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Yves-François Blanchet.

Yves-François Blanchet est chef du Bloc québécois depuis janvier 2019.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Michel C. Auger

Après l’euphorie de la victoire − qui était d’autant plus douce que c’était une véritable résurrection − vient le moment de se mettre au travail. Ce que feront les députés du Bloc québécois dès ce matin lors de leur première réunion de caucus, symboliquement à l’ombre de l’Assemblée nationale à Québec.

La question qui se pose maintenant est de savoir quel Bloc québécois se présentera à la Chambre des communes dans quelques semaines. Parce que, historiquement, il y a eu deux Blocs québécois, avec des objectifs et des méthodes complètement différentes.

Il y a eu le Bloc de Lucien Bouchard et de Gilles Duceppe, celui dont le travail était axé sur le patient travail du législateur. Avec le temps, les députés du Bloc sont devenus de véritables experts de leurs dossiers, qui épluchaient les projets de loi dans les comités parlementaires, là où l’essentiel du véritable travail se fait dans un parlement.

Ce Bloc-là ne se souciait pas seulement de compter des points partisans à la période des questions, il était là pour exercer son pouvoir de surveillance du gouvernement.

Un parti souverainiste? Bien sûr. Tout le monde le savait. Mais c’était surtout un parti de souverainistes. C’était un parti formé de souverainistes qui utilisaient cette grille d’analyse dans leur travail de députés au Parlement fédéral.

Souverainistes et aussi sociaux-démocrates. Sous la gouverne de Gilles Duceppe, le Bloc était carrément affiché du côté des progressistes. On le lui a d’ailleurs souvent reproché, rappelant le passé de Gilles Duceppe à la CSN et ses difficultés à faire élire des députés dans des régions plus conservatrices comme Québec.

C’était aussi l’époque où bien des commentateurs canadiens-anglais disaient que le pays avait besoin de plus de progressistes comme Gilles Duceppe... surtout après des débats des chefs.

C’était aussi un parti qui, depuis Lucien Bouchard, se plaisait à incarner une autre façon d’être souverainiste que celle du Parti québécois (PQ). Lucien Bouchard avait réussi à imposer le retour de l’idée d’association avec le Canada à Jacques Parizeau. Le Bloc de Duceppe n’avait pas suivi le virage identitaire du Parti québécois. Sur la question des signes religieux, par exemple, il s’en tenait à la formule de la commission Bouchard-Taylor, soit une interdiction limitée à ceux qui incarnent la force coercitive de l’État − et donc pas aux enseignants ou autres fonctionnaires.

L'après-vague orange

Tout cela a changé après la vague orange et la défaite de 2011. Réduit à quatre députés, dont la moitié allaient partir avant la fin du mandat, le Bloc était une coquille vide qui faisait toutefois l’objet de bien des convoitises. Au risque de se couper de sa base électorale.

Lors des courses au leadership de 2014 et de 2017, le Bloc est devenu le refuge des purs et durs de l’indépendance, qui l’ont surtout utilisé pour dénoncer ce qui était vu comme la tiédeur souverainiste du PQ. Cela a été un échec chaque fois. Mario Beaulieu devait céder sa place à un retour de Gilles Duceppe pour les élections de 2015. Martine Ouellet n’a pas réussi à établir son leadership et a dû démissionner avant de mener le parti aux dernières élections.

Arrive Yves-François Blanchet, avec des qualités de communicateur reconnues, et qui a vite compris qu’il devait se coller le plus possible au politicien actuellement le plus populaire au Québec, le premier ministre François Legault, un nationaliste décomplexé, comme le décrivait M. Blanchet.

Sa défense des positions de la Coalition avenir Québec (CAQ) − et en particulier de ses positions identitaires − a fait recette tout au long de la campagne électorale. Mais à Ottawa, le Bloc devra trouver d’autres dossiers à défendre que la Loi sur la laïcité.

Notre dossier Élections Canada 2019

La parenté avec la CAQ

Cette parenté avec la CAQ place aujourd’hui le Bloc dans une étrange situation : voici un parti formé de députés − et de militants − souverainistes convaincus qui s’est fait élire en défendant un parti, la CAQ, dont le chef et les électeurs ont renoncé à la souveraineté. Un parti pas du tout social-démocrate, conservateur même, avec lequel les divergences sont déjà prévisibles. Par exemple, le Bloc se dit très soucieux de l’environnement, mais c’est précisément le dossier qui est toujours l’angle mort du gouvernement caquiste.

M. Legault a d’ailleurs compris très vite qu’il n’avait pas besoin de cet allié qui pourrait devenir encombrant. Il ne rencontrera pas le chef du Bloc pendant son caucus à Québec, préférant réserver sa première rencontre avec un chef fédéral à son homologue Justin Trudeau. Les relations entre les deux gouvernements seront de premier ministre à premier ministre − comme il se doit − et le Bloc devra se contenter d’un rôle de spectateur.

Par ailleurs, quelles seront donc les relations du Bloc avec le PQ? Ils sont encore théoriquement des partis frères, mais dans des rôles désormais inversés : le Bloc est désormais le grand frère et le PQ le partenaire junior d’une entente qui pourrait devenir de moins en moins cordiale.

M. Blanchet se défend en disant qu’il va soutenir les consensus de l’Assemblée nationale. Encore faut-il qu’il y en ait. Parce que le rituel de la résolution unanime de l’Assemblée nationale n’arrive pas tous les jours. Et encore moins souvent dans des dossiers qui touchent les compétences fédérales.

Alors, que sera le Bloc, version 3.0? Chose certaine, cette mission d'Yves-François Blanchet risque d’être pas mal plus compliquée que la dernière campagne électorale.

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