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Demande d'autorisation d’un médicament contre l’alzheimer

Représentation du cerveau montant la progression de la maladie d'Alzheimer.

Le médicament représenterait une percée importante dans la lutte contre la terrible maladie.

Photo : Radio-Canada

Agence France-Presse

L'annonce surprise par le laboratoire Biogen du dépôt prochain d'une demande d'autorisation pour un médicament contre l'alzheimer est une « nouvelle majeure » qui, si elle aboutit, pourrait changer la donne pour la recherche d'un traitement pour cette maladie, après de multiples revers.

Le laboratoire américain a déclaré son intention de déposer début 2020 une demande d'autorisation pour un traitement contre la maladie d'Alzheimer auprès de l'agence américaine des médicaments (FDA), quelques mois seulement après avoir interrompu des recherches sur ce même traitement, l'aducanumab.

Cette molécule, un anticorps monoclonal, vise à dissoudre les agrégats d'une protéine, la bêta-amyloïde, qui s'accumule et crée des plaques dans les tissus cérébraux des patients atteints d'alzheimer.

Cette cible est l'une des trois principales pistes explorées par la recherche contre cette pathologie dégénérative, qui se traduit par un déclin des fonctions cognitives et une perte d'autonomie.

Biogen a interrompu ses deux études de phase III en mars sur la foi d'une analyse partielle de données allant jusqu'à décembre 2018, qui avait estimé que la probabilité d'aboutir à des résultats positifs était faible.

Selon le groupe pharmaceutique, l'analyse des données récoltées entre décembre et mars permet d'aboutir à des conclusions différentes pour l'une des deux études : chez les patients atteints de la phase initiale de la maladie d'Alzheimer, l'aducanumab permettrait de :

  • réduire les plaques amyloïdes;
  • diminuer de 23 % le déclin cognitif par rapport à un placebo (mesuré par des tests de mémoire);
  • ralentir jusqu'à 40 % la perte d'autonomie.

C'est énorme, on n'a jamais eu de médicaments [contre l'alzheimer] qui atteignaient de tels résultats.

Stéphane Epelbaum, neurologue chercheur à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière

Outre les quelques mois de données en plus, qui ont permis de disposer de 18 mois de suivi pour 2000 patients, le laboratoire souligne que l'étude avait été modifiée dans sa dernière phase pour augmenter les doses délivrées aux participants, ce qui expliquerait l'efficacité observée.

Ces dernières années, les études portant sur des traitements contre l'alzheimer ont subi revers sur revers. Résultat, ce domaine affiche un des taux d'échec les plus élevés dans la recherche et développement pharmaceutique, souligne Alessio Brunello, analyste chez GlobalData.

Selon le Dr Epelbaum, 400 études d'ampleur internationale ont été stoppées en une vingtaine d'années.

De ce fait, les laboratoires avaient commencé à se désengager de ce domaine de recherche, et en particulier des médicaments ciblant les protéines bêta-amyloïdes, car la piste semblait vouée à l'échec.

Si 117 molécules pour le traitement de l'alzheimer font actuellement l'objet d'études cliniques, seules 12 % [d'entre elles] sont à un stade avancé de développement.

Alessio Brunello

La dernière autorisation de mise sur le marché d'un médicament contre l’alzheimer remonte à 17 ans. Elle concernait la mémantine (Ebixa et génériques). Mais cette molécule n'a qu'un effet très modeste à court terme sur les symptômes, observe le Dr Epelbaum.

De fait, aucun médicament réellement efficace contre cette maladie n'existe aujourd'hui.

C'est pourquoi un espoir renaît avec l'annonce de Biogen, estime la Fondation Vaincre Alzheimer.

Car si l'aducanumab était autorisé, il deviendrait le premier traitement capable de modifier le cours de la maladie en réduisant le déclin cognitif et pas seulement de lutter contre ses symptômes.

L'annonce du dépôt d'un dossier de demande de mise sur le marché ne préjuge pas de la réponse de la FDA, qui devra déterminer si l'amélioration présentée par Biogen constitue un résultat significatif ou pas.

Le coût probable de plusieurs milliers de dollars par an et par patient pourrait représenter un frein, tout comme le mode d'administration par voie intraveineuse.

Mais le gendarme américain tiendra aussi compte de l'absence d'autre traitement efficace disponible pour une maladie qui, avec d'autres démences, touche au moins 50 millions de personnes à travers le monde, et qui devrait en concerner 131 millions d'ici 2050.

Toutefois, même si l'efficacité du médicament se confirmait, il ne permettrait toujours pas de guérir l'alzheimer, ni même de stopper la maladie, mais seulement d'en ralentir la progression et d'en atténuer les effets cliniques.

Mais cela inciterait à persévérer dans cette voie de recherche, en démontrant que dissoudre les agrégats de bêta-amyloïdes peut réduire le déclin cognitif, selon Biogen.

C'est un pied dans la porte qui ouvre des perspectives de recherche très intéressantes.

Stéphane Epelbaum

Santé

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