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Maternelles 4 ans et laïcité : le ministre français de l’Éducation soutient Québec

Le ministre français Jean-Michel Blanquer marche dans Radio-Canada.

Le ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse du gouvernement français, Jean-Michel Blanquer (à droite), est à Montréal, en compagnie du consul général de France au Québec, Frédéric Sanchez. Il va notamment rencontrer son homologue québécois, Jean-François Roberge.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué

Alors que le débat fait rage au Québec sur l’implantation des maternelles 4 ans, le ministre français de l’Éducation nationale et de la Jeunesse apporte son soutien au gouvernement de François Legault. Il prône également davantage de fermeté en matière de laïcité dès le plus jeune âge, notamment dans les garderies.

L’école maternelle, c’est extrêmement important, insiste Jean-Michel Blanquer, arrivé la veille au soir à Montréal, en provenance de Paris, pour participer à des conférences durant lesquelles il sera appelé à commenter le système français, l’un des premiers pays à avoir implanté ce réseau gratuit.

En France, bien que la maternelle fut déjà fréquentée par 97 % des enfants, la maternelle dès 3 ans a été rendue obligatoire à la dernière rentrée. Ce 3 %, ce n’est pas négligeable. Ça représente 20-25 000 enfants par an. C’est un message de valorisation de l’école maternelle, explique le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, au cours d’une entrevue accordée à Radio-Canada.

Ce dernier soutient ainsi l’idée du gouvernement Legault de vouloir rendre accessibles, à tous les jeunes Québécois, les maternelles 4 ans. Il me semble que c’est une bonne idée, assure-t-il, en précisant de pas vouloir [s’]immerger dans toutes les particularités du débat québécois, qui divise les partis à l’Assemblée nationale.

Je pense que c’est la même idée que nous avons eue en France. Évidemment, je la trouve très fondée. Il y a un enjeu social profond. Un enjeu du rapport à la langue et du rapport à l’autre dans une société, détaille-t-il.

Le principe de l’école maternelle universelle gratuite et laïque est un principe qui permet d’assurer un meilleur service pour tous les enfants et de manière plus égale pour toutes les familles.

Jean-Michel Blanquer, ministre français de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

La maternelle pour « lutter contre les inégalités sociales »

Pour lutter contre les inégalités sociales, ajoute-t-il, on doit aller à la racine, c’est-à-dire dans les premières années, quand les premières inégalités s’ancrent chez l’enfant.

Quand on réussit à ce que l’école commence plus tôt, on réussit aussi à résoudre un problème de société, croit-il.

L’an passé, une étude a cependant révélé que le système des CPE serait plus efficace que les classes de maternelle françaises. En cause, notamment, l’important nombre d’enfants par groupe avec un enseignant ou éducateur spécialisé (20 environ), par rapport au CPE (10 maximum).

Le ministre français reconnaît cette problématique et assure que le gouvernement tente d’améliorer le taux d’encadrement, notamment dans les milieux défavorisés. Pour les premières années de la vie, oui c’est important d’avoir une attention particulière au taux d’encadrement, confirme-t-il.

Le ministre Roberge n'est pas surpris

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec, Jean-François Roberge, a indiqué ne pas être surpris par le soutien de son homologue français concernant l'implantation des maternelles 4 ans. Selon M. Blanquer, il y a un consensus scientifique international sur ce sujet.

M. Roberge reconnaît par ailleurs que la France est allée plus vite et plus loin que nous en matière de laïcité. Mais, à ses yeux, la loi 21 a « trouvé l'équilibre » dans le contexte québécois. Si on se fait critiquer parce que des gens disent qu’on va trop loin et des gens disent qu’on ne va pas assez loin, c’est parce qu’on est exactement au bon endroit. [...] On ne veut pas aller plus loin, a-t-il réagi.

Entrevue du ministre français de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer. Il sera de passage à Montréal pour différentes rencontres, mais aussi un discours au CORIM.

Selon Jean-Michel Blanquer, le port du voile n'est pas « interdit, mais pas souhaitable ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La laïcité pour l’ensemble du système éducatif, défend le ministre

Le ministre français voit également d’un bon œil la loi 21 interdisant le port des signes religieux pour les personnes en situation d’autorité, notamment les enseignants. Je comprends très bien l’inspiration d’une telle loi. Ça correspond tout à fait à ce qu’on a fait en France avec différentes mesures, mentionne-t-il, en évoquant une neutralité religieuse et politique bénéfique pour l’enfant.

La laïcité n’est pas du tout synonyme d’athéisme d’État. Ce n’est pas du tout quelque chose qui est fait pour combattre les religions. Je dirais : "au contraire". C’est fait pour que chacun puisse assumer ses croyances, sa foi, sa non-foi, ce qu’il veut penser.

Jean-Michel Blanquer, ministre français de l'Éducation nationale et de la Jeunesse

Lorsqu’on lui explique que cette loi n’est pas appliquée dans les CPE, Jean-Michel Blanquer reste prudent, mais se dit en faveur d'une laïcité complète dans l’ensemble du système éducatif. Ça me paraît un bon principe si on ne veut pas être dans une société communautariste, dans une société où telle ou telle religion fait pression sur les enfants, souligne-t-il.

Quelques jours plus tôt, ses propos ont fait polémiques en France, lorsqu’il a affirmé que le port du voile n’était pas souhaitable. Il réagissait notamment à des propos d’un élu du Rassemblement national (ex-Front national), qui critiquait le port du voile par la mère d’un élève qui accompagnait une sortie scolaire.

De l’autre côté de l’Atlantique, il maintient ses propos, en soulignant que même si la loi n’interdit pas cette pratique, puisqu’il s’agit d’une activité en dehors d’un établissement scolaire, le débat est infini sur ce cas hybride.

On peut demander que [le port du voile dans ces circonstances soit interdit] lorsque ça s’apparente à du prosélytisme ou quand on sent que ça représente un trouble à l’ordre public parce qu'il y aurait une sorte de pression prosélyte sur les enfants. C’est un peu ce que voulait résumer la formule : pas interdit, mais pas souhaitable.

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