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Le bar rayé pourrait bientôt perdre son statut « en voie de disparition »

Des bars rayés

Le bar rayé du Saint-Laurent avait complètement disparu du fleuve dans les années 60 en raison de la surpêche et de la destruction de son habitat.

Photo : iStock

David Rémillard

Le bar rayé du Saint-Laurent pourrait bientôt perdre son statut d'espèce « en voie de disparition ». Une réévaluation de son classement aura lieu en novembre, soit trois ans plus tôt que prévu. Une révision anticipée que souhaitait notamment le gouvernement du Québec.

Le bar rayé du Saint-Laurent figure parmi les 23 espèces sauvages que devra évaluer le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), lors d'une semaine de travail qui se tiendra le mois prochain.

La dernière révision pour cette population de bar rayé, à ne pas confondre avec celle du golfe, datait de novembre 2012. Elle avait permis d'établir que le bar rayé du Saint-Laurent, auparavant coté comme « espèce disparue au pays », était maintenant « en voie de disparition » grâce à des efforts de réintroduction lancés en 2002.

Le COSEPAC révise normalement le statut d'une espèce tous les dix ans. Mais il arrive, à la demande, qu'une révision soit réalisée plus tôt.

Nous réévaluons le statut d'une espèce plus tôt que la période habituelle de dix ans si nous prenons connaissance d'informations convaincantes indiquant que le statut a probablement changé, explique John Reynolds, président du COSEPAC.

Ensemencements suspendus

Radio-Canada a appris qu'au moins deux demandes de révision anticipée ont été acheminées au COSEPAC au cours de la dernière année.

L'une d'elles a été envoyée en juin par le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Dans une lettre signée par la sous-ministre Line Drouin, on apprend que le Ministère avait l'intention de suspendre son programme d'ensemencements de bars rayés en 2019 et 2020. Une mesure prise afin d'éviter de surcharger l'habitat, note-t-on dans la lettre.

Les premiers ensemencements de bars rayés ont été réalisés en 2002. Les spécimens provenaient de la population de la rivière Miramichi (golfe).

Les indices disponibles indiquent que la capacité de support pourrait déjà être atteinte dans l'habitat optimal des jeunes de l'année au fleuve Saint-Laurent.

Extrait de la lettre de la sous-ministre Line Drouin

En d'autres mots, le renouvellement du bar rayé serait désormais assuré par la reproduction naturelle. Une situation que confirme le Ministère. La fraie naturelle assure maintenant l'autoperpétuation de la population de bars rayés du fleuve Saint-Laurent, a indiqué une porte-parole par courriel.

Deux frayères ont été identifiées à ce jour, la première à l’embouchure de la rivière du Sud, à Montmagny, et l'autre dans la baie de Beauport, à Québec. Ce dernier site a fait les manchettes récemment puisque les projets de troisième lien et d'agrandissement du port de Québec y sont envisagés.

La zone de fraie constitue un habitat essentiel, rendant toute intervention dans le fleuve plus complexe.

Vue du port de Québec à partir de l'Île d'Orléans

La baie de Beauport a été identifiée comme un site de reproduction du bar rayé.

Photo : Radio-Canada / Léa Beauchesne

Histoires de pêche

L'autre demande de révision anticipée envoyée au COSEPAC a été produite par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, en décembre 2018.

La Fédération, qui participe aux efforts de réintroduction de ce poisson depuis près de 20 ans, ne cache pas son enthousiasme à l'idée de relancer la pêche sportive du bar rayé depuis les rives du fleuve. La pêche est actuellement interdite partout à l'ouest de Forestville et de Rimouski.

L'organisation, convaincue que la situation du poisson s'est améliorée, multiplie les pressions sur le COSEPAC et le gouvernement fédéral.

La Fédération faisait parvenir le mois dernier une autre missive, cette fois à Pêches et Océans Canada, réclamant que le ministère prenne en compte certaines informations colligées auprès des pêcheurs.

Nos observations suggèrent un rétablissement suffisamment évident pour permettre la réouverture de la pêche sportive à court terme.

Extrait d'un document de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs

La Fédération a produit une carte de distribution du bar rayé à partir des captures accidentelles rapportées par les usagers du fleuve au cours de la dernière année. Cette carte laisse croire que le bar rayé a regagné son territoire d'antan, avant sa disparition dans les années 60.

Le poisson aurait été pêché accidentellement de Québec jusqu'au pont Jacques-Cartier, à Montréal.

L'une des histoires de pêche les plus significatives serait survenue ce printemps dans la rivière Richelieu, près de Contrecœur, au pied du barrage Saint-Ours. Selon la Fédération, un guide de pêche au doré aurait, en une seule journée, capturé  70 bars rayés de bonne taille.

Selon le biologiste de la Fédération, Michel Baril, il est probable qu'une telle récolte en période de frai indique une nouvelle zone de reproduction à ce jour inexplorée. Ça sème des soupçons, dit-il.

La Fédération est même d'avis que le bar rayé pourrait bientôt nuire aux pêcheurs sportifs qui visent d'autres espèces.

Nuances

Il semble assez établi dans la communauté scientifique que l'état de la population de bar rayé du Saint-Laurent est meilleur que son statut ne l'indique. Il n'existe toutefois aucun indice d'abondance (nombre de poissons).

Mais même si le statut était modifié pour devenir espèce menacée ou espèce préoccupante, il serait toujours protégé par la Loi, prévient Pascal Sirois, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi et titulaire de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées.

Un statut "espèce menacée", pour moi, serait plus proche de la réalité que "en voie de disparition". Mais ça ne veut pas dire qu'il faut aller jouer dans l'habitat pour l'instant.

Pascal Sirois, professeur et titulaire de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées

Des promoteurs de projet comme le Port de Québec, qui travaille sur une expansion dans la baie de Beauport, devront se soumettre aux mêmes restrictions qu'actuellement.

Il faut se rappeler une chose, le bar rayé a disparu pour deux raisons : la surpêche et la destruction de l'habitat. Quand on parle de rouvrir la pêche et quand on parle des grands projets à Québec, ce sont les deux éléments qui ont fait que la population a disparu. Il ne faudrait pas répéter les erreurs du passé, insiste M. Sirois, qui invite à la patience.

Si le statut du bar rayé est effectivement changé en novembre, il faudra encore des mois, voire des années, avant que le fédéral ne confirme la révision du COSEPAC et ne modifie officiellement le statut du bar. La décision finale revient au ministère canadien de l'Environnement et des Changements climatiques.

En quelques dates...

2002 : Début de la réintroduction du bar rayé avec spécimens de la population du golfe (rivière Miramichi)

2004 : Le COSEPAC attribue le statut « disparu au pays » au bar rayé du Saint-Laurent

2011 : Le bar rayé est ajouté à la liste des espèces en péril selon la Loi sur les espèces en péril

2012 : Le COSEPAC attribue le classement « en voie de disparition » au bar rayé du Saint-Laurent

2014 : La baie de Beauport est identifiée comme une frayère potentielle

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