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  • Archives
  • Maurice Duplessis vu par ses adversaires à travers le temps

    Maurice Duplessis est debout devant un drapeau québécois.

    Le premier ministre Maurice Duplessis vers 1958

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Il y a 60 ans, le 7 septembre 1959, mourait le premier ministre du Québec Maurice Duplessis. Comment le percevaient ses adversaires politiques? Nous vous proposons des entrevues réalisées par des journalistes de Radio-Canada avec quelques-uns de ces derniers.

    Nous l’avons maudit parce que nous l’avons vu ruiner des libéraux uniquement parce qu’ils étaient des libéraux. Mais je l’ai surtout méprisé pour ce que j’appellerais sa malhonnêteté intellectuelle.

    Georges-Émile Lapalme à propos de Maurice Duplessis, 1977

    « Il ne s’adressait même pas à moi en chambre. »

    Georges-Émile Lapalme est de 1950 à 1958 chef du Parti libéral du Québec. Il est aussi chef de l’opposition officielle à l’Assemblée législative du Québec.

    Il est donc le principal adversaire institutionnel du premier ministre Maurice Duplessis durant cette période.

    Propos et confidences, 13 décembre 1977

    Dans un extrait d’un entretien diffusé durant la série Propos et confidences le 13 décembre 1977, Georges-Émile Lapalme se rappelle comment il percevait Maurice Duplessis quand ce premier ministre dirigeait la province de Québec.

    Georges-Émile Lapalme le décrit comme un homme qui n’admettait aucune dissidence, même légale et autorisée.

    Par exemple, Maurice Duplessis présentait des projets de loi alors que son cabinet ignorait jusqu’à leur rédaction. Il interprétait aussi à sa guise les règlements parlementaires.

    Son intolérance était telle que pendant un long moment Maurice Duplessis a même refusé d’adresser la parole dans la chambre des députés à Georges-Émile Lapalme.

    Or, ce dernier était tout de même le chef de l’opposition officielle!

    Impitoyable envers ses ennemis politiques, il était tout miel avec ses amis, qu’il défendait avec passion même lorsque ceux-ci commettaient des actions répréhensibles ou immorales.

    Georges-Émile Lapalme affirme que son jugement s’est un peu nuancé au fil des années. À la fin des années 1950, leurs rapports étaient devenus plus cordiaux.

    Duplessis avait même commencé à s'adresser à Georges-Émile Lapalme durant les débats parlementaires.

    Affrontement brutal à propos des droits des travailleurs

    Madeleine Parent est une des figures de proue du syndicalisme québécois à partir des années 1940.

    Son militantisme pour les travailleurs l’amène à un constant affrontement avec le premier ministre Maurice Duplessis.

    Première page, 4 juillet 1978

    Madeleine Parent a parlé de cette période avec la journaliste Armande Saint-Jean dans le cadre de l’émission Première page le 4 juillet 1978.

    Elle décrit l’atmosphère de brutalité que faisait régner Maurice Duplessis dans le monde des relations de travail.

    Madeleine Parent a subi des procès. Son mari a été agressé parce qu’il participait à des grèves d'ouvriers.

    Elle rappelle par ailleurs que Maurice Duplessis n’hésitait pas à utiliser la police provinciale pour « casser » les conflits de travail.

    Il n’avait par ailleurs aucun scrupule à faire emprisonner pour « communisme » tous ceux et celles qui appuyaient les revendications ouvrières.

    Un frère dominicain contre Maurice Duplessis

    Père Lévesque, n'allez pas vous asseoir-là. Les fesses vont vous brûler!

    Georges-Henri Lévesque, 1967

    George-Henri Lévesque est un membre de l'ordre des Dominicains. De 1938 à 1955, il est le recteur de l’École des sciences sociales de l’Université Laval de Québec.

    Le père Lévesque s’oppose farouchement aux conceptions rétrogrades de l’éducation de Maurice Duplessis.

    Le sel de la semaine, 11 décembre 1967

    Il se rappelle cette période de lutte dans une entrevue qu'il a accordé à l'animateur de l'émission Le sel de la semaine, Fernand Séguin, et diffusée le 11 décembre 1967.

    Le fait que Maurice Duplessis ne peut contrôler ce qui est enseigné à l’École des sciences sociales enrage particulièrement le premier ministre.

    La lutte entre le premier ministre et le père Lévesque est tellement âpre que Maurice Duplessis intente trois procès au frère dominicain.

    Un de ces procès se rend même au Vatican parce que Maurice Duplessis accuse le père Lévesque de vouloir « faire tomber le seul gouvernement catholique en Amérique du Nord ».

    Il faudra l’intervention du cardinal Giovanni Battista Montini, le futur pape Paul VI, pour que le procès soit balayé sous le tapis.

    Les relations entre le premier ministre Maurice Duplessis et le père Lévesque pouvaient aussi se dérouler sous le signe d’une certaine cordialité et d'une certaine bonhomie.

    Ainsi, lorsque le dominicain se joint à une délégation de recteurs de l’Université Laval pour demander une augmentation de budget, le premier ministre Duplessis s’écrit en voyant ce dernier : « Que diable, ils ont amené un rouge », laissant entendre que le religieux était un communiste.

    Quelques instants plus tard, Maurice Duplessis lance à la blague, lorsqu’il voit le dominicain tenter de prendre place sur un fauteuil bleu plutôt que rouge  : « Père Lévesque, n’allez pas vous asseoir-là, les fesses vont vous brûler! »

    Un premier ministre assis entre deux chaises

    Fernand Dumont est un des grands sociologues qu’a formés le Québec au 20e siècle.

    En tant qu’intellectuel, il a combattu Maurice Duplessis. Il a aussi étudié ce que l’homme représentait pour la société québécoise.

    Format 60, 5 septembre 1969

    Cette analyse, Fernand Dumont la soumet dans une entrevue que réalise le journaliste Michel Pelland pour l’émission Format 60 du 5 septembre 1969.

    Format 60 souligne alors le 10e anniversaire du décès de l’ancien premier ministre du Québec.

    Le sociologue Fernand Dumont conclut que Maurice Duplessis était un symbole de l'opposition à l’évolution du Québec.

    S’il avait été tellement combattu par certains intellectuels, c’est que son comportement était de plus en plus déconnecté des changements qui arrivaient dans cette société.

    Fernand Dumont rappelle que Maurice Duplessis accordait une priorité exagérée au secteur agricole, hésitait face à l’industrialisation et refusait de reconnaître des droits aux travailleurs.

    Ses actions n’auraient pas trop détonné si elles avaient été entreprises en 1900.

    Mais, conclut le sociologue, dans les années 1950, elles étaient de moins en moins au diapason de l’opinion publique québécoise.

    Maurice Duplessis aurait confié à certains de ses amis qu'il avait de la difficulté à comprendre l'évolution de la société québécoise.

    Il était mentalement incapable d’adhérer à cette dernière. Maurice Duplessis était un homme assis entre deux chaises, de conclure le sociologue.

    Fait à noter, l’entrevue de Fernand Dumont est entrecoupée d’extraits de discours de Maurice Duplessis.

    Le ton et les propos de ces derniers nous montrent à quel point Maurice Duplessis appartient à un monde révolu.

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