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Un centre pour apprendre à devenir maman

La Villa Marie-Claire de Sherbrooke.

La Villa Marie-Claire de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Katy Larouche

La Villa Marie-Claire de Sherbrooke donne une ultime chance à des mères qui sont dans la mire de la Direction de la protection de la jeunesse. Accompagnées d’éducatrices spécialisées pendant six semaines, elles ont l’occasion de démontrer qu’elles peuvent prendre soin de leur enfant, avant qu'il ne soit placé en famille d'accueil. 

Les planchers craquent à l’entrée de cette grande maison en activité depuis 1967. Une quarantaine de mères d’enfants de 0 à 5 ans y sont hébergées chaque année pour recevoir une aide précieuse.

Apprendre à mieux s’organiser

Christelle Claing, une maman de 21 ans, y séjourne déjà depuis quelques semaines. La mère nouvellement monoparentale en avait lourd à porter avec les études, le travail et le petit garçon de deux ans dont elle doit s’occuper.

Christelle Claing regarde son fils de deux ans.

Christelle Claing apprend à se reconnecter avec son fils de 2 ans à la Villa Marie-Claire.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

C'est surtout la constance, toujours dire les mêmes choses, organiser nos journées, confie-t-elle.

La maman essoufflée a accepté de s’installer temporairement dans cette grande maison de la rue Victoria pour apprendre et gagner en confiance.

C'est surtout de ressortir plus forte et plus confiante et plus construite. Avant de venir ici, j'avais zéro confiance en moi et là je commence à voir mes progrès et mes forces.

Christelle Claing, maman de 21 ans

L’expérience lui permet de reconnecter avec son fils, qui grandit et évolue à grande vitesse.

Christelle Claing se promène avec son fils dans la poussette.

Christelle Claing souhaite reprendre les études et devenir éducatrice spécialisée après son passage à la Villa Marie-Claire.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

C'est le fun parce que je peux vraiment être que centrée sur mon garçon, le voir jouer et vraiment entrer dans son monde, décrit-elle. Ça permet de se remettre en question, puis vraiment de se recentrer sur nous. Je pense que j'en avais besoin, j'étais rendue là.

Après ce temps d’arrêt, elle souhaite reprendre les études pour devenir éducatrice spécialisée tout en s’occupant de son fils.

Mission éducation

Sur place, les mamans comme Christelle sont accompagnées pendant toute la journée par six éducatrices spécialisées. Elles sont aussi épaulées par des préposées au cours de la nuit.

On a des mamans qui n'ont pas eu beaucoup de modèles à la maison. Elles savent ce qu'elles ne veulent pas reproduire, mais elles ne savent pas comment bien faire les choses.

Nancy Brochu, spécialiste en service clinique

Les besoins sont très variés. Certaines mamans peinent à mettre leur bébé au sein, à donner le biberon ou même à changer une couche. D’autres doivent apprendre à établir une routine centrée sur les besoins de leur petit.

Un biberon est posé sur une table.

Les mamans qui sont hébergées à la Villa Marie-Claire apprennent à répondre aux besoins de leurs jeunes enfants.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Les intervenants vont s'adapter selon les besoins de chacune et leur montrer comment faire. Quand une maman fait du ménage, bébé pleure, qu'est-ce qu'on priorise ? Comment on s’organise, décrit Nancy Brochu.

Le chef de service à la Villa Marie-Claire, Joe Contarini, le concède, il n’y a pas de manuel pour apprendre à être une bonne mère. Toutefois, les membres de son équipe font tout ce qu’ils peuvent pour aider les pensionnaires, qui ont en moyenne 22 ans, à s’adapter le mieux possible à cette responsabilité prenante.

Une chambre avec un lit simple et un petit lit d'enfant.

Quelques femmes enceintes séjournent au troisième étage de la Villa Marie-Claire afin de se préparer à la vie de mère.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

C'est une maison où les mères font à manger, les mères font le ménage, s'occupent de leurs enfants, c'est leur chez-eux, illustre Joe Contarini. On ne veut pas avoir un milieu trop artificiel par rapport à chez eux, parce qu'on ne serait pas en train d'évaluer les bonnes affaires.

