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analyse

Une baisse d’impôt, une taxe carbone et un pipeline

Justin Trudeau sur la scène saluant ses partisans.

Justin Trudeau lors de son discours devant les partisans libéraux.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Gérald Fillion

Comme l’expliquait Chantal Hébert à la radio mardi matin, Justin Trudeau ne pouvait pas espérer mieux comme résultat, hormis un gouvernement majoritaire. Sans négocier de coalition avec qui que ce soit, il pourra aller de l’avant avec une baisse d’impôt, maintenir et amplifier la tarification du carbone et poursuivre le développement du pipeline TransMountain. 

À 13 députés de la majorité, Justin Trudeau trouvera un soutien dans l’opposition pour l’essentiel de son programme. Le premier ministre garde une marge de manoeuvre pour réduire les charges fiscales, imposer la tarification du carbone, voire augmenter le prix du CO2 tout en développant le secteur pétrolier et les infrastructures énergétiques.

1- Baisse d’impôt

D’abord, la baisse d’impôt. Le montant de revenus que vous pouvez toucher et qui est non imposable passera de 12 000 $ à 15 000 $ d’ici 2023-24. Sans cette mesure, le revenu non imposable se serait établi autour de 13 000 $ dans 4 ans. C’est une économie pour une famille type, selon les libéraux, de 600 $. La mesure va coûter 5,6 milliards de dollars.

Les libéraux ont déjà baissé les impôts dans leur premier mandat, ils le feront de nouveau et trouveront sans doute un appui chez les conservateurs, qui proposaient, pour leur part, une réduction du premier taux d’imposition. 

Le PLC promet de réduire de 25 % les frais de téléphonie sans fil. On a hâte de voir si cette promesse va tenir la route, les conservateurs et les libéraux ayant échoué sur toute la ligne en cette matière depuis 15 ans. Le Canada fait toujours partie des pays où les coûts de télécommunications sont parmi les plus élevés.

Les libéraux ont promis également de bonifier la Sécurité de la vieillesse pour les gens de 75 ans et plus. La hausse prévue est de 10 %, ce qui pourrait rapporter à une personne jusqu’à 729 $ de plus par année. La mesure va coûter 2,5 milliards de dollars de plus par année au gouvernement du Canada. Le gouvernement Trudeau pourrait trouver un appui au NPD en cette matière, car Jagmeet Singh proposait de bonifier le Supplément de revenu garanti. Il trouvera certainement un soutien au Bloc québécois, qui avait placé le soutien aux aînés en priorité dans ses mesures. 

Pour les familles, le PLC prévoit verser jusqu’à 1000 $ additionnels aux ménages qui ont des enfants, avec une bonification de 15 % de l’Allocation canadienne pour les enfants de moins d’un an. 

2- La taxe carbone est là pour de bon

Avec un gouvernement minoritaire libéral et la balance du pouvoir au NPD, aux verts, au Bloc québécois, la tarification du carbone est appelée à rester en place au Canada. Cette tarification, qui s’applique dans les provinces qui n’ont pas ou qui ne veulent pas imposer un prix sur le carbone, va passer de 20 $ la tonne aujourd’hui à 50 $ la tonne en 2022. 

Deux choses à surveiller : le Bloc québécois va-t-il modifier sa position étant donné que le gouvernement Legault s’oppose à l’intervention du gouvernement fédéral dans la tarification du carbone, qui semble être un champ de compétence provinciale? Le Québec a son propre marché du carbone et, par principe sur le plan de la juridiction politique, François Legault s’est rangé du côté de Jason Kenney et Doug Ford, qui s’opposent à l’imposition d’une tarification fédérale. 

Et puis, le NPD et les verts amèneront-ils Justin Trudeau à augmenter sensiblement la tarification du carbone? Malgré de multiples tentatives, le Parti conservateur n’est pas parvenu à faire dire aux libéraux à combien la taxe pourrait monter après 2022 et quels seront les coûts pour les automobilistes. Pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre en 2030, le Canada doit faire passer sa taxe carbone à plus de 100 $ la tonne. Il serait temps que Justin Trudeau l’explique aux Canadiens. 

Et comme l’expliquait quelques jours avant l’élection à RDI économie Martha Hall-Findlay, qui dirige la Canada West Foundation, il devrait être entendu, au Canada, qu’une tarification du carbone est nécessaire. C’est une solution de marché, c’est une solution que les économistes recommandent. Une taxe, un tarif, un prix, c’est le meilleur outil pour entraîner un changement de comportement, selon les économistes. Il est étonnant que les conservateurs, à droite sur le plan fiscal, ne souscrivent pas à ce principe économique de base.

3- Drill baby drill 

Et quoi qu’en pensent bien des Canadiens, y compris le nouveau député libéral de Laurier-Sainte-Marie Steven Guilbault, le gouvernement Trudeau pourra poursuivre le développement du projet TransMountain. Le pipeline est acheté et le projet d’expansion demeure vivant. Les conservateurs appuieront les libéraux, à moins que Justin Trudeau décide de reculer, prétextant qu’il est minoritaire. 

Mais on peut en douter. Le Canada et les États-Unis sont engagés dans un développement d’expansion du pétrole, se positionnent comme une solution énergétique pour le monde au cours des prochaines décennies. Et, avec le boom du pétrole de schiste qui pourrait se calmer, il serait étonnant que Washington laisse le Canada réduire sa production. Cet apport énergétique est essentiel à l’économie américaine. 

Par ailleurs, il est assez clair que le gouvernement du Canada ne reviendra pas à l’équilibre budgétaire dans un avenir prévisible. Les libéraux ont promis pour près de 100 milliards de dollars de nouveaux déficits d’ici 4 ans et le NPD proposait un plan conduisant à environ 85 milliards de dollars de déficits. 

Il sera intéressant de voir la concrétisation du virage annoncé en campagne électorale par les libéraux, maintenant disposé à taxer les géants du web et à s’assurer qu’ils paient des impôts au Canada. Dès le budget de 2020-21, il est prévu que le gouvernement ira chercher 540 millions de dollars en nouveaux revenus chez les géants du web, 730 millions dans 4 ans. Il faudra voir également si les libéraux iront de l’avant avec une taxe de 10 % sur les biens de luxe et une révision des dépenses du gouvernement qui doit rapporter, à terme, 3,5 milliards de dollars dans les coffres de l’État.

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