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Une deuxième saison de chasse au dindon sauvage?

Deux dindons sauvages.

Deux dindons sauvages.

Photo : iStock

Gilbert Bégin

Québec annoncerait sous peu l’ouverture d’une deuxième saison de chasse au dindon sauvage afin de mieux contrôler l’espèce. L’explosion démographique du dindon au Québec dérange de plus en plus d’agriculteurs et suscite de nombreuses plaintes.

L’éleveur Philip Elliot n’est pas tendre à l’endroit des dindons qui souillent la nourriture de son bétail. L’hiver, des dizaines d’oiseaux convergent chaque matin vers les mangeoires de ses bovins. Si le dindon était une curiosité il y a 10 ans, l’oiseau est aujourd'hui devenu l’ennemi à abattre.

Ils font leurs excréments dans la nourriture de mon bétail. Je dois jeter de la nourriture chaque jour. C’est beaucoup de frais à la fin de l’année.

Philippe Elliot, Outaouais

Le biologiste André Dumont n’est pas surpris des doléances de cet éleveur. Il traite de nombreuses plaintes provenant des producteurs agricoles de sa région en Outaouais. Le dindon sauvage est en pleine expansion sur son territoire.

Ils grattent souvent la paille qui sert à l’isolation des plants de fraises pour l’hiver. Ils déchirent aussi les plastiques qui servent à entreposer les réserves de fourrage des producteurs laitiers.

André Dumont, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Outaouais

Et ce n’est pas tout. Après l’invasion des campagnes, voilà que le volatile investit maintenant la cour des gens vivant en milieu urbain. On a de plus en plus de signalements dans les villes, ajoute André Dumont. Les réseaux sociaux regorgent d’ailleurs de rencontres cocasses entre la volaille et des citadins parfois étonnés.

Les collisions avec les voitures en Outaouais sont aussi très fréquentes, et l’aéroport de Gatineau doit également composer avec des dindons sur ses pistes. Là où l'animal prolifère, les conflits avec les habitants se multiplient.

Des dindons sauvages.

Les dindons sauvages font le bonheur des chasseurs, mais pas des agriculteurs.

Photo : Radio-Canada

En pleine expansion au Québec

L’Outaouais n’est pas la seule région à subir les invasions du dindon sauvage.

Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), les populations de dindons sauvages sont en pleine expansion un peu partout dans le sud de la province. L’Estrie, la Montérégie et le Centre-du-Québec sont les régions qui comptent, avec l’Outaouais, les plus fortes densités d’oiseaux.

Pourquoi un tel retour? Une faible couverture de neige dans les régions du sud du Québec, combinée à des hivers plus doux, explique en partie ce baby-boom du dindon sauvage depuis 10 ans. La présence de céréales aux abords des fermes en hiver facilite aussi la survie hivernale de l’oiseau.

Jadis au bord de l’extinction

Le dindon sauvage revient de loin. À l’arrivée des premiers colons en Amérique, le dindon est absent du Québec, mais bien présent sur ce qui est aujourd'hui le territoire des États-Unis. Une chasse excessive mènera l’oiseau au bord de l’extinction.

Deux dindons sauvages près d'une façade du centre-ville de Winnipeg.

Deux des trois dindons sauvages aperçus au centre-ville de Winnipeg le 18 mai 2019.

Photo : Radio-Canada

Des efforts de repeuplement et un encadrement sévère de la chasse permettront la renaissance du dindon. Aujourd’hui, le dindon est présent dans presque tous les États américains. Au Canada, on le trouve surtout en Ontario et au Québec, et son expansion vers le nord se poursuit.

Un gibier vedette

L’arrivée du dindon sauvage fait cependant le bonheur des chasseurs québécois. L’an dernier, ils ont acheté quelque 18 000 permis de chasse au dindon. C’est près de 10 fois le nombre de permis vendus en 2008, date de la toute première chasse au dindon au Québec.

C’est un essor fulgurant. Cette chasse connaît actuellement la plus forte progression, affirme le biologiste François Lebel, coordonnateur provincial de cette espèce pour le MFFP.

Le dindon procure des revenus annuels de plus de 5 millions de dollars au Québec.

Une nouvelle saison de chasse pour calmer le jeu

Malgré ce succès faunique et économique, l’espèce est devenue trop abondante aux yeux de plusieurs.

Des représentants de l’Union des producteurs agricoles (UPA) font pression pour un meilleur contrôle de l’espèce. En plus des dommages que cause le dindon, les agriculteurs craignent que les volatiles ne propagent des maladies quand ils s'attroupent en grand nombre près des fermes.

Pour calmer le jeu, Québec annoncerait sous peu l’ouverture d’une chasse d’automne en 2020. Depuis 2008, seule la chasse printanière aux mâles est autorisée. La province rejoint donc l’Ontario et certains États américains qui autorisent déjà une chasse automnale.

La chasse d’automne devrait permettre de rééquilibrer les populations là où le dindon est présent en trop grand nombre.

François Lebel, biologiste au MFFP

Mais il y a des doutes quant au succès de cette nouvelle mesure. L’automne, la plupart des chasseurs sont occupés à traquer le gros gibier comme l'orignal et le chevreuil. Ainsi, la chasse d'automne risque de ne pas être aussi populaire que celle du printemps, et l’objectif de mieux contrôler le dindon pourrait être raté.

Des dindons sauvages dans un champ, devant des sapins.

La forte population de dindons sauvages en Outaouais inquiète les agriculteurs, mais ravit les chasseurs.

Photo : Jean-Philippe Larocque

François Lebel maintient que la mesure sera tout de même efficace. Contrairement aux règles en vigueur lors de la chasse printanière, il sera autorisé d’abattre les femelles.

Si on récolte les femelles, on vient agir rapidement sur la dynamique de la population, car les femelles produisent beaucoup d’œufs dans une année.

François Lebel, MFFP

La chasse reste pour l’instant le meilleur outil pour contrôler le dindon. Malgré une cohabitation difficile à certains endroits, les biologistes rappellent que cette espèce doit être vue comme un ajout important à la biodiversité québécoise.

Selon une version précédente du texte, l'ouverture de la chasse était imminente, mais l'annonce officielle reste à faire par le ministre Pierre Dufour.

Le reportage du journaliste Gilbert Bégin et du réalisateur Michel Dumontier est présenté dans le cadre de l’émission La semaine verte samedi à 17 h à ICI TÉLÉ.

Agriculture

Science