La participation des pères est aussi encouragée. Ils n’y sont pas hébergés, mais ils peuvent visiter leur conjointe et leur enfant tout au long de la journée.

Accompagner les mamans depuis 1967

La mission de l’établissement sherbrookois a toutefois bien évolué en 50 ans.

Lors de son ouverture en 1967, la maison de trois étages accueillait des adolescentes enceintes qui ne pouvaient rester dans leur famille ou continuer à fréquenter l’école.

Deux personnes raclent les feuilles d'automne sur le terrain voisin de la Villa Marie-Claire.

La Villa Marie-Claire héberge des mères depuis 1967.

Photo : CIUSS de l'Estrie-CHUS

Elles venaient ici pour mener leur grossesse à terme et par après l'enfant était donné en adoption.

Joe Contarini, chef de service à la Villa Marie-Claire

Les jeunes filles mères ont arpenté les couloirs de la villa pendant quelques décennies avec peu d’espoir de conserver la garde de leur poupon. Le contexte a toutefois changé dans les années 1980.

En 1982, même si tu n’étais pas mariée, tu devenais quand même la mère de cet enfant-là. Alors on a commencé à aider les mères, oui à accoucher, mais aussi à développer des compétences pour garder cet enfant-là par la suite, ajoute M. Contarini.

Une photo d'archive de la Villa Marie-Claire en noir et blanc.

Dans les années 1980, la mission d'éducation de la Villa Marie-Claire a commencé à s'implanter.

Photo : CIUSS de l'Estrie-CHUS

Avec la diminution constante du nombre de mineures qui deviennent mères, l'organisme a toutefois commencé à héberger des mamans de tous les âges qui peinent à s'adapter à leur nouvelle réalité de parent. 

En 2007, la Loi de la protection de la jeunesse a changé et nous a indiqué clairement qu'on devait mettre tout en place pour supporter les enfants et les parents dans leurs difficultés.

Joe Contarini, chef de service à la Villa Marie-Claire

Peu après, la Villa Marie-Claire a commencé sa collaboration avec la DPJ afin de donner un dernier recours aux mères en difficultés.

Six semaines pour faire ses preuves

Des mamans originaires d’aussi loin que de l’Abitibi-Témiscamingue s’y installent maintenant pour bénéficier des services de la Villa Marie-Claire. Une vingtaine de mères de partout en province sont sur la liste d'attente.

Pendant six semaines, elles sont accompagnées et aussi évaluées sur leurs compétences et leurs progrès. 

Si les résultats sont là, les mamans peuvent repartir en appartement avec leurs enfants. En l’absence d’une évolution suffisante, certaines peuvent demeurer en hébergement jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à voler de leurs propres ailes.

Des livres pour enfants dans une bibliothèque.

Les mamans qui séjournent à la Villa Marie-Claire reçoivent de l'aide pour apprendre à stimuler leur enfant.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Certaines ne réussissent toutefois pas à relever le défi. La toxicomanie et les problèmes de santé mentale constituent souvent d'importants obstacles à surmonter pour ces mères.

On a des mamans qui ont des limites personnelles ou des difficultés qui prennent tellement de place qu'elles ont de la misère à répondre à leur propre besoin à elles, donc répondre aux besoins de quelqu'un d'autre c'est compliqué, explique la spécialiste en service clinique Nancy Brochu. Ce qu'on vise, c'est de l'équiper pour qu'éventuellement elle puisse ravoir la garde de son enfant ou que si elle a des enfants plus tard, bien que ça puisse fonctionner mieux.

Le travail des éducatrices de la villa se poursuit aussi à l’extérieur de l’établissement. Une centaine de mères et de pères reçoivent du soutien à domicile. Un service qui leur propose parfois les quelques conseils nécessaires pour garder le cap dans leur rôle de parent.

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