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Les jeunes des Prairies en proie à la violence à l’école

Un enfant est assis par terre, la tête entre les genoux et le dos collé à des casiers dans le corridor d'une école.

Le Manitoba reste la province où les élèves sont le plus susceptibles de signaler des commentaires sexuels non désirés (35 % des répondants).

Photo : Getty Images / andresr

Radio-Canada

Plus du tiers des élèves des écoles primaires et secondaires des Prairies ont été la cible de commentaires sexuels non désirés, selon un sondage national mené par CBC News auprès de plus de 4000 jeunes Canadiens.

Seule une faible proportion de ces jeunes signalent la violence qu'ils subissent, les jeunes Manitobains étant les plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de commentaires sexuels non désirés, d’après le sondage.

Certains jeunes, comme Gillian Crognali, acceptent la violence comme faisant partie de la vie scolaire et l’intègrent dans leur quotidien. Cette dernière affirme que se faire taper sur les fesses ou les seins à l’école était tout aussi « normal » qu’assister aux cours et passer des examens.

Âgée de 18 ans, celle qui a fréquenté une école secondaire dans une région rurale du Manitoba se souvient qu’un jeune camarade l’a souvent touchée, tout comme ses amies, malgré son désaccord.

[Ça] n’était pas vu comme une agression sexuelle par les autres, dit-elle. Pourtant, ces actes me mettent mal à l’aise.

Une jeune fille portant des lunettes.

Gillian Crognali pense que, si elle avait dénoncé l'élève qui la touchait de manière inappropriée, l’enseignant aurait fait quelque chose pour l’aider, mais la peur que ses pairs ne la fuient pour avoir parlé était trop forte.

Photo : Radio-Canada

Liliana Lopez, elle, pense que le problème tient en partie au fait que les garçons et les filles apprennent très tôt qu’ils ne sont pas égaux.

La jeune femme de 21 ans raconte qu'une de ses amies a été agressée sexuellement lors d’une fête et ne l’a jamais signalé à l’école, et que, lorsque l'histoire s'est propagée, l'amie en question s'est fait critiquer.

À l’échelle nationale, plus d’une fille sur quatre (26 %) déclare avoir eu des contacts sexuels non désirés à l’école.

Plus de 40 % des jeunes des collèges soutiennent avoir été agressés physiquement ou menacés de violence.

Le Manitoba reste la province où les élèves sont le plus susceptibles de signaler des commentaires sexuels non désirés (35 % des répondants).

Méthodologie :

Le sondage de Mission Research a été mené en ligne du 26 août au 6 septembre 2019 auprès de 4065 jeunes Canadiens âgés de 14 à 21 ans.

L’échantillon a été pondéré en utilisant les données du recensement de 2016 pour le rendre représentatif de la population canadienne. Un échantillon probabiliste de cette taille donnerait une marge d’erreur de +/- 1,6 point de pourcentage, 19 fois sur 20.

La marge d’erreur est plus élevée dans les analyses stratifiées, la taille de l’échantillon étant plus petite.

Besoin d’information

La directrice générale du Centre de santé communautaire Klinic, à Winnipeg, Nicole Chammartin, souligne que les notions de consentement, de respect des femmes et des filles devraient être enseignées dès le plus jeune âge et être obligatoires pour tous les élèves.

Elle mentionne que la province permet actuellement aux parents de soustraire leurs enfants aux cours d'éducation sexuelle.

« Ce dont nous avons besoin, ce sont de bons programmes de santé et de sexualité universels et à jour dans les écoles », dit-elle.

Mme Chammartin note également que la technologie a ouvert la porte à une nouvelle forme d’intimidation qui doit être prise en compte par les décideurs.

Éducation, lois et politiques

Le programme d’éducation sur la santé et sur les questions liées aux agressions sexuelles et au harcèlement sexuel date de 1999 et sa mise en oeuvre a été terminée en 2005, selon un porte-parole d’Éducation Manitoba.

En 2013, des modifications ont été apportées à la loi sur les écoles publiques afin d’y intégrer la cyberintimidation et d’autres formes de harcèlement en matière de sexualité, d’orientation sexuelle, d’identité de genre et d’expression de genre, précise-t-il.

La loi exige aussi que chaque division scolaire ait une politique écrite concernant l’utilisation du téléphone cellulaire et des autres technologies mobiles dans ses écoles.

Un homme vêtu d’une veste noire d’une chemise bleue et d’une cravate.

Le ministre de l’Éducation et de la Formation, Kelvin Goertzen, affirme avoir mis au point un formulaire de rapport normalisé à l’usage des écoles, mais ne leur impose pas de s’en servir.

Photo : Radio-Canada

Dans une note envoyée par courriel, la province dit ne pas envisager de révision du programme d'éducation sexuelle. Le ministre de l'Éducation et de la Formation, Kelvin Goertzen, précise aussi n'avoir aucune intention de « réduire le choix des parents en ce qui concerne cette partie du programme » pédagogique.

Préoccupant, selon les divisions scolaires

Le président de l’Association des divisions scolaires du Manitoba, Alan Campbell, indique pour sa part que les résultats du sondage sont préoccupants et qu'ils montrent la nécessité d'offrir plus de soutien aux élèves.

Notre priorité est de créer un milieu d’apprentissage sûr pour les élèves [et] un environnement d’enseignement sûr , rappelle-t-il.

Bien que le sondage laisse entendre que des infractions sont commises chaque année dans les écoles du Manitoba, le gouvernement ne possède pas de données fiables lui permettant d'en déterminer le nombre précis.

Le ministère de l’Éducation affirme avoir mis au point un formulaire de rapport normalisé à l’usage des écoles, sans toutefois leur imposer de s’en servir.

Le ministère a également confirmé que, même si « on suggère et on s'attend » que les écoles transmettent leurs statistiques à la province, ce n’est pas une obligation.

Alan Campbell se dit tout de même disposé à discuter avec ses membres de l’obligation de faire un rapport à la province.

Manitoba

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