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Vent de renouveau à la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout

Une nouvelle directrice est en poste à la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout. Elle prend la barre après des mois houleux pour le service de traversiers et entend redorer l'image de la traverse.

Véronique Fournier lors d'une entrevue, assise dans une salle d'où on voit un traversier à l'extérieur.

Véronique Fournier, nouvelle directrice de la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout

Photo : Radio-Canada

Véronique Fournier, une Matanaise qui a été pendant une partie de sa carrière directrice du Service à la clientèle à l'usine Tembec, entre en fonction dans un contexte où le traversier F.-A.-Gauthier est en arrêt prolongé et après que des révélations de l'émission Enquête ont jeté un doute sérieux sur la fiabilité du navire.

Elle a accepté de répondre aux questions de Michel-Félix Tremblay.

Pourquoi avoir voulu d'un tel poste dans le contexte actuel?

C'est sûr que j'aime beaucoup les défis, le côté imprévisible le matin; je ne serais pas quelqu'un qui fait un emploi routinier. J'ai beaucoup de misère à avoir un horaire préétabli et à ne pas y déroger. J'aime le challenge, j'aime que les gens me challengent et que la vie au travail m'apporte des surprises.

En tout cas, si vous aimez les surprises, vous auriez été servie en 2019...

Oui! [rires] Et puis, je n'envie pas les gens qui sont passés au travers de ça. Ç'a été une année très éprouvante, mais moi quand je regarde cette année-là, ce que je vois c'est comment les gens ont réussi à briller. Il y a des équipes qui se sont liées comme elles ne se seraient jamais liées. Les gens de la traverse sont unis. Il y a eu un bel élan d'abnégation personnelle et de soutien à l'entreprise qu'on ne peut pas voir dans une situation où tout va bien.

Le traversier F.-A.-Gauthier entre dans un port.

Le traversier F.-A.-Gauthier qui relie Matane à la Côte-Nord, avant sa mise en cale sèche de plusieurs mois pour réparer plusieurs problèmes.

Photo : Radio-Canada

Vous, comme citoyenne de Matane, et non directrice, cette saga du F.-A.-Gauthier, de l'Apollo, comment l'avez-vous vécue?

Pour être honnête, et je ne veux pas lancer la pierre à personne — ce n'est pas ça l'idée —, il y a plein de choses qui se passent dans le domaine maritime et qui ne font pas la manchette quotidiennement. Parce que le projecteur était sur la Société des traversiers [du Québec, STQ], il y a des choses qui ont fait la manchette qui normalement seraient arrivées plusieurs fois et...

Par exemple?

Il y a des bateaux qui sont déjà rentrés dans le petit quai ici, et ça n'a jamais fait la manchette. C'est sûr qu'en ayant le spot sur nous, eh bien tout sort, mais chaque entreprise peut avoir des problèmes et ça ne fait pas forcément la manchette tout le temps.

Est-ce qu'il y a eu, soyez bien à l'aise de répondre, une sorte d'acharnement?

Bien [hésitation], chacun gagne son pain aussi. Je comprends quand il y a une nouvelle, c'est intéressant de la saisir, mais je ne suis pas certaine que tout méritait autant d'attention. Mais je comprends que les gens étaient curieux, je comprends tout cela, mais moi dans mon salon, je me disais : « Ouf, pauvre eux autres, mon Dieu qu'ils se font ramasser souvent ».

Moi, ce qui m'a dérangée le plus, c'est quand j'ai entendu qu'il y avait des enfants des employés [de la traverse] qui se faisaient harceler et intimider à l'école, insulter même, comme quoi leurs parents n'étaient pas capables de faire marcher le bateau. Il y a des gens qui n'osaient plus sortir de la maison, car ils étaient étiquetés STQ. Ils ne voulaient plus sortir dans les endroits publics pour ne plus se faire achaler. Une plaisanterie, c'est toujours plaisant, mais 50 plaisanteries sur le même sujet, tous les jours, ça peut devenir lourd. Les gens ont le droit d'être critiques, je suis très à l'aise avec ça, c'est un droit que nous avons dans notre société, mais, à partir du moment où les gens sont blessés, ça m'interpelle un peu plus.

La poupe du bateau avec une zone plus foncée, qui marque la réparation.

