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Chasse à l’orignal : la face méconnue du tourisme de luxe

Un orignal dans une forêt.

La chasse à l'orignal attire chaque année des centaines de chasseurs en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada

Miriane Demers-Lemay

Depuis plus d’un siècle, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie attirent des villégiateurs en quête de beaux paysages et de grand air. Mais une clientèle fortunée est prête à débourser des dizaines de milliers de dollars pour un tout autre type d’attrait dans la région : l’orignal.

Un petit groupe de chasseurs guette les mouvements de la forêt. Un guide appelle l’orignal. À l’approche d’une femelle, l’un des chasseurs tire sur l’animal, qui s’effondre. Les équipes de la pourvoirie s’attellent à transporter la carcasse à l’extérieur de la forêt, puis à la découper en quartiers. Après une dernière nuit en chalet, le petit groupe repartira en direction de Québec ou de Montréal avec sa précieuse cargaison de viande.

Ces types de forfaits « tout-inclus » sont populaires au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, régions où l’orignal abonde et où la compétition entre chasseurs peut être féroce sur les terres publiques. Et pour chasser, une certaine clientèle est prête à y mettre le prix.

La période de l'année où l'automne côtoie l'hiver

Chaque automne, la réserve faunique des Chic-Chocs accueille des chasseurs d'orignaux.

Photo : Crédits : Éric Deschamps, photographe

À la pourvoirie Le Chasseur, près de Rimouski, les forfaits de chasse varient entre 5000 $ et 8500 $ pour quatre jours de chasse et l'abattage d’un orignal. Le coût dépasse 15 000 $ si l’on ajoute des chasseurs et le droit d’abattre une seconde bête.

À la pourvoirie de la Seigneurie Nicolas-Riou, les forfaits varient entre 5600 $ et 12 000 $ pour cinq nuits.

Dans les réserves fauniques de la SÉPAQ, le coût des forfaits varie grandement d’un endroit à l’autre, mais augmente exponentiellement dans les réserves fauniques de Matane, Rimouski et des Chic-Chocs, certains forfaits atteignant près de 17 000 $.

Un sport qui a du panache

On a une demande importante de la clientèle, c’est un produit qui est quand même bien en demande, observe Stéphane Forest, directeur général de la pourvoirie de la Seigneurie Nicolas-Riou, au Bas-Saint-Laurent.

Des pourvoiries de la région accueillent quelques chasseurs provenant de l’Ontario et des États-Unis, mais la plupart des clients proviennent du grand Montréal, des régions de la Capitale-Nationale, de l’Outaouais, de l’Estrie ou de l’Abitibi.

Un orignal.

Malgré le vieillissement des chasseurs, la chasse à l'orignal demeure très populaire au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Photo : Getty Images / Binnerstam

C’est souvent les gens d’affaires, des gens très accaparés dans la vie, mais qui ont peu de temps pour faire leur préparation de chasse, décrit Simon Lemay, propriétaire de la pourvoirie Le Chasseur. Les gens qui vont sur les terres publiques, les ZECs, ça prend du temps et de l’investissement pour se préparer, avoir un quatre-roues, connaître son territoire. On offre à la clientèle qui n’a pas cette disponibilité.

Ces forfaits tout-inclus permettent également à une clientèle plus âgée ou plus accaparée par le travail de poursuivre sa passion, selon Simon Lemay.

Cette année, on a guidé des gens de 73 ans et de 84 ans, observe-t-il. Certains auraient probablement laissé la chasse s’ils avaient eu tout le côté lourd de la chasse à l’orignal :couper en quartiers, sortir l’animal de la forêt, etc. Chez nous, on s’occupe de tout, ce qui leur permet de chasser jusqu’à un âge avancé.

Une terre féconde

Si les chasseurs affluent dans l’Est-du-Québec, c’est que la ressource y est très abondante et le succès de la chasse, pratiquement assuré.

Il y a beaucoup de bouche à oreille, les gens savent que la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent, c’est un secteur où il y a beaucoup beaucoup d’orignaux, observe Peter Camden, directeur général de la ZEC du Bas-Saint-Laurent.

À la pourvoirie Le Chasseur, la densité de la population est estimée à plus de 30 orignaux pour 10 km2.

On voit M. Lemay, accroupi dans une jeune forêt mixte, qui montre des pousses qui ont été mangées par les orignaux.

Simon Lemay, propriétaire de la pourvoirie Le Chasseur, indique des tiges broutées par des orignaux.

Photo : Radio-Canada

Je pense qu’on draine les clients des autres régions, parce qu’on a des densités d’orignaux très bonnes, le succès de chasse est très très fort, chez nous on est au-dessus de 80 %, calcule Stéphane Forest, de la pourvoirie de la Seigneurie Nicolas-Riou.

Les zones d’exploitation forestière, nombreuses dans la région, y seraient aussi pour quelque chose. Les orignaux sont favorisés par les zones de régénération, après la coupe forestière, explique-t-il, ajoutant que la croissance rapide des arbres et la composition mixte de la forêt au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie favorisent aussi un type d’habitat propice à l’orignal.

Une compétition sur les terres publiques

Les chasseurs prêts à débourser de coûteux forfaits de chasse restent toutefois minoritaires, selon Stéphane Forest. Si on a 80 groupes par année [à cette pourvoirie], sur la population du Québec ce n’est pas tant que ça, dit-il.

Il y en a qui ne veulent pas aller sur les terres publiques, parce qu’il y a beaucoup de chasseurs et ce n’est pas facile de se faire une place, explique Alain Poitras, président de la Fédération des chasseurs pour la région Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Il y a beaucoup de monde dans le bois. En Gaspésie, il y a 25 000 personnes qui achètent leurs permis.

Alain Poitras, président de la Fédération des chasseurs pour la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
Un chasseur aveugle appelle l'orignal.

Un chasseur appelle l'orignal dans la forêt gaspésienne.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Les chasseurs allant sur les terres publiques achètent leur permis de chasse à 71 $ et leurs gaz pour leur transport, calcule Alain Poitras, qui explique que plusieurs chasseurs ont investi dans le même territoire d’une année à l’autre.

Il y a des chasseurs qui chassent depuis longtemps, explique-t-il. Ils ont leur petit coin, ils ont mis de l’appâtage, du sel, ils ont installé des échafauds. Pour ne pas qu’il y ait de chicane, il faut que tu t’entendes avec tout le monde.

La chasse à l’orignal avec arme à feu se termine dimanche au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

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