•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Changement climatique : ouverture d'un procès inédit contre ExxonMobil

Dans cette photo datant de mai 2014, le PDG d’ExxonMobil, Rex Tillerson, écoute une question d’un reporter lors de l’assemblée annuelle des actionnaires à Dallas.

L'ancien secrétaire d'État américain Rex Tillerson, qui a dirigé ExxonMobil, devrait témoigner au procès.

Photo : La Presse canadienne / (AP Photo/LM Otero)

Agence France-Presse

Un procès inédit s'est ouvert mardi opposant le géant pétrolier ExxonMobil au procureur démocrate de New York, dont l'ex-secrétaire d'État américain Rex Tillerson devrait être le témoin vedette.

ExxonMobil a-t-elle trompé les actionnaires sur les risques liés au changement climatique? C'est cette question que devra éclaircir le procès.

Les audiences dans ce procès qualifié d'historique par plusieurs experts en droit environnemental, résultat de quatre ans d'enquête du procureur, promettent d'être suivies de près par l'industrie pétrolière comme par les militants de l'environnement, dont plusieurs se trouvaient mardi dans la salle d'audience.

Dans sa plaidoirie d'ouverture, le représentant du procureur, Kevin Wallace, a accusé Exxon d'avoir affirmé, à tort, pendant plusieurs années aux actionnaires et investisseurs que ses projections d'activité à long terme étaient plus réalistes que celles de ses concurrents, car elles intégraient les risques d'un durcissement des législations de nombreux pays qui veulent limiter les émissions de gaz à effet de serre.

M. Wallace a montré sur grand écran des extraits de communications aux actionnaires dans lesquels Exxon se targuait d'utiliser un système de projection des plus rigoureux, intégrant notamment des coûts en forte augmentation pour ses émissions carbone à l'horizon 2040. En fait, l'entreprise utilisait selon lui, dans ses calculs internes, des estimations de coûts moins élevées, pour éviter de plomber ses prévisions de rentabilité.

Les investisseurs s'inquiétaient de l'impact [du changement climatique] et demandaient des informations afin de prendre de bonnes décisions, a résumé M. Wallace. Et Exxon leur a fourni beaucoup d'explications, mais elles n'étaient ni vraies ni précises. Les investisseurs ont maintenant droit à la vérité et à une compensation, a-t-il ajouté.

Cette présentation trompeuse se serait traduite selon lui par une surévaluation des actions du groupe et par des dommages pour les actionnaires dont l'évaluation est de 476 millions à 1,16 milliard de dollars.

L'avocat d'Exxon, Ted Wells, a néanmoins jugé ces accusations totalement déconnectées de la vérité. Il a accusé le bureau du procureur de motivations politiques, résultant d'une campagne pour vilipender Exxon menée par les médias et les organisations environnementales.

Si le système d'évaluation de l'entreprise comportait bien deux méthodes de mesure du risque climatique, cela ne visait aucunement à tromper les investisseurs, mais correspondait à des types de prévisions différents, a-t-il assuré.

Les projections de coûts les plus élevées servaient à anticiper l'évolution de la demande et des prix de l'énergie à long terme, tandis que les projections moins radicales permettaient d'évaluer le coût de possibles projets d'investissements, afin de décider lesquels devaient être réalisés, une mesure sans impact direct sur les investisseurs.

L'entreprise n'aurait eu aucun intérêt à minimiser le coût du changement climatique, a-t-il assuré. Cela n'a pas de sens, on n'a aucun intérêt à tricher avec soi-même.

Le témoin vedette de ce procès prévu pour durer trois semaines devrait être Rex Tillerson, qui présida Exxon de 2006 jusqu'à ce qu'il devienne secrétaire d'État de Donald Trump en janvier 2017. Il a été limogé à la fin de mars 2018.

M. Wells a indiqué qu'il l'appellerait à la barre, et l'accusation compte faire de même.

Une campagne de quatre ans

Des militants de l'environnement, qui ont organisé une petite manifestation mardi devant le tribunal à Manhattan, espèrent qu'ExxonMobil sera condamnée à payer de lourdes pénalités.

Ils font campagne depuis 2015 contre l'entreprise sous le cri de ralliement Exxonknew (Exxonsavait), affirmant qu'Exxon a délibérément dissimulé l'impact négatif de ses activités sur l'environnement.

Une accusation reprise dans un rapport publié lundi par cinq universitaires, dont deux de Harvard. Ils ont comparé le discours des géants énergétiques sur le changement climatique à celui des cigarettiers, qui ont longtemps minimisé les dangers du tabac pour la santé.

Quelle que soit l'issue du procès new-yorkais, Hana Vizcarra, experte en droit environnemental à l'université de Harvard, estime que les débats auront un impact sur la façon dont les grandes entreprises énergétiques s'expriment sur le risque climatique.

D'autant que ce sujet très actuel est au coeur d'autres actions en justice intentées contre ExxonMobil par des actionnaires, notamment au Texas, qui ne sont pas encore arrivées à l'étape du procès.

Investisseurs et actionnaires veulent plus d'information sur le climat et comment il touche les sociétés, a-t-elle déclaré à l'AFP. La quasi-totalité des entreprises pétrolières et gazières produisent désormais des rapports liés au climat. La question est de savoir quelles informations doivent figurer dans ces rapports.

Justice

International