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  • Envoyé spécial
  • La colère des Chiliens : du ras-le-bol à la crise sociale

    Un homme et une femme âgés répondent aux questions d'un journaliste.

    Luis et Marta sont des retraités qui vivent à Santiago, au Chili.

    Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

    Jean-Michel Leprince

    Au Chili, les retraités, les enseignants, les étudiants, les jeunes comme les vieux manifestent contre un système qui enrichit de grandes entreprises à leurs dépens. Ils sentent, comme Luis, Marta et Nancy, qu'ils ne reçoivent pas leur juste part alors qu'ils se trouvent dans le pays le plus développé du continent.

    Luis, 78 ans, touche une retraite de moins de 200 $ par mois après une belle carrière dans la gestion d’entreprises. Son entreprise a fermé ses portes, il s’est retrouvé au chômage et n’a pas pu cotiser davantage.

    Son épouse Marta touche un petit peu plus : elle avait son atelier de couture et elle bénéficie de la retraite de base de l’État. Elle reçoit 400 $ par mois. Ensemble, ils n’y arrivent pas.

    Ils tiendraient le coup s’il n’y avait pas d’inflation. Ils touchent quelques revenus de la boutique de livres d’occasion que gère leur fils, le petit loyer d’une maison en banlieue également, mais ça ne suffit pas à payer le loyer de leur petite maison dans un quartier plutôt bourgeois, Las Condes, ou le prix de l’immobilier s’est enflammé.

    Ce sont leurs deux enfants qui les aident à joindre les deux bouts. Comme beaucoup. Luis appelle ça pudiquement la solidarité des familles.

    Nancy, retraitée et professeure de techniques infirmières au Chili

    Nancy, retraitée et professeure de techniques infirmières au Chili

    Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

    Pour Nancy, sa retraite de 600 $ par mois ne lui suffit pas non plus. À 71 ans, elle continue donc à travailler.

    Elle enseigne les techniques infirmières dans un institut privé. Auparavant, elle enseignait dans une université, privée également, qui a fait faillite et qui ne l’a jamais dédommagée.

    Le système d’éducation privé néo-libéral, dit-elle, est encore pire que celui de la santé. Il coûte cher, les étudiants sont endettés à vie et le résultat est un désastre. Des étudiants qui ne savent ni lire ni écrire, qui mettront dix ans à obtenir un emploi et deviendront des professionnels frustrés, résume-t-elle.

    Tout comme Luis et Marta, elle appuie les manifestants. Elle ne participe pas aux contestations, mais ses enfants, oui.

    Cette colère sociale a été provoquée par l'annonce d'une hausse de 3,75 % du prix du billet de métro à Santiago. La suspension de cette mesure n’a pas calmé la colère des Chiliens. Le mouvement, hétérogène et sans réel leader, s'est amplifié, nourri par le ressentiment face à la situation socioéconomique et aux inégalités dans ce pays de 18 millions d'habitants.

    Les manifestants sentent qu’ils ne reçoivent pas ce qui leur est dû, et 83 % des Chiliens les appuient.

    Le président Sebastian Piñera dit qu’il prépare un plan pour « normaliser » le pays. Il annonce un projet de loi d’augmentation des retraites de base de 20 % qui touchera 3 millions de personnes.

    Pour Marta et Luis, cela signifie 80 $ de plus par mois.

    Ils ne sont pas impressionnés.

    Avec les informations de Agence France-Presse

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