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La violence physique et sexuelle est répandue dans les écoles en Atlantique

Les gestes de violence entre élèves ne sont souvent pas rapportés.

Photo : iStock / P_Wei

Radio-Canada

Plus d’un quart des jeunes dans les provinces de l’Atlantique disent que d’autres élèves ont propagé des rumeurs ou des messages sexuels à leur sujet lorsqu’ils étaient à l’école, selon un sondage mené pour le compte de CBC/Radio-Canada. Un répondant sur 10 dit aussi avoir été forcé de faire une activité sexuelle.

Plus de 4000 jeunes aux quatre coins du pays ont répondu au sondage dont les questions portaient sur leur expérience en matière de violence, d’intimidation, de racisme et d’homophobie à l’école.

Leurs réponses révèlent que la violence entre jeunes est répandue dans les écoles au Canada et que dans certains cas elle commence dès le niveau élémentaire.

Les données sont décevantes pour Glen Canning, qui consacre beaucoup de temps à faire connaître l’histoire tragique de sa fille, Rehtaeh Parsons. Elle est morte à 17 ans, en 2013, à la suite d’une tentative de suicide. Selon sa famille, elle subissait continuellement de l’intimidation après avoir été agressée sexuellement durant une soirée dans une maison. Une photographie de l’incident circulait aussi en ligne.

Photographie de famille de la jeune fille devant la mer

Rehtaeh Parsons n'avait que 17 ans lorsqu'elle est morte en 2013 après une tentative de suicide. Sa famille raconte son histoire à d'autres jeunes au pays pour lutter contre l'intimidation et la violence.

Photo : Gracieuseté de Leah Parsons

Les réponses au sondage indiquent que d’autres vies ne tiennent qu’à un fil, estime M. Canning. Ce dernier a passé les dernières années à donner des présentations dans les écoles du pays pour parler du cas de sa fille.

Voyant qu’un si grand nombre de jeunes dans la région disent avoir subi de la violence sexuelle et de l’intimidation, M. Canning parle d’un échec de la société. Il dit qu’il faut sensibiliser les jeunes, particulièrement les garçons, à la notion de consentement.

Le nom de Rehtaeh Parsons est aussi venu à l’esprit de Paul Bennett, le directeur du Schoolhouse Institute, une firme de consultants à Halifax qui se spécialise en éducation.

M. Bennett réagit au sondage en exprimant de l’étonnement. Le comportement des jeunes en général ne semble pas s’améliorer malgré toutes les discussions et les mesures prises depuis la mort de Rehtaeh Parsons, dit-il. Les efforts de la société pour faire cesser la cyberintimidation ne semblent pas porter leurs fruits non plus, ajoute-t-il.

Violence physique et propos haineux

Jusqu’à 34 % des répondants en Atlantique disent avoir subi de la violence physique (des gifles, des coups de pied ou du tabassage) à l’école élémentaire et intermédiaire. Dans le cas des élèves du secondaire, la proportion augmente à 38 %, ce qui surpasse légèrement la moyenne nationale.

Plus du quart des répondants disent avoir subi des insultes haineuses ou racistes (29 %) ou des propos homophobes ou transphobes (26 %) au moins une fois à l’école secondaire.

Une base de données nationale sur le comportement des élèves est souhaitable, selon Paul Bennett, parce que l’information est incomplète et les définitions des comportements ne sont pas uniformes.

Il est assis sur un banc.

Paul Bennett,directeur du Schoolhouse Institute à Halifax, souhaite la création d'une base de données nationale sur le comportement des élèves.

Photo : CBC/Karissa Donkin

Il n’y a plus d’organisme national qui rassemble ces données depuis 2011, explique-t-il. L’ancien Conseil canadien sur l'apprentissage faisait autrefois ce travail. Depuis sa fermeture, ajoute M. Bennett, il est difficile de comparer les données des diverses provinces ou de discuter des tendances communes.

Bien des jeunes ne dénoncent pas les agresseurs

Près de la moitié (45 %) des répondants qui ont subi de la violence à l’école secondaire n’ont pas porté plainte pour ces incidents.

Certains (35 %) ont informé la direction de leur école de certains incidents. Seulement 17 % des répondants disent avoir signalé tous les incidents au personnel scolaire.

Lorsque Glen Canning parle à des élèves, il leur conseille de toujours dénoncer les incidents jusqu’à ce que quelqu’un les écoute et les aide.

Glen Canning conseille au personnel enseignant de faire en sorte que les élèves sentent qu’ils peuvent dénoncer les incidents et être pris au sérieux. Des enfants subissent des agressions et de l’intimidation et ils croient que personne ne s’en soucie, dit-il.

Que faudrait-il faire?

Des répondants au sondage qui ont subi de la violence ou de l’intimidation disent aussi qu’ils n’étaient pas satisfaits des mesures prises par leur école. Dans la plupart des cas, selon eux, les autorités scolaires n’ont rien fait à la suite de leur plainte.

Rien ne semble changer, la même haine se manifeste à nouveau environ une semaine plus tard, selon un répondant.

Un autre élève affirme qu’on lui a dit qu’on ne pouvait régler ce qui se produisait en ligne et qu’on ne voulait pas punir l’auteure de ces messages parce qu’elle connaissait une vie familiale difficile.

Glen Canning parle à une foule en plein air.

Glen Canning, père de Rehtaeh Parsons, est déçu de voir que des jeunes si nombreux subissent encore de la violence et de l'intimidation (image d'archives).

Photo : CBC/Yanjun Li

Le sondage invitait aussi les jeunes à proposer des mesures qui pourraient améliorer leur sécurité à l’école. Certains d’entre eux ont suggéré l’adoption de politiques préconisant la tolérance zéro, la sensibilisation des élèves à la santé sexuelle et aux questions de race, d’origine ethnique et d’orientation sexuelle. D’autres ont suggéré l’embauche de plus d’enseignants ou de gardiens de sécurité.

Les services policiers plutôt que les autorités scolaires devaient se charger des cas d’agressions sexuelles ou physiques, selon un répondant qui se demande pourquoi il est acceptable de commettre ces crimes à l’école, mais non ailleurs.

Le droit des intimidateurs à avoir une éducation ne devrait pas primer sur le droit de tous les autres élèves à recevoir la leur dans un milieu sécuritaire, selon un autre répondant.

Méthodologie du sondage

Le sondage de Mission Research a été mené en ligne auprès de 4065 jeunes Canadiens de 14 à 21 ans. Il a été réalisé du 26 août au 6 septembre 2019.

L’échantillon a été pondéré en utilisant les données du recensement de 2016 pour le rendre représentatif de la population canadienne de 14 à 21 ans. Un échantillon probabiliste de cette taille donnerait une marge d’erreur de +/- 1,6 point de pourcentage, 19 fois sur 20.

La marge d’erreur est plus élevée dans les analyses stratifiées puisque la taille de l’échantillon est plus petite.

Avec les renseignements de Karrisa Donkin, de CBC

Nouvelle-Écosse

Éducation