•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Entre toilettes, bélugas et suspense : le coeur des jeunes lecteurs balancera... ou pas

Les quatre romans sont placés dans une bibliothèque en bois, dans un décor de salon incluant un cactus en pot, à droite, et un sofa jaune, à gauche.

Andrée Poulin, Mathieu Fortin et Paul Roux signent des nouveautés s'adressant à un lectorat préadolescent et adolescent.

Photo : Radio-Canada

Valérie Lessard

Avec Enterrer la lune, l'un de ses plus récents romans pour ados, l'auteure jeunesse gatinoise Andrée Poulin voulait souligner à sa façon la Journée mondiale des toilettes, le 19 novembre.

D'un doublé d'Andrée Poulin à une nouvelle collection de romans d'énigmes et d'aventures, les préadolescents et les ados ont droit à des titres pouvant - ou pas! - satisfaire leurs envies de dépaysement ou de frissons.


De toilettes et de bélugas

Les deux livres sont debout sur un comptoir, près d'un évier, dans une toilette publique. On aperçoit, dans un miroir, le reflet d'une toilette.

Deux causes sont en tout ou en partie au coeur des nouveaux titres d'Andrée Poulin : l'accès aux toilettes et la survie des bélugas.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Enterrer la lune : faire la lumière sur l'importance des toilettes

La prolifique auteure gatinoise s'intéresse, dans ce titre, à une réalité concrète : le manque d'accès aux toilettes, dont souffrent 4,2 milliards de personnes à travers le monde, mentionne-t-elle en citant les données de l'Organisation mondiale de la santé et de l'UNICEF.

C'est le cas de son héroïne, Latika. Cette dernière doit notamment attendre la nuit pour aller faire... vous-savez-quoi dans ce qu'elle appelle le champ de la honte, avec les autres femmes et les enfants de son village. La jeune fille craint également de devoir quitter l'école, à l'instar de sa soeur aînée, quand surviendront ses menstruations.

Et si, en apprenant qu'un ingénieur, c'est quelqu'un qui construit des choses utiles, Latika décidait de trouver une solution au problème de sa petite communauté? Et si elle pouvait ainsi rêver à un avenir meilleur?

L'idée d'avoir recours à la poésie pour traiter du sujet compte pour beaucoup dans la délicatesse avec laquelle Andrée Poulin lève le voile sur un enjeu dont peu de jeunes d'ici ont pleinement conscience.

De façon plus que louable, l'auteure prend aussi le parti de mettre de l'avant l'impact particulier et sérieux pour Latika et les femmes du village de ne pas avoir accès à une toilette, ni à l'eau courante. Cela ne nous empêche pas de nous questionner, en cours de lecture : les hommes ont-ils leur propre champ de la honte ou partagent-ils celui des femmes, mais ne s'y rendent jamais en même temps? Cet aspect est étonnamment occulté, comme si les garçons sans soucis que Latika envie tant n'avaient pas eux aussi à faire plus que pipi...

Cela dit, les illustrations de Sonali Zohra, originaire de Bangalore, en Inde, ajoutent indéniablement à l'oeuvre un esthétisme fort bellement enraciné dans les paysages, les vêtements, les coiffures les couleurs et les détails (les décorations des camions, par exemple) de son pays natal.

J’avais tout prévu sauf les bélugas : faire la paix avec sa mère

Après avoir tenté d’attirer l’attention de sa mère en concoctant La plus grosse poutine du monde, Thomas cherche encore à renouer avec celle qui l’a abandonné, 10 ans plus tôt, dans J’avais tout prévu sauf les bélugas.

Or, son obstination enragée à vouloir l’obliger à le revoir est en train de l’isoler. Non seulement sa mère ne lui répond toujours pas, mais son père, désemparé par rapport à la colère de l'adolescent, semble s’enliser dans le sofa.

