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Le système électoral est « brisé », selon Jagmeet Singh

Jagmeet Singh, vu de profil, lève un doigt en l'air.

Malgré les résultats décevants, le chef du Nouveau Parti démocratique ne compte pas quitter la tête de la formation et s'engage à redoubler d'efforts.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Valérie Boisclair

Le chef néo-démocrate a estimé que les résultats des élections de lundi étaient la preuve d’un « système électoral brisé ». Comptant 24 députés élus, le Nouveau Parti démocratique (NPD) devra composer avec un gouvernement minoritaire libéral, mais Jagmeet Singh a refusé d’expliquer le rôle qu’il comptait jouer.

Après avoir déclaré, au cours de la campagne, que la réforme du mode de scrutin au Canada était essentielle mais pas urgente, Jagmeet Singh n'a pas mâché ses mots, mardi.

Les résultats [de lundi] nous montrent non seulement que le Canada est brisé, divisé par les différentes valeurs qui opposent les uns et les autres, mais [que] le système électoral est aussi brisé. Il est très clair que nous devons le réparer, a-t-il déclaré en point de presse à Burnaby, en Colombie-Britannique, dans la circonscription où il a été réélu.

Au terme d'une campagne qui aura duré une quarantaine de jours, le Canada a porté au pouvoir un gouvernement minoritaire libéral composé de 157 députés libéraux, 121 conservateurs, 32 bloquistes, 24 néo-démocrates, 3 verts et une indépendante, selon les résultats préliminaires.

Le chef néo-démocrate a souligné mardi qu'il appelle depuis longtemps à réformer le système électoral et qu'il continuera à le faire dès son retour à la Chambre des communes. Le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour est en vigueur au pays depuis la Confédération, en 1867.

Je crois en la représentation proportionnelle, a-t-il ajouté, une position qu'il partage avec la chef du Parti vert, Elizabeth May.

Si la proportionnelle pure s’était appliquée, le NPD aurait plus que doublé son nombre de sièges, passant de 24 à 54 élus. Le Parti libéral et le Bloc québécois auraient perdu quelques députés, tandis que le Parti conservateur aurait augmenté son score, devançant ainsi les troupes de Justin Trudeau.

Bien qu'ils aient fait campagne en 2015 en promettant de revoir en profondeur le système électoral canadien, les libéraux ont abandonné le projet une fois au pouvoir. Au cours de leur premier mandat, ils ont apporté des modifications afin de moderniser le système, notamment en fixant la durée de la campagne électorale à 50 jours et en plafonnant les dépenses publicitaires des partis.

Les néo-démocrates s'étaient faits très critiques à l'égard du gouvernement Trudeau, le député Alexandre Boulerice accusant ce dernier de revenir sur sa décision après avoir été avantagé par le système qu'il comptait réformer.

Au cours de la dernière campagne, la réforme électorale ne figurait pas au programme des libéraux, mais ceux-ci se sont engagés à poursuivre dans la même lignée qu'au cours de leur premier mandat, à savoir passer des amendements pour augmenter l'efficacité du Parlement.

Quelle place pour le NPD dans un gouvernement minoritaire?

Questionné par les journalistes sur le rôle qu'il entend jouer au sein de la prochaine législature, Jagmeet Singh a refusé de se mouiller. Tout est sur la table, mais nous n'allons pas négocier ça ici, devant les journalistes, a-t-il répondu.

Le chef néo-démocrate a assuré qu'il fera tout ce qui est en son possible pour faire avancer les sujets qui lui sont chers et qu'il a défendus tout au long de la campagne. Six dossiers nécessitant selon lui une réponse urgente avaient déjà été évoqués en fin de parcours, soit :

  • La création d’un régime national d’assurance-médicaments et d’un régime national de soins dentaires pour les ménages les plus pauvres;
  • Des mesures pour rendre les logements plus abordables, comprenant notamment des investissements massifs et une taxe contre les spéculateurs étrangers;
  • La lutte contre l’endettement étudiant, qui passerait par l’élimination des intérêts sur les prêts (actuels et futurs);
  • Un plan de lutte contre les changements climatiques, incluant la fin des subventions aux compagnies pétrolières;
  • Un nouvel impôt visant les Canadiens détenant plus de 20 millions de dollars et l’élimination des échappatoires fiscales;
  • Un plafonnement des prix des forfaits de communication cellulaire.

Nous comprenons la responsabilité qui nous est impartie. […] Les Canadiens ont envoyé un message clair : ils s’attendent à ce que le Parlement travaille pour eux. Et nous allons nous en assurer, a déclaré Jagmeet Singh, ajoutant qu'il aurait une approche constructive.

Sans préciser s'il privilégierait la formation d'une coalition ou s'il donnerait son appui au cas par cas, M. Singh a reconnu que le Parti libéral n'aurait pas nécessairement besoin de lui pour faire avancer des dossiers. Il ne manquait que 13 députés élus pour que le PLC s'assure une majorité.

C’est vrai, [Justin Trudeau] peut travailler avec n’importe qui, a-t-il concédé. Ma priorité sera de travailler pour les Canadiens. J’espère que M. Trudeau va respecter le fait que dans un gouvernement minoritaire, il faut travailler tous ensemble, a-t-il ajouté, soulignant qu'il n'aurait pas de problème à joindre ses efforts à ceux des libéraux dans les dossiers que priorise le Nouveau Parti démocratique.

Notre dossier Élections Canada 2019

Vers une alliance avec le Bloc québécois?

Se disant déçu d'avoir perdu d'excellents députés au Québec, le chef néo-démocrate a repris le même message livré la veille lors d'un discours devant ses partisans. C'est clair qu’il reste beaucoup de travail à faire, mais il y a une base, il y a une fondation, a-t-il souligné.

Seule la circonscription montréalaise de Rosemont–La Petite-Patrie est restée orange. Les 13 autres sièges appartenant aux néo-démocrates sont passés aux mains des libéraux et des bloquistes.

Il faudra se remettre au travail pour comprendre ce qui a mené à la défaite du NPD dans ces comtés, au Québec comme dans la région de Toronto, a indiqué Jagmeet Singh, qui promet de rester présent dans la province. Jack Layton a amorcé ce rêve, et ce rêve est toujours en vie.

Le Nouveau Parti démocratique pourra aussi faire front commun avec le Bloc québécois, notamment dans l'éventualité d'une opposition au projet de pipeline Trans Mountain, a fait valoir le chef bloquiste Yves-François Blanchet mardi.

Je suis curieux de voir comment le NPD va vivre avec ça [Trans Mountain]; une collaboration pourrait être utile dans ce contexte-là, a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Je vais sûrement avoir une conversation à court terme avec M. Singh. Il est exact que sur certains aspects, les néo-démocrates peuvent avoir des affinités avec les libéraux; sur certains autres aspects, certainement moins, a-t-il indiqué, citant en exemple l'opposition du député Alexandre Boulerice à l'industrie pétrolière.

Les supputations stratégiques sont intéressantes, mais elles sont à bien des égards prématurées, a résumé M. Blanchet.

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