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Des artistes s’élèvent contre les géants du web

Un homme avec un regard sérieux, est vêtu d'un veston avec plusieurs textures, plusieurs formes géométriques et plusieurs couleurs vives.

L'auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe sur le tapis rouge du 41e Gala de l'ADISQ

Photo : Radio-Canada / MARTIN OUELLET-DIOTTE

Radio-Canada

L’appel du chanteur Pierre Lapointe semble avoir été entendu. Des artistes et des représentants d’associations ont pris la parole sur la place publique pour réclamer que les géants du web paient leur juste dû à la suite de son virulent plaidoyer lors du gala de l'ADISQ, dimanche.

Le musicien a alors exhorté les politiciens à agir pour que les multinationales du web paient leurs impôts au Canada.

Pour illustrer son propos, l’auteur-compositeur a donné l’exemple de sa chanson Je déteste ma vie, diffusée sur la plateforme Spotify, pour laquelle il a touché 500 $, même si elle a été écoutée un million de fois.

L’artiste a également demandé aux personnes qui ont de la visibilité dans les médias de s’engager pour cette cause.

Questionnée sur le sujet à l’issue du gala, la chanteuse Ariane Moffat n’a pas caché son mécontentement, voire son irritation sur l’inaction gouvernementale. Ça a l’air qu’on répète les mêmes messages depuis bientôt… entre 5 et 10 ans et ce n’est jamais compris, a-t-elle dit.

Rencontré dans la salle de presse du gala, le chanteur Michel Rivard a invité les élus à s’attaquer rapidement au problème.

C’est sûr que je trouve que les gouvernements devraient se grouiller le derrière. Depuis des années qu’ils ne l’ont pas fait. Alors, nous on continue à faire ce qu’on a à faire, mais en souhaitant à un moment donné que des gens avec du pouvoir puissent au moins se servir de ce pouvoir pour défier les multinationales, a-t-il déclaré.

Au lendemain de la sortie de Pierre Lapointe, plusieurs artistes se sont positionnés en faveur d’une nouvelle réglementation. En entrevue à l’émission 24/60 sur ICI RDI, la compositrice Alexandra Stréliski et le même Michel Rivard ont défendu l’idée d’imposer les multinationales.

L'auteur-compositeur-interprète a reconnu que les plateformes numériques sont « d’une utilité extraordinaire ». Je sais que les créateurs ne sont pas payés comme ils le devraient. C’est ça le problème à régler. On a besoin de l’aide des gouvernements. Ceux qui doivent mettre leur culotte pour affronter les multinationales sur les impôts. Je suis totalement d’accord, a-t-il dit.

Il est normal que « le consommateur paie pour de la musique d’une manière ou d’une autre », a ajouté Michel Rivard, qui estime par ailleurs que Pierre Lapointe est un « très bon ambassadeur pour la cause ».

De son côté, Alexandra Stréliski affirme que sans les plateformes numériques, elle n’existerait pas. Cependant, elle ajoute : Nous ne sommes pas les seuls à avoir ce problème-là. C’est un problème international et c’est sûr que le gouvernement doit protéger les gens, les commerçants, les artisans. C’est leur job.

Ça passe par un changement des lois

Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ, a indiqué dans une entrevue au Téléjournal 18 h que les artistes aux États-Unis « sont payés 10 fois plus » qu’au Canada au chapitre des redevances.

Elle a rappelé qu’en 2012, la Commission des droits d’auteurs a fixé les droits d’auteurs à 10,2 ¢ par 1000 écoutes. C’est un tarif avec lequel on n’est pas du tout confortable. On a essayé de le revoir, mais nous n’avons pas la nouvelle décision de la commission, a-t-elle expliqué.

Mme Drouin souligne que les ventes d’albums ont substantiellement baissé, alors que la création musicale est florissante. Cette année l’ADISQ a recensé 250 nouveaux albums. On vendait 13 millions d’albums en 2005, on n’en vend même pas 3 millions en 2018, a-t-elle indiqué.

La présidente de l’Union des artistes (UDA) Sophie Prégent a fait valoir que les géants du web appauvrissent les créateurs. Elle affirme que depuis 2015, « c’est 13 millions de dollars de revenus de moins pour nos artistes ».

Moi, quand je suis rentrée à l’UDA en 2012, on était au-dessus de 140 millions de dollars par année. Maintenant, on est rendu à 125 millions de revenus pour nos membres. C’est leur revenu à eux, a-t-elle affirmé.

Elle ajoute : Leur pouvoir d’achat a diminué, leur pouvoir de négociation a diminué. Il y a un éclatement. On ne consomme plus la culture de la même façon. On s’en va sur le web, ce qui fait que même la publicité est beaucoup moins rentable dans ce qu’on appelle la télé traditionnelle. Forcément, il y a quelqu’un qui paie pour cela.

À propos de la promesse libérale d’imposer 3 % sur le chiffre d’affaires des géants du web, Mme Drouin estime que « ça fait partie de la solution, mais ce n’est pas suffisant ».

Je veux bien qu’ils reçoivent de l’argent, mais il s’en va où l’argent après, dit Mme Prégent. Elle préfère l’option d’une redevance « parce qu’il y a une partie de l’argent qui revient aux artistes pour pouvoir créer des productions originales et les faire valoir sur ces belles plateformes qu’on connaît ».

Mme Drouin plaide pour « une modification de la loi de la radiodiffusion et une modification de la loi sur les télécommunications » de façon à ce que les nouveaux services de musique en ligne ou Netflix et les fournisseurs d’accès à Internet, qui font partie de cette chaîne de distribution des produits culturels et qui ne retournent rien dans l’industrie. Par la loi, ces entreprises pourraient contribuer aux contenus canadiens, estime-t-elle.

Les géants du web bénéficient d’un traitement de faveur et doivent être soumis aux mêmes règles que les entreprises canadiennes, croit pour sa part Geneviève Côté, chef des affaires du Québec et des arts visuels à la SOCAN

Ils en font de l’agent et vous les laissez aller avec cet argent-là à l’étranger, alors qu’ils font cet argent chez nous. Imposez-les. Demandez-leur de collecter la taxe et puis faites-les participer à l’écosystème de la même façon que les autres joueurs le font, lance-t-elle.

Selon le consultant numérique Bruno Guglielminetti, toute modification fiscale passera inévitablement par une initiative gouvernementale.

Le changement qu’on peut entrevoir il va venir du côté législatif, si il y a un changement à avoir. Quand on est une entreprise qui fait dans le streaming, ce n’est pas dans son intérêt de redonner plus d’argent que nécessaire, a-t-il dit.

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