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Les libéraux ne formeront aucune coalition, tranche Trudeau

Justin Trudeau a donné une idée de la manière dont il entend gouverner après le résultat électoral de lundi.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

François Messier

« Il n'est pas dans nos plans de former une quelconque coalition, officielle ou officieuse » pour diriger le Canada, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, mercredi, au surlendemain de sa victoire électorale en demi-teinte.

Il a ainsi enterré sans détour la perspective d'une coalition libérale-néo-démocrate, brandie comme un épouvantail par le chef conservateur Andrew Scheer lors de la dernière semaine de la campagne électorale.

Répondant aux questions des journalistes à la Tribune de la presse parlementaire, M. Trudeau a plutôt indiqué qu'il entendait s'asseoir avec les chefs des autres partis au cours des prochaines semaines pour discuter des moyens de faire fonctionner le Parlement.

Avec 157 sièges sur 338 à la Chambre des communes, le premier ministre se retrouve à la tête d’un gouvernement minoritaire, ce qui le forcera à négocier des terrains d’entente avec l’un ou l’autre des partis d’opposition pour conserver la confiance du Parlement.

Il n'a d'ailleurs pas exclu de collaborer avec le Bloc québécois au besoin, en soulignant que les fédéralistes, les nationalistes et les souverainistes peuvent être d'accord sur certains enjeux.

Je pense que le message que les Canadiens ont envoyé lundi soir m’a donné beaucoup de matière à réflexion et je m’engage à réfléchir de façon attentive et de façon profonde, en consultant beaucoup de gens sur la meilleure façon de procéder.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Je pense que c’est important de reconnaître que les Canadiens nous demandent de mieux travailler ensemble en tant que parlementaires, et je m’engage à faire ça, a ajouté M. Trudeau.

M. Trudeau n'a pas indiqué à quel moment il comptait rappeler le Parlement pour une nouvelle session. Il s'est contenté de dire que son nouveau Cabinet, qui sera paritaire, serait nommé et assermenté le 20 novembre.

Trudeau et Legault n'ont pas compris le même message

La conférence de presse du premier ministre a par ailleurs permis de constater qu'il n'a pas décodé de la même manière que le premier ministre du Québec François Legault le message envoyé par les électeurs.

M. Legault a déclaré mardi que le vote nationaliste au Québec avait permis la résurgence du Bloc québécois d'Yves-François Blanchet et que M. Trudeau devait comprendre qu'il n'avait pas la légitimé requise pour contester la loi sur la laïcité de l'État.

Je ne vais pas fermer la porte à une éventuelle intervention, parce qu'un gouvernement fédéral ne doit jamais fermer la porte à pouvoir défendre les droits fondamentaux, a réitéré M. Trudeau. J'ai été très clair sur ce point-là avec les Québécois et les Canadiens.

Ajoutant qu'il ne s'agissait là que d'un enjeu parmi d'autres, le premier ministre a rapidement ajouté : J'ai été moi-même avec 500 000 gens dans les rues de ma ville, à Montréal, qui disaient que la priorité, c'est d'avoir un gouvernement qui va lutter contre les changements climatiques.

M. Trudeau n'en a pas moins assuré qu'il entendait travailler avec François Legault sur des enjeux comme l'immigration, les infrastructures, les transports collectifs et le logement.

Oui, il y a des enjeux sur lesquels on n'est pas tout à fait alignés, mais je me suis toujours engagé à travailler avec le gouvernement du Québec pour essayer de répondre de la bonne façon aux préoccupations des Québécois.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Outre l'environnement, M. Trudeau a précisé que sa priorité absolue sera de baisser les impôts, comme il s'y est engagé pendant la campagne, et de rendre la vie plus abordable pour les Canadiens, mais sans donner plus de détails.

Il a aussi rappelé que son gouvernement devra revoir les critères entourant l'aide médicale à mourir et poursuivre la réconciliation avec les Premières Nations. Il n'a cependant pas mentionné un meilleur contrôle des armes à feu, comme il l'avait fait lors de son discours de victoire, lundi soir.

Quelle représentation pour l'Alberta et la Saskatchewan?

Le premier ministre est demeuré flou quant à la façon dont il entend répondre aux aspirations des Albertains et des Saskatchewanais, qui ont évincé le Parti libéral de la carte électorale dans leur province, laissant l'impression d’un pays plus divisé que jamais.

Un Cabinet fédéral comprend habituellement des représentants de toutes les provinces, mais la situation actuelle ne permettra pas d'y parvenir.

D'autres premiers ministres ont déjà nommé des sénateurs au gouvernement, par exemple, mais M. Trudeau tient à ce que les sénateurs qu'il nomme soient non partisans.

C’est une chose à laquelle il va falloir réfléchir dans les prochains jours, s'est contenté de dire le premier ministre à ce sujet. Tout gouvernement doit s’assurer qu’il entend [des points de vue] de partout au pays.

Il a cependant assuré qu'il voulait gouverner pour tous les Canadiens et qu'il allait continuer de consulter les premiers ministres de l'Alberta et de la Saskatchewan, Jason Kenney et Scott Moe. Les deux hommes ont exigé mardi que M. Trudeau soit attentif à leurs griefs.

Je m'attends à ce que les premiers ministres Kenney et Moe et tous les premiers ministres provinciaux défendent les intérêts de leurs citoyens. C'est leur travail.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau a aussi réitéré qu'il compte toujours aller de l'avant avec l'expansion du pipeline Trans Mountain, afin que le pétrole de l'Ouest puisse être vendu dans d'autres marchés que les États-Unis, qui peuvent présentement se le procurer au rabais.

Il n'a pas manqué de faire valoir que les profits qui doivent être engrangés lors de la vente du pipeline doivent être réinvestis dans des mesures de lutte contre les changements climatiques.

Le premier ministre a également indiqué qu'il avait eu une conversation téléphonique très cordiale avec le premier ministre conservateur de l'Ontario, Doug Ford, et qu'il allait travailler avec lui sur des priorités communes, comme les infrastructures ou le transport collectif.

Au cours de la campagne, M. Trudeau a utilisé le nom de Doug Ford comme un repoussoir pour tous les électeurs tentés de voter pour les conservateurs d'Andrew Scheer, en rappelant constamment les compressions qu'il a mises en oeuvre depuis son arrivée au pouvoir.

M. Trudeau n'a pas expliqué pourquoi il avait attendu si longtemps pour répondre aux questions des journalistes après la soirée électorale.

Habituellement, les leaders des partis fédéraux s’adressent à la presse le lendemain des élections, comme l’ont fait mardi le conservateur Andrew Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh et le bloquiste Yves-François Blanchet.

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