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Ukraine : un expert en sécurité nationale de la Maison-Blanche avait sonné l'alarme

Un militaire coiffé d'un képi et décoré de médailles, entouré de deux autres militaires photographiés en gros plan.

Alexander Vindman, officier militaire au Conseil de sécurité nationale des États-Unis, arrive au Capitole le 29 octobre 2019, afin de comparaître devant trois comités qui enquêtent sur une procédure de destitution contre Donald Trump.

Photo : The Associated Press / Manuel Balce Ceneta

Selon des fuites médiatiques, le principal expert de l'Ukraine au sein du Conseil de sécurité nationale, Alexander Vindman, a exprimé devant des comités de la Chambre des représentants, mardi, ses inquiétudes par rapport à l'attitude de l'administration Trump vis-à-vis de l'Ukraine.

Arrivé au Capitole en uniforme et décoré de médailles, le lieutenant-colonel Alexander Vindman a spécifié avoir alerté ses supérieurs à deux reprises, dont une fois visant spécifiquement l'appel du 25 juillet dernier entre le président Trump et son homologue nouvellement élu de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky.

Ce témoin-clé, qui a comparu à huis clos, est le premier officiel encore en poste à la Maison-Blanche à témoigner devant les membres des comités, mais aussi le premier ayant été aux premières loges de l'appel.

M. Vindman a dit avoir écouté l'entretien téléphonique à partir de la salle de crise, aux côtés de collègues du Conseil de sécurité nationale et du bureau du vice-président, Mike Pence.

J'étais préoccupé par cet appel, a admis Alexander Vindman au cours de sa déclaration d'ouverture, dont les médias ont obtenu copie.

Je ne pensais pas qu'il était approprié de demander qu'un gouvernement étranger enquête sur un citoyen américain, et je m'inquiétais des implications que cela pourrait avoir sur le soutien du gouvernement américain à l'Ukraine.

Lieutenant-colonel Alexander Vindman, expert au Conseil de sécurité nationale

Alexander Vindman a affirmé avoir fait part de ses préoccupations à l'avocat principal du Conseil de sécurité nationale.

Lors de cet appel téléphonique, dont la Maison-Blanche a publié un compte rendu, Donald Trump avait réclamé que Kiev enquête sur les origines de l'enquête au sujet de l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016, ainsi que sur l'adversaire que Donald Trump pourrait affronter en 2020 : le candidat à l’investiture démocrate Joe Biden.

Son fils, Hunter Biden, avait travaillé au sein du conseil d'administration de la compagnie gazière ukrainienne Burisma, qui avait un temps fait l'objet d'une enquête des procureurs ukrainiens.

J'ai compris que si l'Ukraine menait une enquête sur les Biden et Burisma, cela serait sans doute interprété comme un jeu partisan, ce qui, indubitablement, ferait perdre à l'Ukraine le soutien bipartisan qu'elle avait maintenu jusqu'alors. Tout cela aurait sapé la sécurité nationale américaine, a déclaré M. Vindman.

L'appel du président Trump a été fait quelques jours après qu'il eut gelé une aide militaire qu'avait approuvée le Congrès et qui était destinée à l'Ukraine. L'aide a été débloquée le mois dernier.

Vue du Capitole à la levée du jour.

À Washington, vue du Capitole à la levée du jour, le 29 octobre 2019

Photo : The Associated Press / J. Scott Applewhite

Un premier signal d'alerte dès le début de juillet

Le lieutenant-colonel Vindman avait une première fois alerté l'avocat principal du Conseil de sécurité nationale dans la foulée d'une rencontre, le 10 juillet, entre un responsable ukrainien et des responsables américains, dont faisaient partie le conseiller du président à la sécurité nationale de l'époque, John Bolton, et l'ambassadeur américain à l'Union européenne, Gordon Sondland.

Ce dernier avait alors lié la tenue d'une rencontre Trump-Zelensky à la conduite d'enquêtes par l'Ukraine, ce qui avait amené M. Bolton à mettre fin abruptement à la réunion.

Lors du débreffage, Gordon Sondland avait insisté pour que l'Ukraine transmette les enquêtes sur l'élection américaine de 2016, les Biden et Burisma.

Alexander Vindman avait alors rétorqué à l'ambassadeur Sondland que ses propos étaient inappropriés, que sa requête pour enquêter sur les Biden, père et fils, n'avait rien à voir avec la sécurité nationale et que le Conseil de sécurité nationale n'allait pas recommander de telles enquêtes ni y participer.

