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Du plastique biodégradable à base de bois pour la technologie d’impression 3D

Plan moyen de Darrel Fry debout dans une usine présentant le logo de son entreprise.

Darrel Fry prévoit commercialiser du filament de plastique fabriqué entièrement à partir de bois à compter de janvier 2020.

Photo : Darrel Fry

Marc-Antoine Bélanger

L’entreprise britanno-colombienne Advanced BioCarbon 3D (ABC3D) a mis au point un filament de bois biodégradable pour la technologie d’impression 3D.

Avec l’aide du Centre d’innovation et de la recherche appliquée du Collège Selkirk, elle a mis au point un produit qui permettra de créer des objets à partir de plastiques biodégradables et compostables.

L’entreprise s’est établie dans un atelier collaboratif (ce qu’on appelle fablab, en anglais) à Trail, en Colombie-Britannique. Il s'agit d'un laboratoire de fabrication où l’expérimentation est reine. Les entrepreneurs y créent des prototypes grâce à des salles de travail qui comprennent l’équipement nécessaire pour mener à terme leurs recherches.

Darrel Fry et son équipe planchent sur son projet de recherche sur le bioplastique depuis janvier 2019 et préparent la commercialisation du produit pour janvier 2020.

Plan moyen de Darrel Fry qui consulte son ordinateur dans son laboratoire.

Darrel Fry a établi son espace de travail dans les locaux de MIDAS où il a accès à de l'équipement l'aidant à mettre au point son projet.

Photo : Darrel Fry

Notre produit tout entier provient du bois. Nous séparons les fibres et les sucres de la lignine de bois. Nous transformons ces sucres en polymères, pour les mélanger de nouveau avec les fibres du bois qui ont une consistance de colle. Le produit final est un plastique 100 % biodégradable et compostable, explique Darrel Fry, PDG d’Advanced BioCarbon 3D.

Comme son entreprise évolue sur le terrain de l’impression 3D, il transforme son bioplastique en filaments. Les imprimeurs 3D peuvent ensuite utiliser le filament pour concevoir des pièces ou des objets dans des industries comme l’automobile ou même l’aviation.

L'entrepreneur a les industries de l’automobile, de l’aviation, de l’énergie solaire, de la construction et des piles dans sa mire.

Selon lui, une automobile est composée à 30 % de plastique. Si le pare-chocs de la voiture peut être fabriqué à partir de bioplastique plus léger, en fin de compte, la voiture sera plus légère et consommera moins d’énergie pour se déplacer, fait-il valoir.

Un plastique carboneutre

Toutefois, Darrel Fry il ne veut pas que l’aspect biodégradable du plastique qu’il élabore soit au centre de la discussion.

La biodégradabilité est un mot à la mode. Ce n’est pas l’intérêt principal. Il faut s’interroger sur ce qui arrive aux plastiques à la fin de leur vie utile. Une majorité de plastiques sont incinérés ou se retrouvent dans les sites d’enfouissement, ce qui est loin de servir la lutte contre les changements climatiques, dit-il.

Darrel Fry a d’abord pour objectif de réduire l’utilisation « excessive » de plastique issu de matières premières dommageables pour l’environnement.

Nous raffinons du bois au lieu de raffiner du pétrole.

Darrel Fry, PDG, Advanced BioCarbon 3D

Un bioplastique offre une solution carboneutre s’il est brûlé, assure-t-il, même s’il insiste sur le fait que l’idéal serait de s’en débarrasser autrement. Il avance que le plastique à partir de bois retournera plus facilement à la nature qu’un plastique produit à partir de pétrole.

Une bobine repose sur une table.

Une bobine de filament fait à partir de bois.

Photo : Darrel Fry

L'entrepreneur ajoute que les plastiques biodégradables ne se désintégreront pas s’ils sont maintenus dans certaines conditions, leur utilisation industrielle étant l'une d'elles. Il mentionne par exemple une pièce automobile faite de bioplastique. Elle restera intègre à moins d’être placée dans un environnement propice à sa décomposition.

Un mécanisme applique du plastique qui prend la forme d'un pignon.

Une imprimante 3D dessine un pignon à partir du prototype de filament de bois.

Photo : Darrel Fry

Et la réduction de l’usage du plastique dans toute cela? Darrel Fry répond que la réduction et la réutilisation sont des pistes de solution, mais que la demande de plastique ne cesse d’augmenter de façon astronomique.

À cette étape-ci, nous faisons de notre mieux pour produire un plastique qui sera en harmonie avec la planète. Ce n’est certainement pas la seule solution, mais je pense que c’est un bon départ, explique-t-il.

Une voie d’avenir pour l’industrie forestière

Luc Bouthillier, professeur et expert en foresterie à l’Université Laval, se réjouit de cette avancée technologique.

Selon lui, elle pourrait encourager les producteurs forestiers à offrir de nouveaux produits sur le marché.

Plan serré de Luc Bouthillier debout dans une zone boisée.

Luc Bouthillier est professeur de politique forestière à l'Université Laval, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Regis Desrosiers

Il est plus que temps qu’on pense à ces choses-là.

Luc Bouthillier, professeur en sciences du bois et de la forêt

À son avis, le bioplastique à base de bois pourrait contribuer à la transition d'une industrie forestière en difficulté, notamment sur les plans de la production et la transformation des matières premières.

C'est utiliser autrement ce que la planète a à nous offrir, entre autres avec la matière ligneuse qui offre plusieurs possibilités dans l'industrie forestière. C'est une nouvelle industrie forestière qu'il faut envisager, observe l’expert.

C’est bon pour l’économie, c’est bon pour l’environnement. Donc, on ne peut pas s’en priver. De plus, ça réaffirme le rôle de la Colombie-Britannique dans le secteur forestier. [...] C’est l’avenir, c’est vers ça qu’il faut aller, renchérit-il.

Colombie-Britannique et Yukon

Industrie forestière