients

Vue des tuyaux surplombant la fonderie.

Les installations de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda. (archives)

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Thomas Deshaies

Des documents du gouvernement du Québec consultés par Radio-Canada révèlent que les concentrés de matières fournis par une minorité de clients à la Fonderie Horne contiennent 63 % de l’arsenic traité par l’entreprise. L’arsenic qui se retrouve dans l’air de Rouyn-Noranda provient initialement de ces concentrés.

Les concentrés et sous-produits métallurgiques sont acheminés à la Fonderie Horne pour qu’elle puisse produire des anodes de cuivre. Dans un document gouvernemental, on y dresse une liste de 46 clients qui ont fourni ces matières à la fonderie pour l’année 2018.

Les substances fournies par seulement 4 de ces clients contiennent 63 % de l’arsenic total qui entre à la fonderie par l’entremise des concentrés. Or, le tonnage fourni par ces clients ne correspond qu’à 5,26 % du total des intrants (concentrés et sous-produits métallurgiques), soit 35 252 sur 670 001 tonnes. La situation était similaire en 2016 et en 2017.

L’arsenic provient des concentrés

L’arsenic qui entre à la Fonderie Horne provient presque entièrement des concentrés et sous-produits métallurgiques, de l’aveu même de l’entreprise. Les matières recyclées qui sont traitées sont une source négligeable d’arsenic.

Il semble que c’était aussi le cas en 2005. Dans une lettre dont Radio-Canada a obtenu copie, un représentant de l’entreprise Noranda, qui opérait alors la fonderie, évaluait que 99 % de l’arsenic provenait des concentrés et sous-produits métallurgiques et le reste, des matériaux recyclés.

La Fonderie Horne planche actuellement sur une série de solutions pour réduire les émissions d’arsenic dans l’air, notamment en ajoutant un dôme et en capturant les gaz.

Questionnée le 2 octobre dernier à savoir s’il serait possible de ne plus faire affaire avec certains clients fournissant des matières contenant un taux d’arsenic élevé en attendant de mettre en application les solutions pour capter les gaz, la Fonderie Horne n’a formulé aucun commentaire. Nous ne commenterons pas les données auxquelles vous avez eu accès, nous a-t-on simplement répondu par courriel, sans vouloir accorder d’entrevue.

Questionné de nouveau en entrevue par une équipe du Téléjournal de Radio-Canada le 24 octobre dernier, le directeur du développement durable, Pierre-Philippe Dupont, a écarté une telle possibilité. D’année en année, ça change, le type de matériel qu’on reçoit. Donc, c’est dur de regarder l’ensemble du matériel puis de dire, il y a tel type de matériel là-dedans, il y a tel type de teneur, tout cela. Je pense que ce n’est pas cela l’idée. L’idée pour nous, c’est de diminuer les émissions à la source, a-t-il répondu.

La fonderie planche notamment sur une réduction des émissions par la capture du gaz lors de la fusion d’ici 2020 et compte paver 17 kilomètres de route pour éviter que l’arsenic contenu dans les poussières se retrouve dans l’air. L’entreprise mise aussi sur les dômes pour entreposer les concentrés et éviter que l’arsenic soit diffusé dans l’air.

L'affiche à l'entrée de la Fonderie Horne indique «une compagnie Glencore».

La Fonderie Horne peut émettre jusqu'à 67 fois plus d'arsenic que ce qui est autorisé dans le Règlement provincial sur l'assainissement de l'atmosphère.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Du concentré avec de l’arsenic, plus rentable?

Dans une entrevue accordée à ICI Abitibi-Témiscamingue le 17 septembre, Pierre-Philippe Dupont expliquait que la fonderie traite deux types de concentré, soit le « vert » et le « complexe ». Le vert peut être qualifié de plus pur, puisque constitué essentiellement de cuivre, alors que le complexe contient plusieurs autres métaux, dont de l’arsenic.

Pierre-Philippe Dupont avait aussi abordé l’enjeu économique lors de cette même entrevue. Au niveau du plan d’affaires et de la façon dont on fonctionne, on est une fonderie qui est très éloignée des marchés, on doit absolument avoir ces concentrés complexes là parce qu’avec du concentré vert, au niveau de la viabilité d’entreprise, ça ne serait pas viable ici, avait-il expliqué.

Un tel constat était aussi valable il y a plusieurs années. Dans un compte-rendu d’une rencontre interministérielle daté de 2005, obtenu via la loi sur l’accès à l’information, le gouvernement notait en effet que l’entreprise affirme que le concentré complexe est plus profitable économiquement. Ils nous énumèrent d’autres contraintes, telle leur alimentation en matériaux complexe, qui leur permet d’être rentable, peut-on lire.

Imposer un objectif de réduction déjà atteint

Le gouvernement du Québec permet actuellement à la Fonderie Horne d’émettre 67 fois plus d’arsenic dans l’air que ne le prévoit la norme provinciale, soit 200 nanogrammes par mètre cube. Or, en 2004, le gouvernement voulait forcer l’entreprise à respecter la norme actuelle de 3 nanogrammes par mètre cube.

Des documents consultés par Radio-Canada témoignent de négociations avec l’entreprise et le gouvernement entre 2005 et 2006. En janvier 2006, la fonderie en est venue à la conclusion qu’elle serait incapable de se conformer aux exigences. Pour réduire la concentration de l’air ambiant à la station la plus proche à 39 ng/m3, il en coûterait 120 millions de dollars, peut-on lire dans un compte-rendu d’une réunion gouvernementale.

Le gouvernement du Québec s’était alors rétracté, puis avait exigé officiellement, en 2007, l’atteinte du seuil de 200 ng/m3 en 2010. Ces objectifs sont inscrits dans une attestation d’assainissement. Il s’agit d’un mécanisme gouvernemental qui a notamment pour objectif de contraindre les entreprises à diminuer progressivement la quantité de polluants qu’ils rejettent dans l’environnement.

Or, l’objectif était déjà atteint deux ans avant l’instauration de cette exigence. Selon les données dévoilées par la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue en mai dernier, la Fonderie émet moins de 200 ng/m3 dans l’air, en moyenne, depuis 2005.

Un graphique intitulé Concentrations atmosphériques d'arsenic dans le QND.

Ce tableau montre les concentrations atmosphériques d'arsenic depuis 1990.

Photo : CISSS-AT

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Abitibi–Témiscamingue

Santé publique