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Il y a 20 ans, la Gaspésia fermait ses portes

Extérieur de l'usine

Archives : la Gaspésia a déjà employé jusqu'à 750 travailleurs

Photo : Radio-Canada

Bruno Lelièvre
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 28 octobre 1999, la papetière Abitibi-Consolidated annonçait la fermeture définitive de son usine à Chandler, en Gaspésie. Vingt ans plus tard, les Gaspésiens n’ont rien oublié.

La tentative de relance fut un échec retentissant. Le démantèlement de l’usine, une longue agonie. Les cicatrices demeurent vives.

Pour tous les Gaspésiens, Chandler, c’était la Gaspésia.

Le petit village de pêcheurs devient d’ailleurs une ville en 1916, à la faveur de la construction d’une scierie et d’une usine de pâte par la St. Lawrence Pulp and Lumber Corporation. La ville portera le nom d’un des actionnaires de la compagnie.

Photo d'archive du site de l'usine Gaspésia.

Photo d'archive de l'usine Gaspésia

Photo : Musée de la Gaspésie

Quatre générations de Gaspésiens ont travaillé dans cette usine dont personne ne voulait voir la fragilité au tournant des années 90 alors que le prix du papier était en chute libre.

La décision d’octobre 1999 avait pourtant été précédée de plusieurs signes annonciateurs.

Une affiche de la Compagnie Gaspésia.

Dans les années qui ont suivi la fermeture de la Gaspésia, Abitibi-Consolidated a été durement secouée par la crise qui a frappé le secteur des pâtes et papiers. C'est depuis devenu Produits forestiers Résolu.

Photo : Radio-Canada

Le New York Times, principal client de l’usine, avait lancé le bal en 1994 en retirant ses billes. La société Abitibi-Consolidated, devenue propriétaire à 100 % des installations, avait cherché à moderniser son usine. Une entente a aussi été conclue avec Cédrico qui l’aurait transformée en un immense complexe de sciage. Rien n’a fonctionné.

À l’été 1999, Abitibi-Consolidated fermait une des deux machines à papier et mettait au chômage 300 des quelque 500 employés de l'usine. L’annonce d’octobre venait poser le dernier clou sur le cercueil.

Dans la population, le désarroi était palpable.

Quand on a reçu la lettre qui signifiait que c’était terminé pour la Gaspésia, ç’a été une blessure, comme un éclat d’obus. Ç’a été une blessure qui est toujours là.

Une citation de :Serge Soucy, ex-travailleur de la Gaspésia
Ancienne usine Gaspésia, à Chandler

L'histoire de la Gaspésia

Photo : Jean-Luc Blanchet

Espoirs déçus

En fermant l’usine Gaspésia, Abitibi-Consolidated déstabilisait une région au grand complet.

L’industrie des pêches de la Gaspésie se relevait difficilement de l’imposition en 1992 du moratoire sur la pêche au poisson de fond.

Au même moment, au début octobre, la compagnie Noranda venait tout juste de fermer la mine de Murdochville, mettant à pied 300 personnes.

En Gaspésie, c’était l’hécatombe économique.

Ce contexte aide à comprendre la décision du gouvernement de Bernard Landry de relancer l’usine, malgré une clause de non-concurrence d’Abitibi-Consolidated qui empêchait la fabrication de pâte à papier journal. C’est ce que l’usine avait toujours produit.

Bernard Landry, debout lors de la période de questions à l’Assemblée nationale.

Bernard Landry a lancé le projet de modernisation de la Gaspésia. Il était, à l'époque, président du comité de relance de la Gaspésie.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Un projet de fabrication de pâte thermomécanique pour papier glacé, évalué à 465 millions, prendra forme en 2002.

La tentative du consortium, formé de la Société générale de financement (SGF), du Fonds de solidarité des travailleurs de la FTQ et de Tembec, échouera. Les travaux cessent en janvier 2004 après des dépassements de coûts de 265 millions de dollars.

Ce fut un deuxième deuil.

Lorsque ç’a été final, définitif, c’était triste. J’avais des amis qui travaillaient là. La question du fonds de pension, ils ont perdu beaucoup de sous.

Une citation de :Un citoyen de Chandler

Démolition et renouveau

Chandler a réussi à tourner la page, mais non sans peine.

Chantier de démolition de la Gaspésia à Chandler.

Le chantier de démolition de la Gaspésia (archives)

Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

Le démantèlement des installations a été une véritable saga qui s’est transportée devant les tribunaux. Il aura fallu plus de 12 ans pour que l’usine soit enfin démolie et le terrain décontaminé. Les querelles se sont poursuivies en cour jusqu’à tout récemment.

Aujourd’hui, la deuxième plus grande ville de la Gaspésie a toutefois pris du mieux. Elle a misé, avec succès, sur le tourisme et la diversification économique pour se renouveler.

Lorsque les visiteurs passent par Chandler, c’est une ville transformée qui les accueille.

Des voitures qui traversent Chandler.

Chandler a réussi sa reconversion économique.

Photo : Radio-Canada

L’usine a désormais disparu.

Une locomotive peinte en vert et jaune.

Une ancienne locomotive a été conservée afin de rappeler le passé industriel de la ville.

Photo : Radio-Canada

Sur les terrains laissés vacants, seule une vieille locomotive d’Abitibi-Consolidated témoigne de ce passé encore récent où l’industrie forestière était le coeur de l’économie locale.

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