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Que savent les écoles sur la violence entre élèves? La réponse varie selon la province

Deux garçons qui se battent dans la cour d'école.

Deux garçons qui se battent dans la cour d'école.

Photo : iStock

Natasha MacDonald-Dupuis

À l’exception de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, du Nunavut et du Yukon, les provinces et territoires n'obligent pas les écoles à leur rapporter le nombre d’incidents violents qui surviennent entre élèves, révèle une enquête de CBC/Radio-Canada.

La moitié des provinces et territoires n’ont par ailleurs pas de définition claire de ce qui constitue de la violence en milieu scolaire et n'obligent pas les écoles à rapporter les comportements violents.

C’est décourageant. Ça m’étonne peu, par contre, lance Debra Pepler, professeure émérite de recherche à l'Université York. À l’international, le Canada se classe très mal en termes d'intimidation et de victimisation entre les enfants.

Même dans les provinces où la compilation est obligatoire, beaucoup d’incidents ne sont jamais signalés.

Selon un sondage national commandé par CBC, près de la moitié des élèves qui disent avoir été victimes de violence et d’intimidation au secondaire ont aussi dit ne jamais l’avoir rapporté. À l’élémentaire, c’est plus du tiers.

L’exemple d’Emma

Emma Sibley, 9 ans, a été victime d’intimidation à l’école élémentaire Charles-Sauriol de Toronto pendant des mois avant que ses parents ne s’en rendent compte.

Une mère et son enfant dans une cuisine

Céline Sibley et sa fille Emma dans leur domicile de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Julia Kozak

On s’est rendu compte qu’elle ne jouait qu’avec des élèves de maternelle alors qu’elle était en 2e année

Céline Sibley, mère d’Emma

Le personnel de l’école n’a pas contacté ses parents, selon sa mère, bien qu’elle était régulièrement isolée dans la cour d’école et victime d’injures. La fillette n'en a parlé à personne, parce qu’elle était timide et avait peur.

Quand ses parents s’en sont rendu compte, la réponse de l’école a été extrêmement froide. Si vous vous plaignez trop, c’est que votre enfant est trop sensible, parce que ça arrive aux autres, mais les autres gèrent. Donc au bout du compte, c’est un peu la faute de votre enfant, dit sa mère.

Une fillette fait ses devoirs

Emma a été victime d'intimidation parce qu'elle a un problème d'apprentissage.

Photo : Radio-Canada / Julia Kozak

Radio-Canada a obtenu des courriels envoyés à Céline Sibley dans lesquels la directrice de l’école se dit désolée d'apprendre ce qui se passe et ajoute qu’Emma doit absolument développer sa confiance en elle et en parler.

Par courriel, le conseil scolaire Viamonde a réagi en disant dit qu’il ne peut discuter d’un cas spécifique d’élève, tout en précisant qu’il respecte toutes les normes et politiques du ministère de l’Éducation, dont celles en matière de sécurité à l’école.

S’inspirer du Québec

Pour éviter les situations comme celles qu'a vécues Emma, les provinces devraient étudier la violence et l’intimidation à l’école au moyen de questionnaires anonymes, croit le professeur Ron Avi Astor de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), qui a publié plus de 200 études sur la violence en milieu scolaire et les meilleures méthodes pour la rapporter.

Le système canadien actuel s’apparente à un fromage suisse. Il est plein de trous et de lacunes et c’est une recette parfaite pour que la situation ne s’améliore pas

Le professeur Ron Avi Astor de UCLA

Ce qu’on a observé dans les 20 à 30 dernières années de recherche sur le sujet, c’est que les administrations sont très protectrices de la réputation de leurs écoles. Donc oui, on veut que la direction rapporte les incidents violents, mais c’est lorsqu’on recueille les divulgations anonymes des élèves qu’on arrive à un portrait honnête.

Le Québec est d’ailleurs la seule province à avoir mis sur pied un tel système. Depuis 2013, un groupe de chercheurs indépendants est mandaté par le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur pour étudier le phénomène au fil des ans et aider à le prévenir.

Des questionnaires anonymes volontaires sont distribués tous les deux ans à des milliers d’élèves et membres du personnel, puis des recommandations basées sur ces données sont formulées.

Une jeune fille tient un téléphone.

Les jeunes sont très exposés à la cyberintimidation.

Photo : iStock / DGLimages

Dans son dernier rapport, par exemple, le groupe a noté que de plus en plus d’élèves du primaire ont rapporté avoir été visés par des insultes et des menaces reçues par texto. Les experts ont donc recommandé que les jeunes soient éduqués plus tôt à une saine utilisation des technologies.

Quand le processus est anonyme, on évite d’embarrasser les élèves en les obligeant à dénoncer leurs pairs, explique le professeur Astor.

Dans ses recherches, Ron Avi Astor a découvert que les types d’incidents violents varient énormément d’une école à l’autre, même lorsqu’elles se trouvent dans la même communauté .

C’est vrai, même dans les communautés aux données démographiques similaires, au niveau de la race ou du statut économique. Une école pourrait avoir un problème de violence faite aux filles, celle d’à côté, un problème de violence armée.

C’est pourquoi, dit-il, il est important de recueillir des données spécifiques à chaque école afin d'offrir des solutions ciblées .

Les adultes doivent agir

Pour la professeure Debra Pepler, il faut aussi un changement de culture au niveau des écoles.

Ce que j’observe, c’est que souvent les enseignants voient ou entendent de l’intimidation et poursuivent simplement leur chemin. Ce que ça dit aux enfants, c’est que ces comportements sont acceptables. Les adultes doivent agir et dénoncer ces situations non sécuritaires.

Une femme d'un certain âge assise devant des étagères.

Debra Pepler, psychologue et professeure émérite de recherche à l'Université York.

Photo : CBC

Céline Sibley croit d’ailleurs que la situation d’Emma a été ignorée par le personnel de l’école. On n'hésitait pas à me contacter pour me dire que ma fille parlait anglais dans la cour de récré, par contre. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qu’on voit et qu’on laisse passer.

En fin de compte, le problème n’a pas été réglé. Céline Sibley dit ne pas avoir eu d’autre choix que de changer sa fille d’école et de l’inscrire dans des programmes de soutien et des thérapies pour rebâtir son estime de soi.

Avec les informations de Valérie Ouellet

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