•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Andrew Scheer parle dans un micro. Autour de lui sont suspendus des drapeaux du Québec.

Dans l'entourage d’Andrew Scheer, on explique qu’une analyse de la campagne sera faite afin de préparer la prochaine élection.

Photo : La Presse canadienne / Peter Mccabe

Philippe-Vincent Foisy

Ils ont travaillé pendant deux ans pour gagner le Québec. Mais voilà que les conservateurs québécois reviendront à Ottawa avec deux députés de moins, de la déception et de la colère. Andrew Scheer pourra-t-il survivre au vote de confiance en avril prochain?

Le chef conservateur, lui, a l’intention de rester en place. Mardi matin, il se targuait d’avoir obtenu une plus grande part du vote populaire que les libéraux et assurait avoir mené une bonne campagne.

Par contre au Québec, les couteaux s'aiguisent, souligne un conservateur de la province.

Radio-Canada s’est entretenue avec plusieurs conservateurs au Québec, des organisateurs et des membres du caucus qui déplorent que, malgré d’importants efforts, le parti n’ait pas réussi à prendre son envol dans la province.

Ils déterminent deux moments décisifs : les deux « crises » sur l’avortement. La première est survenue lors de l’annonce de la candidature de Sylvie Fréchette; la seconde, au cours du débat des chefs en français à TVA.

Si notre chef n'avait pas autant gaffé au débat de TVA, je ne crois pas que le Bloc [québécois] aurait autant levé, explique l’un d’eux.

Il avait l’air d’un chevreuil sur l’autoroute, lance un autre.

Avant même le jour du scrutin, plusieurs conservateurs québécois savaient que la soirée de lundi allait être longue et décevante.

C’est vraiment décevant, on a vraiment une belle équipe cette année. Alain Rayes [le lieutenant pour le Québec] avait fait un super travail, a laissé tomber un conservateur, vendredi dernier, lors de l’ultime rassemblement au Québec des militants conservateurs à Drummondville.

Devant les caméras, l’ambiance était festive, mais il y avait de la frustration. Le mot est faible, soutient un autre conservateur.

Et au lendemain de l’élection, la grogne est plus forte que jamais, ajoute un autre.

Andrew Scheer parle au micro devant une foule.

Andrew Scheer a prononcé le dernier discours de sa campagne en sol québécois à Drummondville, le 18 octobre 2019.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Deux ans de travail, deux députés de moins

Au Québec, les députés de la région de la capitale, Alupa Clark et Sylvie Boucher, ont perdu leur siège lundi soir – ce qui n’était pas du tout dans le scénario envisagé lors du déclenchement de l’élection.

Les conservateurs espéraient doubler leur députation. Après avoir raté l’occasion de convaincre les Québécois en 2008, en 2011 et en 2015, ils pensaient que le mécontentement contre Justin Trudeau leur donnerait enfin l’occasion de gagner du terrain dans la province.

Alain Rayes rêvait même d’une vague bleue au Québec. Pendant près de deux ans, il a sillonné la province pour recruter une équipe sans candidat poteau, et même des vedettes comme Yves Lévesque et Sylvie Fréchette.

Dans l'entourage d’Andrew Scheer, on explique qu’une analyse de la campagne sera faite afin de préparer la prochaine élection. Certains ont mis les attentes trop hautes, explique une source près du chef conservateur.

Il déplore aussi que les gens ne retiennent que les premières minutes des débats des chefs, alors qu’ils ont duré deux heures, puisque M. Scheer était bien meilleur vers la fin, explique-t-il.

Peut-il rester?

Un des conservateurs à qui nous avons parlé soutient qu'Andrew Scheer devra admettre qu’il a fait des erreurs, changer son approche et remplacer possiblement certaines personnes dans son entourage.

Il ne doit pas se faire croire que c’était une bonne campagne, même si on a gagné une vingtaine de sièges et augmenté le vote populaire, dit un conservateur. Ce n'est pas parce qu’on est passé de 60 % à 75 % en Alberta qu’on est bons.

Selon lui, il faudra qu’Andrew Scheer se réveille s’il souhaite conquérir le Québec et la banlieue de Toronto, et qu’il arrête de prendre des décisions pour plaire uniquement à la base.

Le premier test d’Andrew Scheer sera lors du premier caucus avec ses députés. Le second – et le plus important – sera en avril : il devra affronter un vote de confiance, lors d’un congrès à Toronto.

Ils vont tenter de rallier les gens, mais ils vont avoir de la misère en crime au Québec et en Ontario, car c'est assez exceptionnel comme les gens sont en beau fusil, explique un conservateur.

S'il s'accroche, je crois qu'il va y avoir une guerre interne assez explosive.

Un conservateur

Un autre conservateur nuance : Le bilan n’est pas catastrophique!

Pour sa part, le député Gérard Deltell, qui a été réélu lundi soir, assure que le chef a toute sa confiance. Je suis très à l’aise avec la campagne qu’a faite Andrew Scheer. Le Canada aurait été entre de très bonnes mains avec lui comme premier ministre, et rien n’empêche qu’il le soit un jour, a-t-il indiqué à Michel C. Auger, mercredi.

Quant à Sylvie Boucher, qui a été défaite lundi, elle admet qu’elle est frustrée, mais elle se dit surtout déçue parce qu’elle a donné tout ce qu’elle pouvait.

On me demande : penses-tu qu’Andrew Scheer est l'homme de la situation? Je ne sais pas. Laissons la poussière retomber, affirme-t-elle.

Certains frustrés auront le temps de se dé-frustrer pendant les prochains mois. Après ça, on décidera, dit-elle, sereine.

Politique fédérale

Politique