La poupe du navire Apollo avait dû être réparée après l'impact du navire contre le quai de Godbout. Depuis, l'Apollo est mis au rancart. Il sera vraisemblablement coulé au large de Godbout pour en faire un récif de plongée sous-marine.

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

N'empêche, il y a eu des irrégularités, on l'a vu dans le reportage de l'émission Enquête, il y a quelques semaines. Je comprends que vous, vous venez d'arriver, donc vous n'êtes pas du tout responsable de cela évidemment; mais lorsque vous avez écouté ce reportage, comment avez-vous réagi? Je pense que vous saviez à ce moment-là que vous aviez obtenu le poste de directrice de la traverse, non?

Oui, je le savais. J'ai toujours su dans quoi je m'embarquais, je n'ai jamais douté de mon envie d'embarquer dans ce projet-là. C'est sûr qu'il faut toujours faire une introspection, et la STQ a fait son introspection, s'est posé des questions, a fait des changements, une transformation majeure. Je pense que je fais aussi partie de cette transformation-là. De mettre quelqu'un du service à la clientèle à la direction de la traverse, une personne qui n'est pas du domaine maritime, qui apporte un œil différent... J'ai pris le temps de regarder l'ensemble du portrait, et je ne pense pas que ce qui s'est passé va se répéter indéfiniment.

Le nom Saaremaa I est peint sur la coque. L'ancien nom Roomassaare est toujours visible bien qu'il ait été repeint de la même couleur que la coque.

La Société des traversiers du Québec a acheté le Saaremaa I comme navire de remplacement, en attendant le retour en service du F.-A.-Gauthier.

Photo : Radio-Canada

Mais quand même, ce que les gens disaient dans le reportage d'Enquête, c'est qu'on pourrait avoir des problèmes avec ce bateau-là pendant encore 10, 15 ou 20 ans. Vous ne vous êtes pas dit : «  Ah, mais dans quel genre de bateau j'embarque moi, là »?

Oui, c'est sûr. On peut toujours avoir des surprises, peu importe le bateau qu'on achète. Mais [le] connaissant comme là on le connaît, on peut mettre en place une structure d'entretien qui va permettre de limiter le plus possible [les problèmes]. Avant, tout ce que l'on découvrait, c'était des surprises. Là, le bateau, mes équipes l'ont vu de long en large, de tous les côtés. Le fait de savoir nous permet de mieux préparer l'avenir.

Parlant d'avenir, on peut dire sans se tromper que 2019, c'est l'annus horribilis. Qu'est-ce que vous espérez que les gens retiendront de 2020?

Je dirais que 2019 a été l'année du renouveau pour la STQ. Oui, ç'a été une année difficile, une année de remises en question, mais j'espère qu'elle restera dans la mémoire collective comme l'année du changement et du renouveau de la STQ. Moi, ce que je veux et ce que j'ai comme mandat, c'est de remettre du lustre sur l'image de la STQ et de la traverse de Matane en particulier. Je veux que les gens aient un bateau fiable qui sera toujours disponible. Bon, je ne peux pas contrôler la météo, on s'entend, j'aimerais ça par contre [rires], mais j'aimerais ça que tout ce qui est contrôlable soit contrôlé.

Moi, je viens de Matane, on se souvient du [traversier] Camille-Marcoux. C'est rare qu'il y avait des traverses annulées. C'est ce que je veux que les gens revivent à Matane. C'est pour ça aussi que je me suis embarquée dans ce projet-là. Je suis convaincue que nous sommes capables d'y arriver.

Le Camille-Marcoux, l'ancien traversier entre Matane et la Côte-Nord, au quai de Port-Colborne.

Le Camille-Marcoux, l'ancien traversier entre Matane et la Côte-Nord, à Port-Colborne où il a été conduit pour le démanteler.

Photo : Sébastien Gauthier

Avec ce bateau-là qui est peut-être encore une boîte à surprises?

Tu sais, quand on connaît ses défauts, on est capable de travailler dessus. Ce n'est plus vraiment une boîte à surprises pour nous. Oui, il peut y avoir des choses que nous n'aurons pas vues, mais dans l'ensemble, je suis convaincue que mes capitaines, mes chefs mécaniciens connaissent le F.-A.-Gauthier maintenant comme ils connaissaient le Camille-Marcoux après 20 ans.

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