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Envoyée spéciale

Taïwan fait l’envie de la communauté LGBTQ en Asie

Une femme se fait dessiner l'arc-en-ciel à la craie sur la joue, au défilé annuel de la Fierté. Taïwan, 26 octobre 2019.

Au défilé annuel de la Fierté. Taïwan, 26 octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« L’amour est gagnant », pouvait-on lire hier sur des t-shirts ou sur des pancartes lors de la Marche annuelle des Fiertés à Taipei, la capitale taïwanaise. L’île autorise depuis mai dernier le mariage entre les conjoints de même sexe. C’est le seul endroit à le faire en Asie. Voilà qui fait rêver bien des participants venus de pays et de territoires où les droits de la communauté LGBTQ sont peu ou pas respectés.

Au départ du défilé, devant la mairie de Taipei, des éclats de rire fusent d’un petit groupe de Malaisiens. Ils prennent la pose en brandissant leur drapeau national. « Ici, nous pouvons vraiment être qui nous sommes », lance Thong. Il a noué un ruban arc-en-ciel à son cou. Il lève un pouce en signe de « ok ».

Chez eux, il faut faire profil bas quand on est membre de la communauté LGBTQ. D’ailleurs, un des camarades de Thong nous demande de camoufler son visage si jamais Radio-Canada décidait de publier un des clichés croqués de lui. Nous le lui promettons. Nous croyons comprendre que même sa famille ne sait pas qu’il est ici.

Thong explique qu’en Malaisie, ils sont victimes de discrimination. « C’est interdit pour les personnes de même sexe d’avoir des relations sexuelles à cause d’une loi qui remonte à l’ère coloniale britannique », rappelle-t-il. L’homosexualité est illégale en vertu de lois islamiques.

Gros plan d'un homme devant un drapeau malaisien.

Thong et d'autres Malaisiens ont fait partie des étrangers venus participer au défilé annuel de la Fierté à Taiwan.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Harcèlement, descentes dans les clubs gais, punitions publiques, attaques... « Les gens ne nous tolèrent pas beaucoup », souffle Thong. Il déplore qu’il n’y ait pas de groupes d’aide ni de centres où la communauté peut se retrouver librement. Il regrette le fait qu’à la télévision, au cinéma et dans les médias on ne voit pas de représentation LGBTQ.

La coalition au pouvoir avait promis, lors des dernières élections, de renforcer la protection des droits universels en Malaisie. Cet espoir est à la fois douché par des déclarations venant de haut – le ministre du Tourisme par exemple a déclaré récemment qu’il n’y avait pas de personnes LGBT dans son pays – et ravivé par des appuis de députés d’arrière-ban de la coalition.

Thong espère que le cas de Taiwan aura un effet domino dans les pays de la région en général, et en Malaisie en particulier.

Le Japonais Fumino Sugiyama compte bien là-dessus. Nous croisons ce militant du mariage pour tous au Japon alors qu’il s’active aux derniers préparatifs d’un char allégorique.

Le gouvernement de droite du premier ministre japonais Shinzo Abe n’autorise pas le mariage gai. Il invoque un article de la Constitution selon lequel un mariage peut seulement être conclu sur la base de l'accord de deux personnes de sexe opposé.

Fumino Sugiyama, militant pour les droits LGBTQ au Japon, se tient devant un char allégorique le 26 octobre 2019 à Taipei.

Fumino Sugiyama, homme trans et militant pour les droits LGBTQ au Japon, le 26 octobre 2019 à Taipei.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Mais depuis quelques années, il y a des brèches : des administrations locales offrent des « certificats d’union » à ces couples. Ce document leur permet d’éviter des tracas administratifs et de les protéger contre les discriminations.

Des obstacles, Fumino Sugiyama en a aussi d’un autre ordre et il aimerait bien que ça se règle au plus vite. Ça ne paraît pas comme ça, mais je suis un homme trans, explique-t-il en caressant sa barbe.

Comme je n’ai pas subi d’opération pour qu’on m’enlève mes organes génitaux féminins, c’est le genre "femme" qui est inscrit sur tous mes documents officiels. Y compris mon passeport. Cela me pose des problèmes tous les jours.

Fumino Sugiyama

Et il ressent cela comme une forme de discrimination.

