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Montréal songe à obliger les propriétaires à changer leurs tuyaux en plomb

La Ville de Montréal a entrepris de remplacer des canalisations d'eau dans l'arrondissement de Rosemont−La Petite-Patrie.

Photo : Radio-Canada

Davide Gentile
Daniel Boily

La Ville de Montréal a pris du retard dans le remplacement des conduites d’eau en plomb. L’administration Plante accélère la cadence et envisage d'obliger les propriétaires à changer leur entrée de service d’eau en plomb.

L’arrondissement de Rosemont−La Petite-Patrie est l’un des arrondissements où moins de 10 % des entrées de service d’aqueduc ont été remplacées à ce jour.

La Ville compte notamment y changer une trentaine d’entrées d’eau dans les environs de la 28e Avenue.

Mais pour Anne-Marie St-Jacques, propriétaire d’une unifamiliale, il est regrettable que sa part des travaux pour changer la plomberie entre sa maison et la ligne de propriété près du trottoir ne puisse se faire pendant qu’un trou est déjà creusé. L’entrepreneur ne veut pas qu’il y ait d’autres personnes qui viennent dans leur trou. Il va donc falloir qu’ils le remplissent et que je fasse recreuser pour changer notre bout, dit-elle. Une question de sécurité et de responsabilité civile, explique l’entrepreneur.

Mme St-Jacques représente une exception. Bien peu de propriétaires changent leur portion de tuyaux en plomb, reconnaît le vice-président du comité exécutif et responsable de l’eau et des infrastructures à la Ville de Montréal, Sylvain Ouellet.

Malheureusement, seulement 9 % des propriétaires décident de remplacer la partie privée quand nous on remplace la partie publique. Et c’est problématique, parce qu’il suffit d’avoir une petite partie en plomb pour contaminer l’eau à l’intérieur du bâtiment.

Sylvain Ouellet, vice-président du comité exécutif et responsable de l’eau et des infrastructures à la Ville de Montréal

49 000 remplacements d’ici 2025?

La Ville de Montréal s’est pourtant engagée en 2006 à remplacer 69 000 entrées de service d’aqueduc en plomb sur 20 ans. Selon une compilation de Radio-Canada, entre 2006 et 2018, la Ville de Montréal a remplacé un peu plus de 16 000 entrées d’eau en plomb, moins du quart de son objectif initial. Si tout va bien, elle en aura changé 4000 de plus cette année. La cadence a augmenté depuis l’arrivée de l’administration Plante, mais il en faudrait plus pour respecter l’échéance de 2025.

Sylvain Ouellet hésite à se prononcer sur l’échéance de 2025, mais il précise vouloir cibler les travaux. On veut finir une fois pour toutes le dépistage pour vraiment rassurer ceux qui n'en ont pas [de tuyaux en plomb] et aussi être capable de mieux planifier pour ceux qui en ont [...] de mieux orienter nos travaux pour le plus possible accélérer comme on le fait d'ailleurs sur cette rue-ci, dit-il.

M. Ouellet examine aussi la possibilité d’obliger les propriétaires à remplacer leur portion privée. Si on maintient des taux aussi faibles de participation [des propriétaires] je pense que oui ça peut être une possibilité de forcer les gens à faire leur partie privée. Ou le faire à leur place quand on fait notre partie, indique-t-il. À l’heure actuelle, la Ville ne remplace la portion privée que lorsque la fondation du bâtiment est tout près du trottoir. Et elle facture 500 $. Les travaux peuvent atteindre quelques milliers de dollars pour des longueurs standards.

On dépense des milliards pour se donner une bonne qualité d'eau. Qu'elle soit compromise par les deux ou trois derniers mètres, c'est extrêmement malheureux, se désole Sylvain Ouellet.

Un enjeu de santé publique

Sylvain Ouellet.

Sylvain Ouellet examine la possibilité d'obliger les propriétaires de résidences à changer leurs canalisations en plomb.

Photo : Radio-Canada

En septembre 2015, la responsable de l’eau à Montréal sous l’administration Coderre, Chantal Rouleau, avait fixé un objectif ambitieux de 5000 remplacements par année en raison d’un enjeu de prévention en matière de santé pour les jeunes familles, dont les enfants de moins de 6 ans et les femmes enceintes. Un objectif jamais atteint.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques indique sur son site que le plomb est reconnu pour avoir des effets néfastes sur la santé humaine. À de faibles concentrations, il affecte surtout le système nerveux et peut entraîner des effets mineurs sur le développement intellectuel des nourrissons et des enfants de moins de 6 ans. Ces derniers sont plus vulnérables, car ils sont en pleine croissance. Il en est de même pour le fœtus des femmes enceintes.

Le plomb dans l’eau potable a fait les manchettes récemment au Québec à la suite de pressions de scientifiques en faveur du dépistage rigoureux du plomb dans les fontaines des écoles et garderies. Le ministre de l’Éducation y a répondu en demandant aux commissions scolaires de respecter la nouvelle norme de Santé Canada qui abaisse la norme de concentration maximale admissible du plomb dans l’eau potable, de 10 ug/litre à 5 ug/litre.

Nous, ce qu'on veut avec les nouveaux seuils de Santé Canada, mentionne Sylvain Ouellet, c’est accélérer et établir nos propres objectifs pour dépister plus rapidement et remplacer plus rapidement.

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