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Des républicains font intrusion pour interrompre un témoignage à huis clos

Le reportage de Sylvain Desjardins

Photo : Reuters / Carlos Jasso

Sophie-Hélène Lebeuf

Au moins une vingtaine de représentants républicains se sont imposés, mercredi, dans la salle sécurisée où trois comités de la Chambre des représentants mènent depuis quelques semaines l'enquête liée à l'affaire ukrainienne, retardant le témoignage à l'ordre du jour.

Le témoignage de la responsable du Pentagone chargée du dossier russe et ukrainien, Laura Cooper, n'a pu commencer que vers 15 h 30, avec plus de cinq heures de retard.

Avant de pénétrer dans la salle, violant ainsi les règles du Congrès, les élus menés par le représentant de la Floride Matt Gaetz ont scandé à plusieurs reprises : Laissez-nous entrer! et ont injurié les démocrates. Ils ont ensuite refusé de quitter les lieux pendant plusieurs heures.

Nombre de ces républicains commentaient en direct sur Twitter leur mouvement de protestation, se targuant par exemple d'être dans la pièce secrète du président du comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, à la tête de l'enquête.

Pour des raisons de sécurité, l'utilisation de cellulaires est pourtant interdite dans cette salle consacrée à des discussions sur des informations hautement sensibles ou classifiées.

Ces représentants républicains pro-Trump, qui ne font pas partie des trois comités responsables de l'enquête – ceux chargés du renseignement, des affaires étrangères et de la surveillance gouvernementale –, ont accusé les démocrates de manquer de transparence et de vouloir annuler le résultat de l'élection présidentielle de 2016.

C'est un processus à la soviétique. Ça ne devrait pas être autorisé dans les États-Unis d'Amérique. Chaque membre du Congrès devrait avoir le droit [d'être] dans cette pièce.

Steve Scalise, représentant républicain de la Louisiane

Le coup d'éclat des républicains de l'aile conservatrice du parti est survenu au lendemain du témoignage explosif du chargé d'affaires américain en Ukraine, Bill Taylor, qui a fait état d'efforts importants de responsables de l'administration Trump pour obtenir de l'Ukraine des enquêtes qui bénéficieraient au président américain.

Les protestataires républicains, dont certains avaient participé à une rencontre avec le président mardi, avaient obtenu son aval, selon le site d'information Bloomberg.

Mardi, lors d'une réunion de son cabinet, Donald Trump a critiqué l'opposition qu'il juge trop timide des républicains à l'enquête, estimant qu'ils devraient se montrer plus durs et se battre.

Digne d'un cirque, selon les démocrates

Les démocrates ont blâmé la démarche pathétique et s'apparentant à un cirque de leurs adversaires.

C'est un effort qui vise à ralentir notre quête pour obtenir la vérité et recueillir des preuves. Les républicains, vous savez, jouent pour un public composé d'une seule personne. Le président est fier d'eux, mais nous allons continuer à mener à bien notre travail.

David Cicilline, représentant démocrate du Rhode Island

Les démocrates ont en outre indiqué que les transcriptions de l'ensemble des témoignages seraient rendues publiques, à l'exception d'informations jugées classifiées, et qu'il y aurait, après cette étape initiale de l'enquête, des audiences publiques.

Par ailleurs, rien n'a filtré du témoignage de Mme Cooper. Selon le représentant démocrate Harley Rouda, elle n'a pas prononcé de déclaration d'ouverture, contrairement aux témoins précédents.

Portant des lunettes, Laura Cooper, marchant au Capitole, regarde vers le bas.

Arrivée au Capitole mercredi matin, Laura Cooper n'a pu témoigner qu'en après-midi.

Photo : Reuters / Carlos Jasso

D'après le Washington Post, son témoignage devrait jeter un éclairage sur les discussions, au sein du département de la Défense, concernant l'attribution d'une aide militaire sécuritaire de 391 millions à l'Ukraine, que le président Trump a gelée pendant plusieurs semaines.

