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Le défi du retour sur le marché du travail pour les 50 ans et plus

Une femme portant un uniforme de Wolseley Canada sourit à la caméra dans un entrepôt.

Josée Béliveau a choisi de retourner au travail.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Le gouvernement du Québec estime que le retour sur le marché du travail des travailleurs d’expérience et des aînés est une des solutions pour faire face à la rareté de la main-d’œuvre. En Abitibi-Témiscamingue, où le taux de chômage est encore plus bas que la moyenne provinciale, cette catégorie de travailleurs est prisée des entreprises. Pour les principaux intéressés, les obstacles sont cependant multiples.

Le retour sur le marché du travail de personnes âgées de 50 ans peut être déstabilisant, comme en témoigne Josée Béliveau. Elle était anciennement travailleuse pour des organismes communautaires puis a décidé de se réorienter après la fin d’un contrat. Depuis quelques semaines, elle est commis d’entrepôt chez Wolseley Canada à Val-d’Or.

On a peur de tout quand on est au chômage à Val-d’Or, explique-t-elle. Moi, ma crainte c’était d’être mal reçue, qu’on me demande pourquoi je n’ai pas de job [dans un contexte de rareté de main-d’œuvre]? Elle craignait même de postuler, puisqu’un refus accentuerait le sentiment de découragement chez elle.

J’ai eu une période de tristesse puis de honte, parce que je me disais, je n’ai pas d’emploi, puis je suis à Val-d’Or.

Josée Béliveau

Mme Béliveau s’est inscrite à une formation de l’organisme Orprair, qui se spécialise dans l’accompagnement de personnes âgées de 50 ans et plus qui veulent obtenir un emploi. Grâce aux ateliers, elle a pu reprendre confiance et préparer son retour sur le marché de l’emploi. Je me suis dit : "Je vais prendre le temps pour bien faire les choses". C’est la première fois que je faisais ça au lieu de me faire porter par l’urgence d’avoir un emploi, explique-t-elle.

1 personne sur 2 se réoriente

La directrice générale d’Orpair, Josée Gauthier, explique qu’un participant sur deux à son programme effectue une réorientation. Souvent, ces gens-là n’ont pas fait de recherche d’emploi depuis longtemps, ils avaient toujours un emploi, un à la suite de l’autre, ou un emploi qu’ils ont exercé 30 ou 40 ans, souligne-t-elle. Ils ont donc besoin d’un certain accompagnement et de faire un « bilan de compétences », ajoute-t-elle.

Une femme en veston pose derrière son bureau, souriante.

Josée Gauthier, directrice d’Orpair

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Mme Gauthier guide également les retraités, dont les motifs du retour au travail sont multiples. Il y en a qui n’ont pas un gros fonds de pension, explique-t-elle. Il y en a aussi pour qui c’est important de rester actif.

Le président de la Chambre de commerce de Val-d’Or, Jérémi Fournier, voit d’un bon œil le retour des employés d’expérience sur le marché du travail. C’est une classe de travailleurs qui arrive avec un certain bagage. Ils peuvent être de bons transmetteurs de compétences pour les plus jeunes aussi, à titre de mentor. Mais il y a d’autres strates de la population qu’on veut inclure, comme les travailleurs autochtones, immigrés, les travailleurs avec des déficiences mentales ou physiques, parce que ce sont des gens qui sont disponibles, ajoute-t-il.

Josée Gauthier estime que les employeurs n’étaient pas tous aussi ouverts il y a une quinzaine d’années aux travailleurs plus âgés et ne s’adaptaient pas autant aux besoins des personnes retraitées qui retournent au travail. Mais on n’a plus de réticence [de la part des employeurs]. C’était un de nos objectifs quand on a créé le projet, c’était d’abattre les préjugés et c’est mission accomplie, précise-t-elle.

Le gouvernement a procédé à l’instauration d’incitatifs pour l’embauche de retraités, ce qui est bien accueilli par la Chambre de commerce. Autant pour l’employé que pour l’employeur, il y a de belles mesures qui ont été prises à ce niveau, souligne M. Fournier.

Un jeune homme pose à côté d'une affiche de la Chambre de commerce de Val-d'Or.

Jérémi Fournier, président de la Chambre de commerce de Val-d'Or

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

On entendait souvent avant : "Je remets tout mon chèque [de pension] si je vais au travail?" Mais ce n’est plus vrai, ajoute Mme Gauthier.

Un appel à la prudence

Le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Guillaume Hébert, se demande toutefois si les incitatifs du gouvernement ne sont pas un prélude à une remise en question de l’âge de la retraite « pour multiplier le nombre de travailleurs ». Plusieurs personnes âgées sont parfois condamnées à une certaine précarité économique, explique-t-il. Selon lui, la rareté de la main-d’œuvre ne s’est pas accompagnée d’une amélioration notable des salaires et des conditions de vie.

Ce n’est pas si clair dans les chiffres qu’il y a eu une augmentation de la rémunération. Il y a plusieurs domaines où on s’aperçoit que ce qui manque, ce sont des gens qui sont prêts à travailler à des bas salaires.

Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS

Selon les données de l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, 5900 nouveaux emplois ont été créés depuis 2016 dans la région, mais la population est demeurée relativement stable. Il y avait 147 282 habitants en 2016 et il y en avait 147 508 en 2019.

Dans un tel contexte, M. Hébert estime que les nouveaux projets de développement économique ne devraient pas être systématiquement acceptés au nom de la croissance économique. Ça va être quoi l’impact de ce projet-là sur la qualité de vie des gens, sur les questions environnementales, sur l’ensemble des enjeux? demande-t-il. Il faut se poser la question avant de mettre notre énergie à combler ces besoins [en main-d’œuvre].

Abitibi–Témiscamingue

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