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L'Ontario pourrait bénéficier d'un gouvernement minoritaire

Justin Trudeau.

Le chef libéral Justin Trudeau a été réélu, mais à la tête d'un gouvernement minoritaire.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Michel Bolduc

Les Ontariens pourraient être « mieux servis » par un gouvernement minoritaire que majoritaire, affirme le politologue Peter Graefe, à la suite de l'élection fédérale de lundi.

Le chef libéral Justin Trudeau a été reporté au pouvoir, mais à la tête d'un gouvernement minoritaire.

Tant le politologue Graefe que l'ancien premier ministre ontarien Bob Rae pensent qu'il existe un terrain d'entente suffisant entre les libéraux et le NPD, pour permettre à M. Trudeau de rester au pouvoir pendant au moins deux ou trois ans.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh se dit d'ailleurs prêt à collaborer avec les libéraux, en matière de santé, de logement, d'environnement et d'affaires autochtones, notamment. On a une responsabilité de faire avancer les enjeux de justice sociale, indique-t-il.

De son côté, le maire de Toronto, John Tory, dit qu'il va « s'assurer » que les libéraux respectent leurs promesses d'investir entre autres dans le logement abordable, le transport en commun et les programmes sociaux pour contrer la violence armée.

Pour l'Ontario urbain, je pense que les citoyens seront mieux servis [avec un gouvernement minoritaire], parce qu'il y aura plus de pression à aller de l'avant avec des investissements qui affectent la qualité de vie en ville.

Peter Graefe, politologue à l'Université McMaster

L'environnement et le logement sont des dossiers pour lesquels les libéraux et le NPD « vont pouvoir trouver un terrain d'entente », selon Karl Bélanger, président de Traxxion Stratégies et ex-directeur national du NPD.

Pour leur part, nombre de groupes francophones pressent M. Trudeau de moderniser la Loi sur les langues officielles comme promis durant la campagne.

Doug Ford et Justin Trudeau se serrent la main.

Doug Ford et Justin Trudeau à la sortie d'une rencontre (archives)

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Dix enjeux à surveiller en Ontario

1) Assurance médicaments : S'il existe un terrain d'entente entre les libéraux et le NPD, c'est bien sur la question de l'assurance médicaments, selon Bob Rae et Peter Graefe. Justin Trudeau a promis en campagne d'entamer la création d'un régime national d’assurance médicaments. Dans leur dernier budget, les libéraux ont octroyé 35 millions de dollars pour créer un bureau de transition vers l'Agence canadienne des médicaments.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh est allé encore plus loin durant la campagne en s'engageant à mettre sur pied un tel programme universel d'ici 2020, en investissant 10 milliards chaque année.

C'est le moment de pousser, affirme M. Rae. L’assurance maladie universelle a été créée au Canada à l’époque du gouvernement libéral minoritaire de Lester B. Pearson dans les années 1960.


2) Logement abordable : Un autre domaine pour lequel la « convergence » des promesses des libéraux et du NPD pourrait mener à des investissements « accélérés », selon M. Graefe. Le prix moyen d'une propriété dans le Grand Toronto est de plus de 840 000 $. Par ailleurs, plus de 100 000 personnes sont dans l'attente d'un logement social à Toronto.

Les libéraux ont promis durant la campagne différentes mesures pour aider les premiers acheteurs, en plus d'investissements dans la rénovation de logements sociaux. Le NPD s'était engagé à investir 5 milliards en 10 ans pour construire 500 000 logements sociaux et abordables, mais pourrait devoir mettre de l'eau dans son vin, selon M. Rae.

C'est important pour le Parti néo-démocrate de faire des priorités. On ne peut pas dépenser tout l'argent sans penser aux conséquences.

Bob Rae, ancien premier ministre de l'Ontario

3) Garderies : Les libéraux ont promis de créer 250 000 places en garderie et de bonifier l’Allocation canadienne pour enfants. Le NPD voulait, pour sa part, mettre sur pied un programme universel de service de garde.

M. Graefe pense que le gouvernement Trudeau gardera le cap sur une aide fiscale aux familles plutôt que de tenter de créer un programme national qui nécessiterait des négociations avec les provinces.


4) Transport : Le Parti libéral s'est engagé dans sa plateforme à investir 3 milliards supplémentaires par année dans le transport en commun et de contribuer au projet de nouvelle ligne de métro à Toronto. Le NPD promettait, lui, de rétablir le service ferroviaire voyageur de Toronto à Cochrane, dans le Nord-Est de l’Ontario, en plus d'appuyer le projet de VIA Rail de train à grande fréquence entre Québec et Toronto.

