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« On n'est pas malades, on est enceintes » : l'importance d'un service de sages-femmes

Une sage-femme et une femme enceinte en plein travail.

Au Québec, la pratique du métier de sage-femme est légale depuis le 24 septembre 1999. (archives)

Photo : iStock

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Depuis la fin septembre, un premier service de sage-femme est disponible dans la Baie-des-Chaleurs, le seul en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Que représente une telle ressource pour les femmes de la région?

Le regroupement des sages-femmes du Québec a tenu dans les dernières semaines des journées portes ouvertes pour célébrer le 20e anniversaire de la reconnaissance légale de leur pratique.

En Gaspésie, cet anniversaire coïncide avec l'arrivée du tout premier service de sage-femme de la région, implanté au CLSC de Caplan, dans la Baie-des-Chaleurs.

Catherine Cyr Wright fait partie des premières femmes à pouvoir profiter de cette nouvelle ressource, même si son bébé est attendu d'ici deux semaines.

J'aimais beaucoup ma médecin, je trouvais qu'elle avait une belle approche aussi, mais on ne peut jamais être certaine que ce sera cette médecin là, qu'il va être de garde lorsque le bébé va se pointer. D'avoir une sage-femme, je sais que c'est elle qui va être là, je peux l'appeler n'importe quand si j'ai une question, souligne-t-elle.

Catherine Cyr Wright, debout à l'extérieur, le 27 septembre 2019.

Catherine Cyr Wright se dit rassurée de savoir qu'elle sera accompagnée par une sage-femme lors de son premier accouchement.

Photo : Gilles Gagné

Même à son dernier trimestre de grossesse, la future maman n'a pas hésité à faire appel à la sage-femme dès que le service a été disponible en Gaspésie.

C'est une approche différente de la maternité, plus globale. La sage-femme connaît ta famille, elle sait comment tu es entourée, ce qui est important pour toi. Son objectif est d'en savoir le plus possible pour en faire le moins possible, donc nous donner toute l'information pour qu'on puisse prendre les décisions selon nos valeurs, explique-t-elle.

À mon avis, c'est une expérience plus valorisante pour les femmes qui ont l'impression de prendre en charge leur grossesse plutôt que de se faire prendre en charge.

Catherine Cyr Wright, future maman vivant à New Richmond

Idéalement, Catherine Cyr Wright aurait voulu accoucher à domicile, mais cette option n'est pas encore disponible en Gaspésie, puisque le service ne compte pour l'instant qu'une seule sage-femme. Des démarches sont toutefois en cours afin d'embaucher une deuxième sage-femme d'ici la fin de l'année. D'ici là, les femmes enceintes suivies par la sage-femme Véronique Gauthier devront accoucher à l'hôpital de Maria.

On n'a pas nécessairement besoin d'être dans un hôpital. Il y a vraiment eu une médicalisation de la grossesse et de la maternité. On n'est pas malades, on est juste enceintes. C'est sûr que si j'avais eu la possibilité, j'aurais aimé accoucher à la maison, mais mon conjoint n'était pas super chaud à l'idée, admet la future maman.

Une femme enceinte lors d'une consultation avec une sage-femme.

En 2018, l'OMS a émis une série de recommandations pour revoir les pratiques entourant l'accouchement, notamment à réduire le recours à des interventions pour accélérer artificiellement le travail.

Photo : iStock

C'est une rencontre d'information organisée par le collectif citoyen Accès sages-femmes Baie-des-Chaleurs qui a permis de rassurer son conjoint sur l'accompagnement offert par une sage-femme.

La rencontre d'information, ça a vraiment démystifié la pratique, l'équipement dont dispose la sage-femme, ses actes professionnels. Avec un suivi sage-femme, évidemment ce ne sont pas des grossesses à risque, mais il y a moins de femmes qui ont besoin d'une intervention externe. C'est comme si les sages-femmes étaient outillées pour essayer plein de techniques avant d'en arriver à une intervention, explique-t-elle.

Les statistiques, ça m'a convaincue et ça a convaincu mon conjoint aussi. Ça l'a vraiment rassuré, ça a parlé à son côté rationnel de voir des chiffres.

Catherine Cyr Wright, future maman vivant à New Richmond

Catherine Cyr Wright s'estime chanceuse de pouvoir profiter de ce service près de chez elle, puisqu'elle n'aurait pas été prête à faire plusieurs heures de route pour consulter une sage-femme.

Pourtant, jusqu'à tout récemment, c'était la seule option qui s'offrait aux femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine qui souhaitaient faire appel à une sage-femme.

Un service légal depuis 20 ans, mais réellement accessible?