Cela dit, il se réjouit de constater que chez lui, à Tokyo, la Marche annuelle des Fiertés attire de plus en plus de monde dans ce Japon assez conservateur. Des militants, mais aussi leurs partisans. La société japonaise s’intéresse de plus en plus en plus aux questions LGBT, assure-t-il.

Ne pas faire trop de vagues

Simat, lui, est venu d’Indonésie. Il a les yeux rivés sur le spectacle de clôture du défilé, comme des milliers d’autres participants réunis près du palais présidentiel taïwanais.

Simat, un participant de la Marche des Fiertés de Taïwan, est venu d'Indonésie. Il se trouve dans la foule qui assiste à un spectacle à Taipei; la nuit est tombée sur  la capitale. 26 octobre 2019

Simat, un Indonésien a fait le déplacement spécialement pour participer à la Marche des Fiertés de Taïwan. 26 octobre 2017.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Il goûte pleinement toutes ces festivités des Fiertés. Il dit être venu en solidarité pour célébrer la légalisation du mariage gai ici. Mais il y a peu de chances qu’il vive la même chose chez lui, opine-t-il.

La population en Indonésie condamne notre communauté.

Simat

Il y a notamment eu une surenchère d’agressions verbales et de propositions anti-LGBTQ de la part de divers candidats lors des dernières élections législatives et présidentielles dans le plus grand pays musulman au monde.

Si le mariage gai est interdit, l’homosexualité, elle, n’est pas illégale en Indonésie. Mais les militants LGBTQ pensent que le gouvernement veut la criminaliser en inscrivant dans un nouveau code pénal une peine de prison d’un an pour des relations sexuelles hors mariage.

Pourtant, le pouvoir a fait marche arrière en septembre dernier en raison des manifestations massives qu'a provoquées sa vaste réforme pénale. Néanmoins, les protestataires voient certaines dispositions mises de l'avant comme autant de menaces à la liberté d’expression.

Simat en arrive à cette conclusion : la loi est une « zone grise » pour le moment. On essaie de vivre notre vie sans faire trop de vagues, raconte-t-il.

L’agence publicitaire où il travaille lui demande même d’être le plus discret possible. Parfois, quand on a un client, on me fait comprendre que je pourrais être un problème, illustre-t-il.

Un combat

Quand la foule commence à se clairsemer à la fin du spectacle, deux jeunes hommes se démarquent du lot. Chez eux, pas de couleur arc-en-ciel, mais plutôt le jaune et le noir de la contestation sociale qui secoue Hong Kong depuis des mois.

Deux jeunes hommes sont masqués et casqués aux festivités des Fiertés à Taiwan. Ils sont homosexuels et ils viennent de Hong Kong où ils portent ce genre d'équipement durant les contestations sociales. Taipei, 26 octobre 2018

Deux jeunes Hongkongais ont participé aux festivités des Fiertés à Taïwan, le 26 octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Ils acceptent de nous parler, mais sans nous dire leur nom et sans retirer leurs masques. Ils disent mener bataille sur deux fronts dans le territoire chinois semi-autonome, soit un combat sociopolitique et un autre pour les droits LGBTQ.

En tant qu’homosexuel, on se bat pour la protection de nos libertés et pour le droit de vivre avec ceux que l’on aime, explique l’un d’eux.

La communauté LGBTQ hongkongaise a remporté quelques victoires ces dernières années. Elle a obtenu l’autorisation des visas pour les maris et les femmes d’expatriés homosexuels et quatre lois criminalisant les actes homosexuels ont été jugées inconstitutionnelles.

Mais il reste du chemin à faire. Le mariage gai est toujours interdit, pas d’union civile non plus pour les conjoints de même sexe à Hong Kong. Un couple qui conteste ces interdictions vient d’être débouté en cour.

L’un des jeunes Hongkongais regarde la foule se disperser paisiblement vers le métro, vers les rues avoisinantes. Il ne cache pas son envie. « Nous, ça fait des mois que nos manifestations se terminent dans la violence », déplore-t-il.

Une personne transgenre fait flotter autour d'elle un voile coloré.

Une personne transgenre fait flotter autour d'elle son voile coloré durant la marche annuelle des Fiertés à Taipei, le 26 octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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