Certains de ces projets pourraient aller de l'avant sous un gouvernement minoritaire, mais il ne faut pas nécessairement s'attendre à voir des pelletées de terre au cours des deux ou trois prochaines années, pense M. Graefe.


5) Université de l'Ontario français : Fort de l'entente conclue avant le déclenchement de la campagne entre les libéraux et le gouvernement de Doug Ford, le projet d'université française à Toronto devrait aller de l'avant, croient MM. Rae et Graefe. Ce dernier souligne d'ailleurs que les partisans du projet pourront compter sur l'appui de l'ancienne ministre ontarienne des Affaires francophones Marie-France Lalonde, qui a été élue pour les libéraux fédéraux.


6) Violence armée : Toronto a été frappée par une série de fusillades l'été dernier. Justin Trudeau a promis durant la campagne d'accorder 250 millions de dollars sur cinq ans aux communautés aux prises avec des problèmes de violence armée, en plus de permettre à des villes comme Toronto de bannir les armes de poing.

À ce chapitre, les libéraux pourraient vraisemblablement obtenir l'appui en Chambre du NPD et du Bloc québécois, selon M. Graefe. Il doute toutefois que les libéraux aillent de l'avant avec une telle interdiction, qui pourrait leur faire perdre des appuis politiques. « On verra », lance M. Rae.


7) Affaires autochtones : Il s'agit d'une priorité à la fois des libéraux et des néo-démocrates, selon leurs chefs. M. Rae espère que les dossiers autochtones vont progresser. Dans le budget de 2019, les libéraux ont ajouté 4,5 milliards pour les services autochtones. Dans sa plateforme, le NPD promettait que toutes les communautés aient accès à de l'eau potable d'ici 2021.


8) Impôt : Bonne nouvelle pour les moins nantis et la classe moyenne, les libéraux ont promis en campagne d'augmenter la première tranche de revenu des particuliers exempte d'impôts. En revanche, les mieux nantis n'auraient pas droit à cet allègement fiscal et Justin Trudeau a indiqué qu'il imposerait une taxe d’accise supplémentaire de 10 % sur la vente des voitures de luxe, les bateaux et les avions privés de plus de 100 000 $.

Jagmeet Singh, de son côté, avait promis d'augmenter le taux marginal d’imposition le plus élevé pour les Canadiens qui gagnent plus de 210 000 $.


9) Taxe carbone : Justin Trudeau a défendu bec et ongles sa taxe carbone durant la campagne face à son adversaire conservateur Andrew Scheer qui promettait de l'abolir immédiatement s'il prenait le pouvoir. Maintenant réélus, il faut donc s'attendre à ce que les libéraux « continuent » sur leur lancée, croit M. Rae. Le parti veut augmenter les redevances, présentement de 20 $ la tonne de gaz à effet de serre (GES), à 50 $ d'ici 2022. Le NPD prônait dans sa plateforme le maintien de la taxe carbone, mais tout en offrant une aide supplémentaire aux ménages à faible revenu.

De son côté, le premier ministre ontarien Doug Ford avait laissé entendre en août dernier qu'il pourrait abandonner son recours judiciaire contre la taxe carbone fédérale devant la Cour suprême si les libéraux étaient réélus. Son bureau s'est montré avare de commentaires, mardi.


10) Relations fédérales-provinciales : Justin Trudeau a répété le nom de Doug Ford des dizaines de fois durant la campagne, espérant lier le premier ministre conservateur ontarien et son impopularité à son adversaire Andrew Scheer. La stratégie semble avoir en partie fonctionné dans le Grand Toronto, souligne M. Graefe. Il ajoute que la défaite de la conservatrice Lisa Raitt à Milton devrait faire réfléchir M. Ford sur la « grogne » contre son gouvernement et la nécessité d'éviter d'autres coupes et une grève des enseignants, par exemple.

Par ailleurs, M. Ford a besoin de l'argent d'Ottawa pour faire avancer certains projets comme la ligne de métro Ontario. Normalement combatif, M. Ford s'est montré conciliant après la victoire de M. Trudeau, le « félicitant » pour sa réélection et se disant prêt à « collaborer » avec lui.

Toronto

Politique fédérale