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Droit de réplique : la fois où Simon Gouache a été traumatisé par la critique

Un homme, souriant, tient un micro de scène d'une main et gesticule d'une autre. Il sourit en regardant son public.

L'humoriste Simon Gouache a présenté son nouveau spectacle au public montréalais il y a deux semaines, au MTelus.

Photo : Bastien Carrière

Radio-Canada

CHRONIQUE – On dit qu’au Québec, on aime les antihéros et les antihéroïnes, sauf en humour, où l’arrogance pave souvent la voie au succès. Avec son deuxième spectacle solo, Une belle soirée, Simon Gouache va à contre-courant. Il épate avec le show d’un gars ordinaire, qui prend son temps, tout en retournant habilement le miroir vers nous. L’humoriste accepte de se laisser critiquer lors d’un face à face et ne se gêne pas pour utiliser son droit de réplique, car la critique, il a appris à composer avec elle à la dure.

Un texte de Pascale Lévesque

Assis dans un café littéralement à 16 secondes de chez lui, Simon Gouache est en forme, près de deux semaines après sa rentrée montréalaise au MTelus. Ça faisait longtemps qu’il attendait l’occasion de défendre avec précision ses choix de farces devant une critique. C’est qu’il a une obsession de l’exactitude.

C'est ce qui me titille. Vous donnez votre impression en général, bon ou pas bon, c’est très bien, mais vous distordez parfois les gags ou coupez carrément les punchs en les rapportant et ça change tout le sens. Je me fais souvent la réflexion : “Ce n’est pas ce que j’ai dit!”, s’exclame-t-il, avant de sourire et de s’avouer lui aussi coupable de ce genre de méprise.

Un homme et une femme sont assis dans un petit café, un face à l'autre, et discutent.

Pascale Lévesque, chroniqueuse, en compagnie de l'humoriste Simon Gouache.

Photo : Pascale Lévesque

Recul nécessaire

Ça ne change rien sur le fond, même si le diable est pour lui dans les détails. Je n’avais eu que de bons commentaires pour mon premier one man show. Là, ce n’est pas unanime. Le critique du Journal de Montréal a dit qu’il avait moins ri qu’il pensait. À cause de ça, en lisant ce qu’on avait dit cette fois de mon spectacle, j’ai pensé qu’il n’y avait rien de bon, explique celui qui prend volontairement un temps pour retrouver son équilibre après la consultation des critiques avant de rationaliser le tout et d’en discuter. Les critiques sont pourtant très bonnes dans l’ensemble, tant dans Le Devoir que La Presse ou le Journal de Montréal.

Même moi, qui connais Simon Gouache depuis longtemps et qui arrivais avec une certaine appréhension à cause de son précédent exercice, j’ai adoré son nouveau spectacle. Simon Gouache n’est pas flamboyant, n’en met pas plein la vue, mais son spectacle est tout de même épatant.

Comme l’a écrit Dominic Tardif du Devoir à la suite de sa première, « Gouache est un traditionaliste de l’humour ». J’ajoute un technicien, un tripeux de la genèse, de la construction, de la forme. C’est tout ce qu’il présente ici : un spectacle mesuré, réfléchi, introspectif et, surtout, authentique et précis. 

Le traumatisme

C’est que pour l’humoriste, la critique, c'est un réveil brutal qui le ramène à 2013. Un premier papier avait été dévastateur à propos de ses véritables premiers pas seul sur scène. Sur le coup, j'étais complètement traumatisé, se souvient-il. À ce moment-là, la carrière de Simon avait le vent dans les voiles. Il tirait parti de tout ce que la jeunesse pouvait galvaniser avec impétuosité et insouciance. Diplômé de l'École nationale de l'humour, cuvée 2007, on le présentait alors comme un trésor pas encore découvert, mais que tout le monde allait bientôt vouloir s'arracher.

Il est vrai que le milieu est toujours à la recherche du « prochain Louis-José Houde ». Ça ne pouvait pas mieux tomber. Il venait de signer un contrat avec le Groupe Phaneuf, la même équipe que Louis-José. Un contrat de gérance avec cette agence se pointait même le bout de son nez. Agence, gérance : c'est la différence entre aménager ensemble et se marier. C'est surtout un sceau d'approbation assez éloquent.

C'est aussi ce qui explique pourquoi un média d'envergure s'est intéressé à la proposition du comique au festival Zoofest. Ce soir-là, le critique de La Presse, Éric Clément, était dans la salle et il n'a pas du tout aimé ce qu'il a vu et entendu.

« Le 60 minutes avec Simon Gouache, présenté au Monument-National, s'est avéré le premier show cet été où La Presse a quitté la salle quelques minutes avant la fin. » Le critique parle d'un texte inégal, de caricature et de généralités. D'une anecdote racontée par Gouache, il dira : « Ouep, pas terrible... » 

Je me souviens que le public avait été difficile ce soir-là, mais le lendemain matin, c'était le choc. J'avais 75 textos et messages. “Es-tu OK, Simon? Que s'est-il passé hier?” Je lis. Je suis démoli. C'est la fin, relate-t-il. 

De la pire à « la plus belle histoire de ma vie »

Ouch! Simon me raconte comment cette première critique l'a plongé dans une spirale d'anxiété et de remise en question. De durs jugements, ça fait partie du métier, mais on ne vous apprend pas comment les recevoir à l'École nationale de l'humour.

Attends la suite... Cette histoire devient la plus belle histoire de ma vie, me rassure-t-il.