Malgré le temps, l'organisation, les coûts et le stress associés au fait de se déplacer pour chaque rendez-vous, plusieurs femmes ont fait ce choix sans hésiter, comme Catherine Landry, maman de deux enfants de quatre et cinq ans à Maria.

Je ne me suis jamais vue accoucher à l'hôpital, admet-elle d'emblée.

C'est un milieu qui me rend extrêmement nerveuse et je ne me voyais pas y donner naissance à mes enfants.

J'ai jamais considéré que la grossesse était une maladie donc je ne voyais pas pourquoi c'était nécessaire que j'accouche à l'hôpital.

Catherine Landry, mère de deux enfants à Maria

Avant même de tomber enceinte, elle aborde le sujet avec son conjoint. Leur choix est clair, mais un problème demeure : il n'y a alors aucune sage-femme en Gaspésie.

Catherine Landry communique donc avec la Maison des naissances Colette-Julien située à Mont-Joli, à trois heures de route de chez elle. À son grand bonheur, l'établissement accepte de la suivre tout au long de sa première grossesse, puis de sa deuxième.

Catherine Landry est accroupie. Devant elle, une sage-femme inspecte son ventre.

Catherine Landry a été suivie par une sage-femme lors de ses deux grossesses.

Photo : Gracieuseté : Catherine Landry

C'est des rencontres qui durent d'une heure à une heure et demie à chaque fois. C'est vraiment une approche globale. On voit l'aspect physiologique de la grossesse, mais il y a tout l'aspect psychologique, émotif. Il y a un accompagnement du conjoint. Les sage-femmes sont disponibles 24 heures par jour, sept jours par semaine. Dès qu'il y avait une petite inquiétude, on pouvait appeler notre sage-femme, affirme-t-elle.

La maison de naissances lui permet même de réaliser un rêve à l'issue de sa deuxième grossesse : accoucher à domicile, dans un appartement de Rimouski prêté par des amis.

Ça a été un accouchement parfait. Une première sage-femme arrive dès que le travail commence, puis juste avant la poussée, une deuxième sage-femme vient appuyer la première. Ça fait en sorte que quand les contractions commencent, tu n'as pas le stresse de devoir te déplacer. Juste de pouvoir rester dans tes affaires, ça te permet de rester complètement dans ta bulle, le travail est tellement plus fluide, tu n'as aucun stress et tu accouches, c'est tout ce que tu as à penser. C'est vraiment une expérience exceptionnelle, raconte-t-elle.

C'est un accompagnement absolument exceptionnel, à un moment de la vie qui est vraiment crucial.

Catherine Landry, mère de deux enfants à Maria

À entendre l'émotion dans sa voix, la réponse semble évidente... mais la question s'impose tout de même. Est-ce que tout ça (le stress, les déplacements, les congés à prendre pour chaque rendez-vous, l'hébergement à trouver près de la maison de naissances quelques semaines avant l'accouchement) en a valu la peine?

Oh que oui! Et si c'était à refaire, je referais la même chose.

Gros plan sur Catherine Landry. La maman allaite son bébé.

En faisant appel à une sage-femme, Catherine Landry a pu réaliser son rêve d'accoucher à domicile.

Photo : Gracieuseté : Catherine Landry

Catherine Landry reconnaît cependant que cette option n'est pas à la portée de tous.

C'est quelque chose qui n'est certainement pas accessible pour toutes les familles. Nous, on avait la chance d'avoir des emplois avec des horaires assez flexibles, on était en mesure de se déplacer à toutes les quatre semaines en plus de devoir aller s'installer tout près de la maison de naissances un peu avant l'accouchement, précise-t-elle.

Plusieurs proches du couple ont d'ailleurs questionné leur décision.

La plupart des gens respectaient mon choix, mais c'est sûr qu'on s'est fait beaucoup questionné notamment parce qu'on se déplaçait, t'sais on ne se l'est pas rendu facile en choisissant d'aller faire un suivi à trois heures de route, admet-elle.

Il y a encore trop peu de sages-femmes au Québec, à mon grand regret parce que c'est un service public, gratuit, auquel tout le monde a droit, mais qui n'est pas accessible partout encore malheureusement.

Catherine Landry, mère de deux enfants à Maria

Par ailleurs, certaines femmes ont vu dans sa détermination à être suivie par une sage-femme un jugement de leur propre choix d'accoucher à l'hôpital.

On me disait souvent : ''Mais on est tellement bien à la maternité avec les infirmières, les médecins!'' C'est arrivé plusieurs fois que les gens ne comprennent pas ce choix là, alors que c'est tellement personnel, souligne Catherine Landry.

Je pense qu'il y a encore beaucoup de travail à faire pour faire connaître cette profession-là, pour faire savoir que c'est extrêmement sécuritaire d'accoucher avec une sage-femme, constate-t-elle.

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