Alexander Vindman a ainsi contredit l'ambassadeur Sondland, riche homme d'affaires qui avait donné un million de dollars au comité d'investiture de Donald Trump. Lors de sa comparution devant les trois comités de la Chambre des représentants qui mènent l'enquête, il avait affirmé qu'aucun membre du Conseil de sécurité nationale ne lui avait jamais exprimé de préoccupation et qu'il n'avait lui-même jamais établi de lien entre les Biden et Burisma.

Après avoir insisté sur l'importance géopolitique de l'Ukraine, rempart contre l'agression russe, M. Vindman a évoqué le rôle crucial joué par des personnes, sans les nommer, à l'extérieur de l'administration Trump pour influer sur les décisions touchant ce pays.

D'autres témoins avant lui avaient spécifiquement nommé l'avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani.

Au printemps 2019, j'ai pris conscience du fait que des influenceurs externes faisaient la promotion d'un récit mensonger sur l'Ukraine [...] [qui] était néfaste à la politique gouvernementale américaine.

Lieutenant-colonel Alexander Vindman, expert au Conseil de sécurité nationale

Des alliés du président mettent en doute le patriotisme de Vindland

Donald Trump, regardant vers la gauche.

Le président Trump a de nouveau critiqué l'enquête menée par les démocrates.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

En matinée, le président Trump, sur Twitter, a accusé, sans preuve, le lieutenant-colonel Vindman d'être un anti-Trump.

Plusieurs des alliés du président ont mis en doute le patriotisme de M. Vindland, né en Ukraine à l'époque soviétique et arrivé en sol américain à l'âge de 3 ans. Sur les ondes de Fox News, un commentateur a même accusé ce vétéran de la guerre d'Irak d'espionnage.

Ce lauréat [d’une médaille] Purple Heart mérite mieux que ces attaques vicieuses, a lancé devant les médias le président démocrate du Comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, chargé de l'enquête.

Selon CNN, qui s'appuie sur cinq sources au sein des partis démocrate et républicain, les démocrates ont accusé les membres républicains des trois comités participant à l'enquête de se servir du témoignage du lieutenant-colonel Vindman pour tenter de découvrir l'identité du lanceur d'alerte.

D'après le réseau, Adam Schiff s'est pour cette raison opposé à certaines questions des élus républicains.

Durant son témoignage, Alexander Vindman a précisé qu'il n'était pas le lanceur d'alerte et a dit ignorer l'identité de ce dernier.

Le lanceur d'alerte, dont la plainte à l'origine de l'enquête a été déclassifiée le 26 septembre, avait dit baser sa plainte, entre autres, sur les rapports d'une demi-douzaine de sources au sein du gouvernement.

Les démocrates dévoilent les procédures de l'enquête publique

Les leaders démocrates de la Chambre des représentants ont par ailleurs rendu publique la résolution qui encadrera de façon formelle le déroulement des audiences publiques liées à l'enquête.

Les preuves que nous avons déjà recueillies brossent le portrait d'un président qui a abusé de son pouvoir en utilisant de multiples leviers gouvernementaux pour inciter un pays étranger à s'ingérer dans les élections de 2020, ont-ils écrit dans un communiqué.

Disant suivre l'exemple de précédentes enquêtes liées à une procédure de destitution, ils ont précisé qu'aux dépositions à huis clos succéderont les audiences publiques.

Les audiences publiques [permettront] au peuple américain de voir par lui-même les fautes commises par le président.

Extrait du communiqué des leaders démocrates

Le texte, qui sera soumis à un vote formel des représentants jeudi, précise les étapes à suivre en vue de la tenue d'un vote subséquent pour une éventuelle mise en accusation du président.

Les républicains, qui réclament à la fois depuis des semaines la fin du huis clos et un vote formel, ont critiqué l'annonce démocrate.

Vous ne pouvez pas remettre le génie dans la bouteille, a déclaré le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, arguant que le processus était entaché d'irrégularités depuis le début.

La résolution indique que c'est le Comité du renseignement de la Chambre qui assumera le rôle central de cette partie de l'enquête. Son président, Adam Schiff, présidera les auditions et pourra entre autres assigner des témoins à comparaître et ordonner la production de documents.

Le républicain le plus haut placé du comité pourra lui aussi réclamer des témoignages et des documents si le président Schiff autorise ces requêtes et, dans le cas contraire, en déférer au comité, où les démocrates sont majoritaires.

À l'issue de l'enquête, Adam Schiff présentera ses recommandations et les documents pertinents au Comité judiciaire de la Chambre qui, le cas échéant, décidera des articles de mise en accusation.

Les deux autres comités de la Chambre, qui étaient jusqu'ici chargés de l'enquête menée à huis clos avec le comité du renseignement, poursuivront en parallèle leurs propres enquêtes en vue d'une éventuelle destitution du président Trump, tout comme trois autres comités.

Avec les informations de Le Monde, Reuters, Associated Press, et New York Times

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