•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le logo « Aliments du Québec » crée de la confusion, selon des vignerons

Le logo Aliments du Québec se retrouve actuellement sur 18 vins québécois

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Alexandre Duval

Un groupe de vignerons exige qu'Aliments du Québec cesse d'apposer son logo sur les bouteilles de vin du terroir. Selon eux, ce logo mêle les consommateurs puisqu'il ne garantit ni la qualité ni la traçabilité des produits.

Peu de consommateurs le savent, mais les produits certifiés par Aliments du Québec peuvent contenir jusqu'à 15 % d'ingrédients provenant de l'extérieur de la province.

C'est l'une des raisons pour lesquelles le Conseil des vins d'appellation du Québec (CVAQ) voudrait que seule l'indication géographique protégée (IGP) vin du Québec, en vigueur depuis novembre 2018, soit autorisée dans la province.

Comparable aux autres appellations vinicoles dans le monde, cette IGP force les producteurs à n'utiliser que des raisins du Québec. Les vignerons doivent aussi respecter des normes très strictes depuis la vendange jusqu'à la mise en marché.

C'est ça qu'on veut offrir au consommateur, indique le président du CVAQ, Jean Joly. Vous avez un vin IGP, c'est sûr que c'est un vin qui est non seulement de qualité et sans défaut, mais qui est issu du terroir québécois à 100 %. C'est ça qui est important.

Uniquement pour le millésime 2018, tout près de 140 vins ont obtenu l'IGP vin du Québec, selon le CVAQ.

Le logo IGP vin du Québec sur une bouteille.

L'IGP vin du Québec est en vigueur depuis novembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

« Un chien dans un jeu de quilles »

Malgré cette émergence, quelques producteurs optent encore pour le logo Aliments du Québec. Pas moins de 18 vins québécois différents portent ce sceau sur les tablettes des commerces.

M. Joly ne s'en cache pas : la popularité du logo le rend très attrayant pour les consommateurs. Quand ils vont voir une bouteille de vin avec le logo d'Aliments Québec, ça va les mettre en confiance.

Or, les acheteurs ne sont pas forcément conscients qu'une partie des raisins peut provenir d'ailleurs. De plus, Aliments du Québec n'effectue pas de contrôle de qualité, rappelle M. Joly.

Ce n'est pas un système rigoureux comme nous on l'a. Ça ne donne rien de créer deux processus de certification sur le même produit. C'est pour ça qu'on demande à Aliments Québec de se retirer totalement de ce dossier-là, des vins du Québec.

S'ils continuent à utiliser le même logo sur d'autres produits de vin, il y aura une confusion totale vis-à-vis du public. C'est un peu comme un chien dans un jeu de quilles.

Jean Joly, président du Conseil des vins d'appellation du Québec
Jean Joly, président du Conseil des vins d'appellation du Québec et propriétaire du Vignoble du marathonien.

Jean Joly, président du Conseil des vins d'appellation du Québec et propriétaire du Vignoble du marathonien

Photo : Radio-Canada

À titre comparatif, l'Ontario ne permet pas à l'organisme Terre nourricière (l'équivalent d'Aliments du Québec) d'afficher sur les boissons alcoolisées.

Là pour rester

Aliments du Québec a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada. Par écrit, la directrice générale, Marie Beaudry, affirme que le conseil d'administration a déjà tranché pour rester sur le marché du vin, aux côtés de l'IGP. Les deux marques peuvent très bien vivre chacune de leur côté, sans se nuire.

Les règles du jeu vont toutefois changer légèrement en 2022. La loi ne permettra plus aux vignerons artisans de produire des vins avec un maximum de 15 % des raisins ayant poussé à l'extérieur du Québec.

Pour le millésime 2022, nous allons nous arrimer avec la nouvelle loi, écrit Mme Beaudry. Aliments du Québec apposera dès lors son logo uniquement sur les vins issus de raisins 100 % québécois.

D'ici là, Mme Beaudry manifeste son intérêt à travailler conjointement avec le CVAQ pour faire la promotion des deux marques. Selon elle, l'IGP vin du Québec offre une plus-value indéniable pour valoriser les produits vinicoles québécois.

Il serait fort intéressant de trouver une façon de faire bénéficier les vignerons sous IGP de la force de la prochaine phase de notre campagne nationale qui regroupe l'ensemble des produits bioalimentaires québécois.

Marie Beaury, directrice générale d'Aliments du Québec

Intervention du gouvernement demandée

Louis Denault, copropriétaire du Vignoble Sainte-Pétronille, sur l'île d'Orléans, fait partie des producteurs qui ont opté pour l'IGP. Selon lui, Aliments du Québec est une coquille un peu vide, car le processus pour obtenir le logo est relativement simple.

Les producteurs doivent adhérer à l'organisme, payer des frais annuels qui oscillent entre 175 $ et 1750 $ selon leur taille, puis remplir un formulaire en ligne qui décrit la recette de leur produit ainsi que les fournisseurs de leurs ingrédients principaux.

M. Denault est donc d'avis que le gouvernement du Québec doit intervenir dans le dossier et se plier à la demande du CVAQ.

J'imagine qu'il va être assez brillant pour, un moment donné, faire la part des choses et dire : "Bon, l'IGP, c'est une appellation, c'est pas mal plus fort qu'Aliments du Québec, donc on va retirer les cartes d'Aliments du Québec sur les vins du Québec."

Louis Denault, copropriétaire du Vignoble Sainte-Pétronille
Louis Denault, copropriétaire du Vignoble Sainte-Pétronille.

Louis Denault, copropriétaire du Vignoble Sainte-Pétronille

Photo : Radio-Canada

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, André Lamontagne, a décliné notre demande d'entrevue.

Par courriel, son attachée de presse, Laurence Voyzelle, a cependant confirmé que des discussions avaient eu lieu avec l'industrie vinicole à ce sujet.

Vous pouvez être assuré que nous sommes au courant de la situation et nous suivons le dossier de près [...] Nous demandons aux différents acteurs de travailler ensemble afin d'assurer que l'industrie agroalimentaire québécoise puisse se distinguer encore davantage, a-t-elle ajouté.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Alimentation