•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sortir les schizophrènes du cercle vicieux de la criminalité

Le reportage de Davide Gentile, suivi d'une entrevue avec la psychiatre médico-légale Stéphanie Borduas Pagé.

Photo : Radio-Canada

Davide Gentile
Mis à jour le 

Quatre unités de psychiatrie légales ont été créées pour traiter les personnes qui sont déclarées criminellement non responsables en raison de maladie mentale, après avoir commis des crimes non violents. La plus récente de ces unités, qui préparent les détenus les moins dangereux à la réinsertion, a été inaugurée cette année dans l'est de Montréal.

Il s’agit d’un petit département, à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSM), où se retrouvent 18 personnes déclarées criminellement non responsables. À mi-chemin entre une prison et un hôpital, le lieu héberge une majorité des patients psychotiques.

L'objectif est de permettre à ces personnes sérieusement malades de réintégrer la société. Un concept qui garantirait de meilleurs résultats que les prisons.

Plusieurs fois par semaine, Georges-Alexandre cogne sur un sac d'entraînement. Il n'est pas un boxeur, mais un patient dans la nouvelle unité de psychiatrie légale de l'IUSM.

Un homme noir portant une casquette et une camisole.

Georges-Alexandre Malette Jules

Photo : Radio-Canada

Une salle de défoulement a été aménagée pour les 18 patients, dont plusieurs sont, comme lui, schizophrènes.

J'entends des voix et je deviens agressif. Donc, je vais dans la salle alternative et je frappe dans le punching bag, explique le jeune homme. Il a été arrêté pour avoir volé des voitures. Les voix me disaient vole la voiture, les clés sont dans le véhicule!

Comme la plupart des autres résidents ici, il a été déclaré criminellement non responsable de ses crimes.

Ce sont des personnes qui, à cause de la maladie, ne font pas la différence entre le bien et le mal.

Jonathan Brière, responsable des programmes de santé mentale, CIUSSS de l'Est-de-l’Île-de-Montréal

Ce n'est pas une prison, mais les patients sont dans une forme de détention, comme l'explique Hélène Rochette, chef de ce service.

Une femme dans un corridor d'hôpital.

Stéphanie Borduas-Pagé, psychiatre médico-légale.

Photo : Radio-Canada

Mais l'objectif est clairement de faire de la réinsertion. Avec un niveau de risque acceptable pour la société, mentionne de son côté Stéphanie Borduas-Pagé, psychiatre médico-légale.

La démarche est complexe et aucun des 18 patients arrivés ici en mars n'a obtenu son congé jusqu'à maintenant.

On s'attend à des durées de séjour assez longues, ajoute Mme Borduas-Pagé.

Les patients sont ici l'objet d'un suivi psychiatrique serré. Chacun a son plan de prévention de la violence. Il va avoir des sorties en fonction de ses progrès.

Il y a un suivi pharmacologique délicat chez ces patients qui ont de graves maladies psychiatriques. On organise des groupes de gestion du stress et de la colère, poursuit Mme Borduas-Pagé.

Les gens qui vivent ici peuvent faire des activités physiques pour faire baisser la pression. Lors de notre passage, la tension était presque absente. Mais un agent de sécurité est toujours sur place et l'unité est surveillée par une série de caméras.

L'unité offre un niveau de sécurité un cran en dessous de celui de l'Institut Pinel, aussi situé dans l'est de Montréal. Certains patients peuvent sortir fumer une cigarette ou même aller voir un film. Une approche qui semble donner des résultats.

Le taux de récidive pour les patients pris en charge dans des unités comme la nôtre est plus faible que chez ceux qui se retrouvent en prison.

Stéphanie Borduas-Pagé, psychiatre médico-légale

L'avantage ici c'est que t'as moins de chances de te faire battre qu'en prison, confie Georges-Alexandre Malette Jules, qui a effectué quelques séjours à la prison de Bordeaux.

Il souhaite aller vivre à Joliette après sa sortie de l'unité de psychiatrie légale. Il sera d'ailleurs suivi par l'équipe qui l'entoure actuellement. On fait des essais, par exemple dans des ressources d'hébergement et des appartements supervisés, explique Hélène Rochette.

George-Alexandre souhaite travailler en restauration.

Et j'aimerais ça m'acheter un char. Au lieu de le voler!, dit-il avec un sourire en coin. Il saura en novembre s'il pourra bientôt redevenir libre.

On compte trois autres unités de psychiatrie légale dans la province. Celles-ci sont situées à Québec, à Sherbrooke et à l'Hôpital Douglas, dans l'ouest de l'île de Montréal.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Santé mentale

Santé