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La distraction au volant fait grimper les primes d’assurance des automobilistes canadiens

Les distractions au volant sont désormais plus mortelles que la conduite en état d’ébriété dans plusieurs provinces.

Un homme utilise son cellulaire au volant de sa voiture.

L'utilisation du cellulaire au volant fait partie des principales sources de distraction.

Photo : Getty Images / Geber86

Philippe de Montigny

Des statistiques provinciales révèlent que la conduite inattentive cause plus de collisions au pays, ce qui ferait grimper vos primes d’assurance, que vous soyez impliqués dans l’une de ces collisions ou non.

Alex Harmer, PDG de HTM Insurance, donne l’exemple d’un Ontarien de 18 ans qui conduisait une Chevrolet Cobalt 2008. Une condamnation pour conduite inattentive a fait augmenter sa prime de 3000 $ à 5500 $ par année, soit une augmentation de plus de 80 %.

Certains automobilistes disent qu’ils se sont même vu refuser une couverture d’assurance tous risques en raison d’une telle condamnation.

La distraction au volant a aussi un effet collectif sur les primes payées par l’ensemble des automobilistes, souligne Pierre Babinsky du Bureau d’assurance du Canada.

Ça a un impact sur tous les assurés, pas seulement la personne qui se trouve dans cette situation-là.

Pierre Babinsky, directeur des affaires publiques, Bureau d’assurance du Canada
Pierre Babinsky du Bureau d'assurance du Canada, devant une route passante à Montréal.

Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques au Bureau d'assurance du Canada

Photo : Radio-Canada

Les primes de tout le monde servent à payer les réclamations, donc s'il y a plus de réclamations liées à la distraction au volant, ça fait que, collectivement, on paiera tous plus cher, précise-t-il.

La portion de cette hausse qui peut être attribuée à la conduite inattentive est cependant difficile à calculer, maintient Lisa Guglietti, chef de l’exploitation chez Co-operators Group.

La distraction au volant contribue certainement à une hausse généralisée des primes, mais nous ne pouvons pas préciser un montant, dit-elle.

Plus mortelle que l’ivresse au volant

Les distractions au volant, comme l’utilisation d’un téléphone cellulaire, sont désormais plus mortelles que la conduite en état d’ébriété dans certaines régions du pays, ce qui a poussé certaines provinces à durcir les sanctions envers les contrevenants.

La distraction au volant a causé 44 morts jusqu'à présent cette année sur l’ensemble du territoire desservi par la Police provinciale de l’Ontario, alors que 34 morts sont liées à la conduite avec facultés affaiblies.

Un policier interpelle un conducteur dans son VUS, sur le bord d'une autoroute.

L'an dernier, près de 32 000 personnes ont été reconnues coupables de conduite inattentive en Ontario, selon le ministère des Transports.

Photo : Radio-Canada

Au Québec, la conduite inattentive a dépassé l’alcool et la drogue au volant comme cause principale de collisions mortelles en 2017, et la tendance se maintient depuis, selon les chiffres de la Sûreté du Québec.

En Saskatchewan et au Manitoba, la conduite inattentive provoque toujours moins de morts que la conduite avec facultés affaiblies, bien que les distractions au volant font bien plus de blessés. L’an dernier, en Saskatchewan, la conduite inattentive a fait 775 blessés, comparativement à 359 dans les cas de conduite en état d’ébriété.

Même un bref coup d’oeil vers son téléphone intelligent peut être catastrophique.

Karen Bowman, éducatrice, Fondation de recherches sur les blessures de la route

La fille de Karen Bowman a été gravement blessée par un conducteur distrait lorsqu’elle avait huit ans. La différence entre une bonne frousse et une collision qui peut changer des vies est parfois l'affaire d'une fraction de seconde, affirme la mère, qui visite régulièrement des écoles pour parler des dangers de l'inattention au volant.

À 100 km/h, une voiture parcourra toute la longueur d’une patinoire en deux secondes à peine, souligne-t-elle.

Des élèves assis dans un gymnase lors d'une présentation.

Karen Bowman de la Fondation de recherches sur les blessures de la route discute des dangers de la conduite inattentive devant un groupe d'élèves de Guelph, en Ontario.

Photo : Radio-Canada

Pour s’attaquer au problème, plusieurs provinces ont imposé des sanctions plus sévères aux automobilistes distraits.

Au Québec, par exemple, les automobilistes distraits sont passibles d’une amende de 300 $ à 600 $ depuis la fin de juin 2018. Les contrevenants pour ce type d’infraction s'exposaient jusqu'alors à des amendes de 80 $ à 100 $.

En janvier dernier, l’amende pour une première infraction d’inattention au volant en Ontario est passée de 490 $ à 1000 $, en plus de trois points d’inaptitude et d’une suspension de trois jours du permis de conduire. C’est sans compter les droits de 281 $ à payer pour rétablir son permis de conduire et la hausse inévitable des primes d’assurance.

Un problème dans l’angle mort des Canadiens

Malgré le durcissement des sanctions, le message semble difficile à faire passer auprès des Canadiens. De nombreux automobilistes ne perçoivent pas leurs propres comportements comme des distractions au volant, qui ont des risques bien réels, affirme Mme Bowman.

En effet, selon un récent sondage commandé par Desjardins Assurances, 93 % des conducteurs disent être jamais ou rarement distraits par un cellulaire lorsqu’ils conduisent, alors que 84 % d’entre eux affirment souvent voir d’autres conducteurs qui le sont.

Ce sondage en ligne (Nouvelle fenêtre) effectué par la firme AdHoc, commandé par Desjardins, a été mené en mars 2019 auprès de 3050 répondants en âge de conduire dans l’ensemble du pays. La marge d’erreur est de +/- 1,8 %, 19 fois sur 20.

Carolle Dionne de la Police provinciale de l’Ontario affirme qu’il est facile de se déresponsabiliser et de trouver un coupable.

Souvent, on dit que ce n’est pas nous, mais ceux autour de nous qui sont distraits.

Carolle Dionne, porte-parole de la Police provinciale de l’Ontario

Elle souligne que jeter un bref regard vers son téléphone en voyant une notification apparaître ou inscrire une adresse dans son application de navigation GPS sont des exemples répandus de conduite inattentive.

Tout le monde a un rôle à jouer pour éliminer les distractions au volant, qu’on soit le conducteur ou le passager, ajoute-t-elle.

Un jeune au volant d'un jeu vidéo simulant la conduite inattentive.

Des élèves du secondaire à Cobourg, en Ontario, participent à une simulation de conduite avec diverses distractions au volant, dont un téléphone cellulaire.

Photo : Radio-Canada

Des compagnies d'assurance, comme Co-operators et Wawanesa, financent des campagnes de sensibilisation auprès de jeunes enfants ainsi que des simulations de distraction au volant qui visent les adolescents bientôt en âge de conduire.

Avec les informations de Dianne Buckner de CBC

Toronto

Conduite dangereuse