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Une entreprise condamnée pour avoir exploité des travailleurs étrangers à Victoriaville

Sept travailleurs arrachent des mauvaises herbes dans un champ.

Des travailleurs guatémaltèques dans un champ de fraises.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Rioux

Radio-Canada

Une agence de placement de Victoriaville, au Centre-du-Québec, est condamnée à payer plus de 300 000 $ en dommages à des travailleurs agricoles guatémaltèques qu'elle a horriblement exploités, menacés et harcelés psychologiquement, a tranché le Tribunal administratif du travail.

Les 11 hommes étaient venus au Québec dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires afin de travailler dans le secteur de l'agroalimentaire.

Selon les conditions inscrites à leur permis de travail, ils avaient le droit de travailler uniquement pour l'employeur qui y était désigné.

Mais après leur arrivée, ils ont été sollicités par une agence de placement de salariés, appelée Entreprise de placement Les Progrès inc. Le propriétaire de celle-ci leur a fait miroiter de meilleures conditions de travail, un salaire plus élevé et, surtout, que ce changement d'employeur était légal.

Certains des travailleurs agricoles ne parlent qu'espagnol, et certains ne savent ni lire ni écrire et se trouvent dans une situation vulnérable dans un pays qui ne leur est pas familier, rapporte dans sa décision la juge administrative France Giroux.

Dans leur poursuite, les hommes ont allégué avoir subi du harcèlement psychologique pendant toute la durée de leur emploi, au cours de laquelle ils étaient logés par l'employeur, certains dans un logement surpeuplé et mal chauffé. Ils se sont plaints de promesses mensongères et d'agissements illégaux, des heures de travail abusives et non payées, des quarts de travail parfois de 24 heures, de surveillance excessive et d'intrusion dans leur vie privée, ainsi que d'insultes à répétition et de menaces visant aussi leur famille.

On parle de traite humaine. Il y a une situation d'isolation, de travail abusif, de surveillance et de surexploitation, parce qu'ils devaient parfois travailler plus de 90 heures par semaines où ils ne recevaient pratiquement pas d'argent de leur salaire, déplore Viviana Medina, responsable du Centre des travailleurs immigrants du Centre-du-Québec.

L'employeur nie tout et soutient avoir lui-même été induit en erreur par un conseiller en immigration quant à la légalité des démarches faites au nom des travailleurs.

La juge n'accorde aucune foi à son témoignage.

Le Tribunal conclut que les plaignants ont été victimes de harcèlement psychologique sur une période variant entre 6 semaines et 18 mois, selon les cas. Ces conduites ont porté atteinte à leur dignité, à leur intégrité psychologique et entraîné un milieu de travail néfaste. L'employeur à l'origine du harcèlement n'a pas pris les moyens raisonnables pour le prévenir ni pour le faire cesser, contrairement à ce que lui impose la Loi, est-il écrit dans la décision.

Chacun des travailleurs s'est vu accorder 5000 $ en dommages punitifs par la juge, ainsi que des sommes allant de 20 000 $ à 30 000 $ pour des dommages moraux, selon leur situation.

Je pense que c'est un appel à tout le monde, non seulement aux agences de placement qui pourraient écraser les droits des travailleurs et travailleuses, mais aussi à leurs clients, qui devront faire plus attention, estime Viviana Medina.

Les travailleurs ne verront peut-être jamais la couleur de cet argent : pendant l'audition devant le tribunal, l'employeur a fait cession de ses biens.

Avec les informations de La Presse canadienne

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