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La chasse à l'orignal, bonne ou mauvaise pour la biodiversité?

Un orignal est debout dans une forêt.

La chasse à l'orignal se termine ce dimanche en Abitibi-Témiscamingue. (Archives)

Photo : Radio-Canada

En cette période de chasse à l'orignal, la popularité de cette activité ne fait aucun doute en Abitibi-Témiscamingue. Cette pratique continue toutefois d'être dénoncée par certains, qui souhaitent protéger les animaux. Alors est-ce bon ou mauvais pour l'écosystème de chasser?

La chasse est une activité importante sur le plan économique, mais que se passerait-il si nous arrêtions de chasser? Nous avons posé la question à Caroline Trudeau, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Si par exemple on n'avait pas de chasse sur le territoire, assurément que les populations seraient plus élevées, parce que la chasse, c'est assurément un outil efficace pour réduire des populations, répond-elle.

Sans la chasse, il y aurait davantage d'orignaux, mais est-ce une bonne chose? Ça dépend des endroits, selon Caroline Trudeau.

Ici, en Abitibi-Témiscamingue, je ne pense pas qu'il y aurait de réelles problématiques, mais Anticosti, c'est une île où on a importé une espèce qui n'existait pas avant puis cette espèce est devenue très prolifique et ça a un impact important sur l'habitat. Ces animaux, on peut les prélever en grande quantité, parce que ça cause des problèmes qu'ils soient si abondants.

C'est un peu la même chose au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, c'est là où il y a les plus fortes densités au Québec pour les orignaux. Ce sont des secteurs où il n'y a plus de loups, alors ça crée un débalancement, si on veut, dans la dynamique naturelle prédateur-proie, et là-bas les forêts sont très dégradées, ajoute-t-elle.

Caroline Trudeau confirme donc qu'à certains endroits, comme au Bas-St-Laurent, en Gaspésie et à l'île d'Anticosti, la chasse est en fait essentielle à la biodiversité.

Au niveau de la biodiversité, c'est certain que quand ça devient des grosses densités et que ça affecte l'habitat, c'est certain qu'il y a des pertes de biodiversité. On peut regarder même au niveau végétal, c'est certain que quand il y a tellement de cerfs que toute la végétation est broutée, ç'a un impact après. On perd de la biodiversité végétale et, conséquemment, de la biodiversité animale aussi, parce qu'il y a des espèces qui ne pourraient pas vivre dans ces milieux-là, parce qu'ils ne trouvent pas la nourriture dont ils ont besoin ou les abris en raison de la présence de l'autre espèce.

Henri Jacob pose pour la caméra devant une carte.

Henri Jacob, président de l'Action boréale

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le président de l'Action boréale, Henri Jacob, rappelle toutefois que si la chasse est devenue nécessaire, c'est aussi l'humain qui en est responsable.

On coupe des forêts de conifères et on laisse se régénérer avec des feuillus, alors automatiquement tu as une explosion d'orignaux. L'autre chose qu'on a faite, c'est qu'on a éliminé beaucoup du prédateur naturel de l'orignal, qui est le loup. C'est un bizarre de raisonnement de dire "on élimine le prédateur naturel" et "il a besoin d'un prédateur" et c'est nous autres, l'humain, qui peut régler le problème.

Caroline Trudeau croit que l'important, c'est de bien encadrer la pratique de la chasse. On la voit comme une activité économique, on la permet là où c'est possible, où les cheptels peuvent la supporter et on l'encadre. Ça permet d'avoir un certain prélèvement, mais d'assurer un maintien du cheptel. Dépendamment des objectifs, on adapte la réglementation, il y a des secteurs où on veut baisser les densités, parce qu'il y a des problèmes avec l'habitat, et dans d'autres, où on voudrait que la population soit plus élevée, on s'adapte.

Un sondage sur la chasse

Un récent sondage mené par le ministère des Fôrets, de la Faune et des Parcs révèle que la priorité des chasseurs ne serait pas nécessairement d'abattre un orignal.

Ce qui était ressorti comme le principal élément qui incitait les gens à chasser, c'était d'être en nature ou en plein air, ça passait même devant l'idée du défi d'abattre un orignal ou de ramener de la viande à la maison. Je me suis dit que même de façon indirecte, tous ces gens-là qui vont en forêt, ce sont des gens sensibilisés à ce milieu-là et certainement qu'ils vont être sensibilisés à la protection de ce milieu, avance Mme Trudeau.

Une femme habillée en tenue de camouflage tire un coup de sa carabine.

La chasse est une occasion de passer du temps en nature et plusieurs chasseurs priorisent le plaisir à la volonté d'abattre un orignal à tout prix. (Archives)

Photo : Getty Images

Pour Henri Jacob, la chasse a toujours sa place, mais il croit qu'il faut revenir à ce que la chasse était il y a plusieurs années. Avant, la personne devait apprendre de sa proie, apprendre à la déjouer. Aujourd'hui, les associations de chasseurs se sont organisées pour permettre les appâts comme les blocs de sel. On a permis d'utiliser des enregistrements électroniques alors qu'avant le chasseur devait l'apprendre.

Les chasseurs sont de moins en moins nombreux chaque année dans la province, une réalité à laquelle devra aussi s'adapter le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

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