Pendant ce temps, son meilleur ami, Sam, tourne et met en ligne des « singeries » de son cru dans l’espoir que ses vidéos deviennent virales sur les réseaux sociaux. Et Élie, dont Thomas croyait s’être rapproché, prend elle aussi ses distances, préférant se vouer à la cause des bélugas. Bélugas que la mère de Thomas défend également - et sur lesquels les lecteurs en apprendront autant qu’Élie, Sam et Thomas au fil des pages.

Même si on a parfois l’impression que son personnage principal tourne en rond dans ses questionnements par rapport à sa mère, Andrée Poulin réussit malgré tout à trouver un équilibre entre humour, informations et émotions. Le plaisir de lire J'avais tout prévu sauf les bélugas passe notamment par le recours à des illustrations témoignant d’un ancrage dans la réalité des jeunes d’aujourd’hui (reproductions de pages Facebook, d’échanges de textos, de unes de journal, etc.) et des dialogues qui sonnent « vrais ».

S’il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable La plus grosse poutine du monde (prix TD de littérature canadienne pour l'enfance et la jeunesse, 2014), il n’en demeure pas moins que cela permet de mieux apprécier ce deuxième titre mettant en vedette Thomas et son entourage.


D'énigmes et de (més)aventures

Les deux livres sont déposés sur le clavier d'un ordinateur portable ouvert.

La nouvelle collection Sphinx n'arrive pas à convaincre totalement que l'utilisation du « tu » pour s'adresser au lecteur rend l'expérience plus engageante.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Mathieu Fortin et Paul Roux signent les premiers titres d'une nouvelle collection empruntant tantôt à l'esprit des populaires salles d'évasion (par le recours à des énigmes pour avancer dans la lecture), tantôt à celui des romans dont vous êtes le héros, qui ont déjà été fort à la mode (notamment en ayant recours au « tu » - de façon parfois forcée - pour interpeller le lecteur).

L'idée de déconstruire l'ordre des chapitres donne d'entrée de jeu un aspect ludique à l'ensemble. Ainsi, à chaque fin de chapitre, des anagrammes et énigmes à décoder, ou encore un indice à relever dans les pages tout juste parcourues, permettent de trouver dans la table des matières le chapitre suivant. Et quiconque perdrait le fil en cours de route pourra se rabattre sur une carte à consulter en cas de doute, à la fin du roman.

Les résultats ne s'avèrent pas nécessairement probants.

Énigme fatale de Mathieu Fortin : rythmé, mais prévisible

Mathieu Fortin colle de manière plus directe au concept des salles d'évasion. Après avoir été kidnappé, son héros se réveille dans une pièce d'où il devra trouver moyen de se sauver, top chrono, s'il ne veut pas se retrouver face à face avec son troublant ravisseur. Or, il n'est pas le seul prisonnier de l'endroit et il devra compter non seulement sur ses propres débrouillardises et son sens de l'observation, mais aussi sur l'aide des autres captifs pour s'évader à temps.

L'épilogue de cette Énigme fatale s'avère malheureusement télégraphié dès les premières pages du roman. Entre les deux, Mathieu Fortin mène malgré tout l'action tambour battant, ou du moins avec juste assez d'efficacité et de rythme pour maintenir l'intérêt jusqu'à une fin manquant vraiment d'originalité.

Piège infernal de Paul Roux : plus violent et moins crédible

Recevant des textos et courriels de plus en plus menaçants de la part d'un inconnu, l'adolescent au coeur de Piège infernal accepte de se taire et finit par se retrouver pris dans un engrenage mettant de plus en plus sérieusement sa vie en danger. Parce que le tout escalade drôlement vite, de l'extorsion d'ordinateur jusqu'à la mort d'un des protagonistes de l'histoire.

Paul Roux pousse ici l'intimidation et la notion de vengeance à des extrêmes m'ayant laissée pour le moins sceptique quant à la crédibilité de l'ensemble. Il y a des relents du film Le pacte du silence (I Know What You Did Last Summer) dans cette histoire nettement plus sombre et plus violente. Le roman souffre également de dialogues par moments bien trop empruntés pour rendre compte de - et faire croire à - l'état de panique des personnages et l'urgence de certaines scènes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Livres