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Un policier et son frère accusés d'avoir battu sauvagement un Noir plaident non coupables

Dafonte Miller ne voit plus de son oeil gauche.

Dafonte Miller avant et après avoir été passé à tabac, selon la Couronne.

Photo : Leisa Lewis

Radio-Canada

Les frères Michael et Christian Theriault sont accusés de voies de fait graves relativement au passage à tabac de Dafonte Miller, un Noir de 19 ans. Ils ont plaidé non coupables à tous les chefs d'accusation à l'ouverture de leur procès, mardi à Oshawa.

Attention : ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

Dans son réquisitoire, la Couronne a expliqué que les frères Theriault avaient battu Dafonte Miller à Whitby, en banlieue de Toronto, au point de lui faire perdre l'usage d'un œil aux petites heures du matin, le 28 décembre 2016.

Elle avance que les deux frères ont voulu arrêter le jeune qui avait 19 ans à l'époque, parce qu'ils le soupçonnaient d'avoir commis des vols par effraction dans des voitures de leur quartier.

Michael Theriault est un policier de Toronto qui n'était pas en devoir à ce moment-là. Il est l'un de ceux qui a appelé le 911 cette nuit-là.

La Couronne a en outre évoqué les motifs de leur défense. Les deux hommes soutiennent qu'ils ont pourchassé et arrêté Dafonte Miller pour vol par effraction, mais qu'ils croyaient que l'individu était armé et dangereux. Les deux accusés ont l'intention de plaider la légitime défense.

Elle accuse par ailleurs les deux frères Theriault d'avoir tenté de faire obstruction à la justice en induisant délibérément les policiers en erreur dans leur enquête sur ce qui s'était réellement passé cette nuit-là.

Michael Theriault.

Le policier Michael Theriault et son frère sont accusés d'avoir battu sauvagement un jeune Noir.

Photo : Document remis par Joseph Briggs

La Couronne appelle à la barre une agente de Police régionale de Durham qui a été la première à arriver sur les lieux.

Jennifer Bowler avait été alertée au 911 au sujet d'un individu qui avait été arrêté pour avoir forcé les portières de plusieurs véhicules.

On voit une illustration judiciaire de la policière Jennifer Bowler à la barre des témoins.

La Procureure Linda Shim montre la barre d'aluminium que la policière Jennifer Bowler a trouvée sur la scène du crime.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Elle affirme que l'un des deux accusés maîtrisait sur la pelouse enneigée un jeune homme qui saignait abondamment d'un œil. Elle ajoute qu'elle a appelé une ambulance et qu'elle a prélevé de nombreuses gouttes de sang dans la neige ainsi qu'une longue barre de métal.

La scène m'a mise mal à l'aise.

Jennifer Bowler de la Police régionale de Durham

La policière précise qu'elle a pris des photos du jeune Noir avant qu'il ne soit transporté à l'hôpital. Je savais que mes collègues venaient de l'arrêter, mais je ne lui ai pas du tout parlé , souligne-t-elle. (Les accusations contre le jeune Noir seront éventuellement abandonnées, NDLR)

Mme Bowler affirme qu'elle a aussi photographié les frères Theriault et a noté que l'un d'eux, Christian, avait des ecchymoses et des coupures sur une main. Son frère n'affichait en revanche aucune blessure visible.

Elle souligne enfin qu'elle a retrouvé éparpillés sur le site deux téléphones cellulaires, une lampe de poche, des lunettes de soleil et un trousseau de clefs. Elle a aussi pris en photo un résident du quartier, dont la portière de la camionnette avait été forcée et dont une partie du contenu avait disparu.

La Couronne a par la suite appelé un important témoin à charge : Byron James Silverhorn est un précieux témoin oculaire. Il explique à la cour ce qu'il a vu cette nuit-là, lorsque Dafonte Miller a été passé à tabac de façon violente et répétitive.

Il raconte qu'il s'est réveillé parce qu'on entendait des gens crier à l'extérieur de sa maison vers 2 heures du matin. Il précise qu'il est descendu, parce qu'il pensait que des individus étaient entrés dans son domicile tellement les cris étaient bruyants.

On voit une illustration judiciaire de Byron James Silverhorn à la barre des témoins au procès des frères Thériault.

Byron James Silverhorn, qui est inspecteur au Service d'incendie de Toronto, témoigne pour la Couronne au procès des frères Thériault.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

M. Silverhorn dit être ensuite remonté à l'étage, parce que sa salle de bain possède une fenêtre qui donne sur son voisin. Il ajoute qu'il a aperçu deux individus en train d'en frapper un troisième contre le mur en briques de la maison voisine.

L'un d'eux était plus baraqué que l'autre et ils frappaient leur victime dans le vendre et la poitrine avec une cadence rapide, se souvient-il.

M. Silverhorn précise que la victime était penchée vers l'avant, mais qu'elle a réussi à s'échapper et qu'il l'a vue courir entre sa maison et celle de son voisin.

Il souligne qu'il a dû alors redescendre, parce que quelqu'un cognait violemment à sa porte.

C'était un vrai vacarme, j'avais peur que les gonds de la porte ne cèdent, je pensais que c'était une histoire de gang de rue jusqu'à ce que je comprenne que la personne de l'autre côté de la porte criait d'appeler le 911.

Byron James Silverhorn, témoin oculaire

M. Silverhorn souligne qu'il a ensuite rejoint sa femme à qui il avait demandé de composer le numéro des urgences, le bruit ayant cessé devant leur porte. Pendant qu'il parlait avec l'opératrice, il a regardé par la fenêtre du rez-de-chaussée pour voir ce qui se passait dehors.

On voit une illustration judiciaire qui dépeint le Procureur Peter Scrutton en train d'interroger des témoins à la barre.

Le Procureur Peter Scrutton interroge M. Silverhorn devant les deux accusés et leurs avocats respectifs.

Photo : Radio-Canada / Paul Smith

Il affirme avoir vu les deux mêmes individus attaquer leur victime qui était cette fois au sol dans son entrée de garage. On comprend dans son récit qu'il découvre que celui qui venait de frapper à sa porte était probablement Dafonte Miller.

Il a alors relaté ce qu'il voyait devant ses yeux à l'opératrice dont la conversation téléphonique a été présentée à la cour. Ils le battaient cette fois avec un bâton ou une barre de métal qu'ils lui enfonçaient en plein visage, conclut-il.

L'avocat de la famille Miller, Julian Falconer, avait notifié l'Unité provinciale des enquêtes spéciales (UES) de l'agression quatre mois plus tard, parce que les policiers de Toronto et de Durham n'avaient pas jugé nécessaire de le faire.

Les frères Theriault sont les fils d'un ex-responsable du comité de déontologie de la Police de Toronto. Me Falconer soutient que leur père s'est ingéré dans l'enquête de la Police régionale de Durham.

Avec des renseignements fournis par Jean-Philippe Nadeau

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