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Sauver son cerveau avec une diète faible en protéine

La nutritionniste en génétique Geneviève Lafrance tient son livre de recettes ouvert et regarde la recette du pâté mexicain.

« La pâte à tarte, ça n’a pas été facile. Ça craquait, ça ne fonctionnait pas. J’ai travaillé fort parce que je voulais être capable de la rouler et de mettre de la farce dedans », raconte la nutritionniste en génétique Geneviève Lafrance.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ne pas pouvoir manger de volaille, de viande, de légumineuses, de poisson, ni même de noix, de tofu ou d'oeufs; voilà un casse-tête alimentaire auquel doivent se restreindre les personnes atteintes de certaines maladies métaboliques héréditaires. Heureusement, elles peuvent dorénavant compter sur des nutritionnistes en génétique.

Les nutritionnistes qui se spécialisent en génétique se dénombrent au compte-gouttes. Il n’y en a que huit au Québec et une seule travaille à l’Hôpital Fleurimont. Leur rôle est indispensable, puisque la solution aux maladies qu'elles traitent ne se trouve pas dans un flacon de pilules, mais plutôt dans l'assiette des patients.

La Sherbrookoise Geneviève Lafrance relève ce défi depuis plus de 10 ans en effectuant beaucoup de recherches sur les maladies métaboliques héréditaires qui sont rares et qui peuvent avoir de lourdes conséquences, notamment sur le cerveau.

On trouve peut-être un patient sur 10 000 qui est atteint et, celui-là, on peut le sauver parce qu’on instaure la diète avant qu’il ne commence à avoir des symptômes, dont une déficience intellectuelle importante, précise la nutritionniste.

Geneviève Lafrance, la seule nutritionniste en génétique à l'Hôpital Fleurimont, est assise à son bureau et regarde la caméra.

Geneviève Lafrance est la seule nutritionniste en génétique à l'Hôpital Fleurimont.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Le dépistage se fait à la naissance grâce à la prise de sang réalisée au talon du nouveau-né. Dès ce moment, l’enfant en pleine croissance doit suivre un régime alimentaire spécial.

C’est la diète qui sauve le cerveau du patient. C’est quand même extraordinaire.

Une citation de :Geneviève Lafrance, nutritionniste en génétique

Extraordinaire, certes, parce que les résultats sont concluants. Mais les efforts dans la cuisine doivent être considérables, précise la nutritionniste.

Au quotidien, le patient doit consommer entre 5 à 10 grammes de protéines maximum. Ce qui est très peu, sachant qu’un seul oeuf en contient 6 grammes. Il devient donc très ardu de faire les bons choix alimentaires et de cuisiner. C’est pourquoi les patients doivent être suivis de près.

La valeur nutritive de chacune des recettes est détaillée dans le livre.

La valeur nutritive de chacune des recettes est détaillée dans le livre.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

L’enfant a quand même besoin de protéines. C’est de trouver l’équilibre pour ne pas qu’il s’intoxique et qu’il se développe normalement. L’équilibre est fragile, il faut que les parents calculent tout, poursuit Geneviève Lafrance.

Les premiers mois de vie se gèrent relativement bien puisque l’enfant se nourrit au lait. La situation se corse lorsque les aliments solides doivent être introduits. Les fruits et les légumes peuvent être consommés sans restriction, mais aucun aliment dont la teneur en protéine est élevée n’est permis. Même les produits céréaliers doivent être remplacés par des fécules spéciales.

On veut quand même fournir quelque chose d’intéressant dans son assiette pour qu’il ait de l’appétit. Il faut travailler avec des aliments modifiés pour y arriver, précise la professionnelle. D’ailleurs, elle signe un livre de recettes adaptées à la condition de ses patients.

Consultez tous les textes dans notre portail Au cœur de la vie.

Pendant un an, Mme Lafrance a peaufiné les recettes qui se veulent simples. Le défi a été de taille pour arriver notamment à maîtriser les mélanges de fécules qui remplacent, par exemple, la farine.

La pâte à tarte, ça n’a pas été facile. Ça craquait, ça ne fonctionnait pas. J’ai travaillé fort parce que je voulais être capable de la rouler et de mettre de la farce dedans, raconte-t-elle.

Geneviève Lafrance dépose son livre Recettes faibles en protéines dans sa bibliothèque.

La couverture du livre Recettes faibles en protéines.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

L’idée derrière le livre était notamment d’éviter d’exclure l’enfant lorsqu’il se retrouve à table avec sa famille.

Le jacquier, aussi connu sous son nom anglais, jackfruit, est un aliment qui sert bien dans ce contexte, explique Mme Lafrance.

C’est un fruit en conserve que l’on cueille avant qu’il ne soit mûr et il s’effiloche comme de la viande. Comme c’est un fruit, il n’y a presque pas de protéine. C’est vraiment intéressant. Mélangé avec de la sauce, on dirait du porc effiloché, indique Geneviève Lafrance, qui fait part quelques fois par année, et ce, partout au Canada, ses trucs dans des ateliers offerts aux patients et à leur famille.

Le livre de recettes est ouvert au gâteau roulé.

Une page du livre de recettes faibles en protéine.

Photo : Radio-Canada / Emilie Richard

Aux assiettes préparées avec précision s’ajoute une formule à boire. Cette dernière complète l’alimentation du patient pour s’assurer qu’il ingère tous les nutriments nécessaires à sa bonne santé.

Une fois les risques de dommages au cerveau écartés, la personne atteinte doit tout de même suivre cette diète pendant toute sa vie.

À l’âge adulte, les symptômes sont plus subtils, comme la difficulté à se concentrer ou des sautes d’humeur, c’est important pour bien fonctionner au quotidien, explique Mme Lafrance, qui suit environ 70 patients de tous les âges.

Le premier rendez-vous à 8 ou 10 jours de vie, c’est toujours le drame, mais on leur présente d’autres familles dans lesquelles les enfants vont bien. C’est une motivation de voir que les enfants se développent normalement, ajoute la nutritionniste, qui se veut rassurante.

Recevoir un diagnostic de maladie métabolique héréditaire, ce n’est pas comme être allergique sévèrement aux arachides. Ce n’est pas dramatique si l’enfant ingère, par accident, un peu trop de protéines.

Reste que le contrôle au quotidien est essentiel. Les repas ne s'improvisent pas et les sorties aux restaurants, sans être impossibles, sont vraiment plus compliquées.

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