Mme Cooper devait aussi discuter du rapport du Pentagone sur la pertinence et l'efficacité de cette aide sécuritaire, rédigé après le gel de l'aide. La Maison-Blanche a débloqué les fonds le mois dernier sous la pression des deux partis.

Trump sert un avertissement aux républicains

Les républicains anti-Trump, bien que sous respirateurs artificiels et peu nombreux, sont à certains égards pires et plus dangereux pour notre pays que les démocrates qui ne foutent rien. Méfiez-vous d'eux, ce sont des ordures!, a-t-il tonné sur Twitter mercredi dans une salve d'attaques.

Il a aussi semblé cibler de façon voilée un des hommes forts de son administration, le secrétaire d'État, Mike Pompeo, qui a nommé Bill Taylor à la tête de la délégation diplomatique américaine en Ukraine. Qualifiant le diplomate d'anti-Trump, il a exhorté les membres de son administration à cesser d'embaucher des anti-Trump.

Les démocrates ont lancé leur enquête sur le président dans la foulée de la plainte d'un lanceur d'alerte qui a sonné l'alarme sur un entretien téléphonique entre le président Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, survenu le 25 juillet dernier. Ils accusent le président d'avoir sollicité l'ingérence d'un pays étranger dans les élections américaines de 2020.

Comme l'a confirmé un compte rendu de l'appel rendu public par la Maison-Blanche, M. Trump a demandé au nouveau président ukrainien de se pencher sur les origines de l'enquête au sujet de l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016. Il lui a également demandé d'enquêter sur l'ex-vice-président et candidat à l’investiture démocrate Joe Biden.

L'appel a été fait par le président Trump quelques jours après le gel de l'aide militaire approuvée par le Congrès.

Le département d'État sommé de remettre des documents

Très gros plan de Mike Pompeo, qui regarde vers la gauche

Mike Pompeo a été témoin de la conversation survenue le 25 juillet entre le président Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Invoquant l'intérêt public, une cour fédérale vient par ailleurs d'ordonner au département d’État de commencer à remettre des documents liés à l’Ukraine d’ici 30 jours.

La requête à l'origine de cette décision du tribunal avait été déposée par American Oversight, une organisation non partisane qui se consacre à la défense de l'éthique gouvernementale, en vertu de la loi d'accès à l'information.

Le groupe a notamment réclamé les échanges entre le secrétaire Pompeo et l'avocat personnel du président, Rudy Giuliani, qui mène depuis des mois auprès de responsables ukrainiens une croisade pour nuire aux démocrates.

Selon les témoignages de diplomates et de responsables gouvernementaux se succédant depuis quelques semaines devant les comités de la Chambre des représentants, M. Giuliani s'est imposé comme joueur central d'un canal diplomatique parallèle à la mission diplomatique officielle en Ukraine, même s'il ne fait pas partie de l'appareil gouvernemental.

American Oversight désire également obtenir les documents liés au rappel de l'ex-ambassadrice des États-Unis en Ukraine, Marie Yovanovitch, rappelée sans explications à Washington avant la fin de son mandat.

Selon le témoignage de Mme Yovanovitch devant les comités de la Chambre, le président a fait pression pour obtenir son départ, une affirmation qui concorde avec les reportages de plusieurs médias.

L'organisme a dit considérer ce jugement comme une fissure dans la muraille de l'administration qui, il y a deux semaines, a fermé la porte à toute collaboration à l'enquête. La cour a encouragé les deux parties à coopérer pour déterminer quels documents peuvent être divulgués, parce qu'ils ne sont pas classifiés.

Le département d'État figure aussi parmi les entités gouvernementales auxquelles les leaders démocrates chargés de l'enquête ont ordonné de produire des documents liés au dossier ukrainien. Plus tôt dans la journée, ils ont d'ailleurs renouvelé leur requête auprès du département d'État, qui refuse de respecter l'injonction.

Avec les informations de Washington Post, et Associated Press

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