Deux ans plus tard, Simon Gouache participait au gala de Guy Jodoin au Festival Juste pour rire, et pour la première fois, son père est dans le public. Mon père a longtemps été incapable de me voir sur scène. Ça l'avait affecté ben gros quand j'ai décidé de faire de l'humour mon métier, raconte-t-il.

En bon papa poule, le docteur Alain Gouache était inquiet et c'est concevable. C’est souvent le cas des parents de jeunes humoristes qui pratiquent des métiers plus traditionnels, comme médecin...Il commençait seulement à être à l'aise avec mes choix, mais il était encore nerveux, ajoute-t-il.

Toutefois, le même soir, aussi dans la salle, il y avait encore Éric Clément. Devant le tonnerre d'applaudissements « et un de mes plus gros standing ovation en carrière », selon l'humoriste, papa Gouache était certain que, cette fois, le critique serait conquis, mais il n'en était rien. Simon récite par cœur la phrase crève-cœur écrite dans La Presse : « Simon Gouache a livré le numéro le plus ambigu de la soirée ».

Alain Gouache n'était pas d'accord et a écrit au journaliste pour remettre en question sa bonne foi lors de son analyse. Peu importe qui disait vrai, qui avait la meilleure lecture, ce jour-là, Simon était serein. Ç’a été le plus beau jour de sa vie de jeune adulte. Pourquoi? Parce qu’avec ce courriel, son père venait de lui donner son approbation. C'est le moment où mon père a “switché” dans mon équipe, dit-il. Depuis ce temps-là, c'est mon fan numéro un.

Simon Gouache tout nu

Moi aussi, j’ai changé d’équipe en voyant Une belle soirée. « Ce qui est bien avec Simon Gouache, c’est qu’il ne donne pas l’impression de se créer un personnage », écrit Marissa Groguhé de La Presse, justement. C’est avec cette vérité qu’il a conquis sa salle. Il m’a eue avec cette phrase, lancée en début de spectacle : « Vous avez bien fait de venir, la scène est le seul endroit où je fais bonne impression ». Un gars qui demande à son public s’il fait le bon métier et qui en plus lui dit que peu importe ce qu’on pense de son show ce soir-là, c’est tout ce qu’il sait faire de toute manière? Ça, c’est dévoiler sa vulnérabilité pas à peu près.

Un homme, sur scène, main une main sur sa poitrine.

Simon Gouache

Photo : Bastien Carrière

Comment cette vérité a-t-elle pu s’installer dans un humour qui s’appuie sur le quotidien banal d’un jeune trentenaire? C’est la maturité et beaucoup la manière d'écrire. Mon premier show, c’était le collage du tri de mes meilleurs numéros des 10 dernières années, brodés ensemble avec un fil conducteur. Le deuxième a été conçu rapidement après et, forcément, à partir de zéro. Il a fallu que je creuse beaucoup plus que dans le premier spectacle, explique-t-il.

Choisir quoi dire avant de savoir comment faire rire

Creuser, ça veut dire louer une salle pendant 10 soirs, donner des billets au public complice de ce laboratoire et se lancer avec eux dans une longue conversation d’une heure et demie.

On a pu dégager des thèmes, des pistes, des réflexions et des questions. On a construit le show avec les thèmes avant les gags, qui eux, sont venus en dernier. Même pour la gestuelle; je suis resté assis pendant ces 10 soirs pour éviter que ça devienne une béquille. Le texte placé, les gestes sont arrivés naturellement. C’était important de d’abord trouver ce que je voulais dire, insiste Simon. « Tout nu » devant les gens, sans rien avoir préparé.

Pendant l’exercice, la réflexion sur la place de l’humour dans les arts s’est tout de suite imposée. Sur scène, la question se déploie dans une anecdote de chalet, où Simon se sent imposteur au milieu de camarades artistes de toutes les disciplines. C’est un des numéros forts du spectacle rapporté par à peu près tous les journalistes dans la salle, et qui a même entraîné une discussion à l’émission Esprit critique, animée par Marc Cassivi et Rebecca Makonnen et diffusée à ICI ARTV et ICI Radio-Canada. Je ne sais toujours pas quoi répondre. Je suis heureux que la question vive en dehors de la scène. C’est un peu ça, le but du jeu. Tu pars chez vous avec ce que je t’ai proposé et tu en fais ce que tu veux, dit-il.

Nouvelle perspective

C’est justement dans ses échanges avec le public qu’il dit avoir enfin pris la pleine mesure des répercussions de son travail d’humoriste. On sent cette révélation dans son numéro sur ses troubles anxieux, desquels il témoigne avec candeur. Le premier spectacle, je l’ai écrit avec ma tête. Le deuxième, avec mon cœur, et c’est comme ça que j’ai réalisé que j’avais le goût de parler avec le public.

En fin de conversation, en se confiant à propos son thérapeute, Simon dit à quel point ce dernier l’a amené à changer sa perspective sur ses problèmes de santé mentale. J’obsédais avec le temps, les minutes qui s’écoulaient, pour accomplir chaque tâche. Combien c’était lourd! Il m’a dit : “Ça montre que vous êtes une personne organisée.” Toute la pression est tombée d’un coup, se souvient-il.

Quant à la critique, aussi dure soit-elle, Simon Gouache a appris qu’en changeant simplement de perspective, là aussi, elle peut passer d’une claque en plein visage à un meilleur outil pour réconcilier un papa inquiet avec un métier risqué (ou compliqué). L’équipe Gouache est réunie et c’est un peu grâce à Éric Clément!

En tournée partout au Québec : simongouache.com (Nouvelle fenêtre)

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